• [^] # Re: Linuxfr est désormais un espace de diffusion proLGBT ?

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal Agressions, insultes, harcèlement... Cinq mois de violences contre les LGBT en France. Évalué à 6.

    Cette dénonciation sempiternelle du "communautarisme" est souvent au mieux naïve, au pire hypocrite. Elle repose notamment sur la confusion des couples conscient/inconscient et individuel/collectif.

    Deux choses : d'abord, elle est la plupart du temps invoquée lorsqu'une minorité se rend visible, se donne une voix. Les "sous-groupes" que tu mentionnes existent d'abord malgré eux : quand bien même les minorités sexuelles ne se désigneraient ni ne s'identifieraient comme telles, elles n'en existeraient pas moins, non pas par le biais d'un mécanisme subjectif endogène ("Je suis un sujet, individuel ou collectif, LGBTQ") mais exogène, par une assignation à une identité ("tu es un sujet anormal"). Les personnes agressées ne le sont pas du fait de leur revendication propre d'une identité, elles le sont parce qu'on les assigne à une place ("tu n'es pas comme moi, qui suis majoritaire"). Les LGBTQ sont victimes d'agressions du fait d'être LGBTQ, mais il ne faudrait donc pas le dire par risque de "communautarisme" ? Pour reprendre tes termes, les victimes ne sont pas agressées en tant qu' "être humain" mais en tant que membres d'une minorité ! Il faudrait donc que les victimes soient agressées en tant que LGBTQ, mais se vivent comme seuls "êtres humains" (quoi que cela veuille dire) ?

    La pensée conservatrice adopte un raisonnement similaire quant à la "discrimination positive" (quoi qu'on en pense et aussi affreux ce terme soit-il) : il ne faudrait pas, par exemple, imposer la parité en politique, puisque cela participerait de la mise de côté du mérite. Il ne faudrait pas qu'une femme siège parce qu'elle est une femme. Mais pourtant, structurellement, si elle ne siège pas, c'est aussi parce qu'elle est une femme (que cela soit un décision consciente ou nous, qu'elle relève de la responsabilité individuelle ou non). En fait, il ne s'agit pas, pour les conservateurs, de dénoncer un "communautarisme" sans epithète. Le communautarisme ne pose problème que lorsque qu'il n'est ni majoritaire, ni assymétrique.

    Ensuite, il est très curieux de se sentir agressé (on serait "rétrograde" en tant que membre de la majorité) au motif que des personnes différentes de toi aient le malheur d'exister politiquement. Personne ne te demande quoi que ce soit, on ne t'enlève rien, ni te t'enjoint à être quoi que ce soit. Que d'autres aient des droits ne t'en retire aucun (par ailleurs, je ne vois pas tellement de quels droits "supplémentaires" tu parles).