• [^] # Re: Lagerfeld était un prince

    Posté par . En réponse au journal Je suis Charlie Bronson. Évalué à 10. Dernière modification le 20 février 2019 à 13:20.

    Quand une icone de la bourgeoisie disparaît, on est tous sommés de porter le deuil...

    ... Mais quand ce sont les nôtres qui meurent, elle s'en fout. Karl Lagerfeld est décédé après la belle vie que mènent les grands bourgeois du tout Paris : une vie de richesse, bien entourée, une vie où on a la liberté de dire ce qu'on pense et de dire aux autres ce qu'on doit penser de nous. Le pouvoir "d'être un anarchiste et de vivre comme un millionnaire", comme dans la chanson de Starmania. Et surtout une vie où votre petit jugement de goût sur le reste du monde est écouté et relayé.

    "L'élégance" et le "style" dont on nous rebat les oreilles depuis hier, c'est d'abord ça : l'empire que la bourgeoisie a sur nos vies, sa façon de décider du Bien, du Vrai et du Beau. Lagerfeld faisait partie de ceux qui décidaient du Beau. Il avait le pouvoir de dire ce qui était moche, de qui était gros, le pouvoir de mépriser, le pouvoir de détester.

    Il avait l'impunité des riches artistes, qui peuvent dire de la merde en faisant passer ça pour de l'originalité, comme ces journalistes de la "ligue du LOL" qui faisait du sexisme en prétendant que c'était de l'humour. Ce qui serait pour n'importe qui d'autres de l'irresponsabilité ou de la folie devient chez les riches artistes de "l'extravagance" : il n'y a pourtant absolument rien de rigolo ou d'élevé à transmettre sa fortune à son chat, comme Lagarfeld l'a apparement fait avec "Choupette", ce qui fait les choux gras de la presse people comme sérieuse. Les animaux s'en foutent de notre argent autant que de la présentation élaborée des publicités pour la pâté "Sheba" (où l'on voit des maîtres servir ce met exquis surmonté d'une petite feuille de persil).

    La nécrologie du Point se conclue par : "ses sarcasmes vont nous manquer". Aux bourgeois qui cancanent aux terrasses des restos parisiens peut-être, mais le reste du monde va très bien vivre sans, merci. Comme il se moque pas mal des innovations stylistiques soit disant essentielles que ce monsieur a apporté. Quoi de plus éloigné de la vie des gens qu'un défilé de mode ou la "fashion week", dont nos télés nous gratifient pourtant des détails croustillants alors que nos portefeuilles comme nos modes de vie nous tiennent radicalement éloignés de telle ou telle "extravagance" ou "audace stylistique" ?

    Des gens comme Lagarfeld symbolisent surtout la distance croissante et décomplexée entre les riches et les pauvres. L'existence même de l'industrie du luxe dont il était un éminent représentant est une insulte à la majorité des gens, alors comment ose-t-on tenter de nous faire pleurer sur sa disparition ?

    La majeure partie des morts l'était déjà de son vivant et le jour venu, ils n'ont pas senti la différence.