Est-ce que ces 300 000 personnes ont davantage le droits de revenir sur ce que ~20M ont choisis* durant le second tour de 2017 ? A quel point sont-ils représentatifs des français ?
Tu additionnes des petits pois et des carottes, là. C'est une vision très comparative de la démocratie : Y > X, donc le point de vue des Y gagne.
Il me semble que la démocratie fonctionne mieux avec un peu d'adaptation aux circonstances. La détermination est un facteur à prendre en compte : il faut plus d'effort pour passer des heures sur un rond-point devant un brasier, que pour aller voter une ou deux fois par an le dimanche.
La détermination des gens ne signifie pas qu'ils ont raison : les antisémites et islamophobes qui font des tag d'extrême-droite sur les synagogues et les mosquées sont déterminés (ils risquent la prison ferme, certains se font attraper et condamner, et ils continuent), ça ne leur donne pas raison pour autant.
Mais on peut, et on doit mettre dans la balance, non seulement le nombre des gens : qui s'expriment pour ou contre quand on les sonde (très peu de "sans opinion"), qui se décident à aller voter (déjà plus d'abstention), qui vont manifester contre ou pour une loi (et là, encore moins de monde), mais aussi leur détermination.
Et le fait qu'émergent de nouvelles "catégories" de gens déterminés et de modes d'action, même s'il s'agit de petits nombres, doit pousser à s'interroger non seulement sur l'étendue, mais sur la profondeur d'un désaccord politique.
Les tribunaux voient arriver des gens qui jusqu'ici n'avaient pas "le profil" socio-économique pour renvoyer des projectiles aux CRS, ou pour murer des préfectures. C'est un phénomène qui appelle un peu plus qu'une réponse pénale et un discours de fermeté, si on veut se demander "d'où vient la vapeur" et pas seulement "comment renforcer le couvercle".
La détermination ne signifie pas non plus des actions violentes ou illégales: les cheminots ont été très déterminés dans leur grève contre la réforme de la SNCF.
La détermination n'est pas non plus un pré-requis pour prendre au sérieux une demande : tout le monde n'a pas les moyens ou les capacités de descendre dans la rue, de faire grève, etc.
Un de mes collègues dit souvent "le jeu, c'est l'âme de la mécanique". Il me semble qu'une démocratie, une société, a aussi besoin d'un peu de jeu. De laisser des marges de manoeuvres, de s'adapter aux circonstances quitte à dévier d'un cap, de ne pas s'en tenir à un ensemble formel de règles déterministes. C'est prendre le risque du copinage, de la navigation à vue, du clientélisme si on ne tient pas un peu la bride, mais c'est nécessaire.
Étrangement, on a affaire à une ligne politique qui hésite entre navigation à vue et fermeté extrême.
On nous rappelle que les cadeaux fiscaux aux très riches et aux entreprises ne sont pas négociable, tout en faisant des appels du pied à l'extrême-droite (avec aussi dans l'optique probable de diviser le mouvement des "gilets jaunes") sur l'immigration et la laïcité. La justice annonce et pratique une grande fermeté envers les manifestants, tout en laissant pratiquer une violence répressive rarement vue ces dernières années en France : c'est simple, la police vise délibérément la tête. Et cette violence s'exerce surtout envers les témoins qui filment d'autres violences ou des irrégularités dans le comportement policier.
Il n'y a plus de sous dans les caisses de l'état, et pourtant : la police a rapidement eu droit à une prime. Certes ses conditions de travail sont à chier (pression de la hiérarchie, décalage entre ce qu'il faut faire/ce qu'il faut dire/ce que la loi permet/ce qui est déclaré officiellement, heures sup et fatigue..), mais c'est aussi le cas des enseignants, des infirmières..
Et pourtant, les chasseurs ont eu droit à une réduction de 50% sur le permis de chasse, alors qu'on peut se demander quel est l'intérêt social de la chasse (sport dangereux, pratiqué par une minorité de plus en plus réduite), là où le contexte énergétique aurait pu par exemple inciter à favoriser financièrement la pratique du vélo.
Sans doute est-ce là que Macron "laisse du mou" : pour acheter les chasseurs (relais d'opinion en milieu rural), pour acheter la conscience et le sommeil de la police, pour distribuer des miettes aux smicards en espérant laisser pourrir le mouvement..
Macron joue un jeu politique dangereux, qui consiste à vider la scène politique de toute autre alternative que : son modèle ultra-libéral, pro-européen, vaguement progressiste (tant qu'il s'agit d'introduire un peu de "diversité" dans les médias, pour l'utilisation de la police raciste comme arme contre les migrants on verra plus tard); ou bien le chaos, le fascisme et l'extrême-droite, avec des amalgames parfois tirés par les cheveux entre extrême-gauche, extrême-droite, Mélenchon, et prolos désespérés qui jettent la première canette de leur vie sur un bouclier de CRS.
Le résultat, si on accepte cette façon-là de fermer le débat (de l'enfermer dans un "grand débat" où, déjà, les ristournes aux riches sont non-négociable, mais les droits des migrants ou des LGBT peuvent être malmenés, si ça permet de faire pourrir la contestation dans le retour à l'affrontement extrême-droite contre extrême-gauche), c'est de se retrouver effectivement soit à s'accrocher à la légitimité textuelle de Macron (le fonctionnement des institutions, coûte que coûte), donc s'en remettre à l'arbitrage et l'arbitraire du gouvernement et de sa majorité parlementaire, soit à faire confiance au chaos, à l'écroulement du système, à la violence, pour qu'il en émerge quelque chose qu'on considère comme "moins pire que maintenant", cette définition étant hautement subjective.
Je suppose que si on n'est pas spécialement victime par la politique actuelle, on peut être tenté de soutenir le "status quo". Macron veut nous vendre un monde libéral d'agents rationnels, chacun "responsable" de son destin, de ses revenus, de ses infractions à la loi. Où il ne tient qu'à chacun d'être bon à l'école, d'avoir des enfants sages, de ne pas fumer, d'habiter pas loin du boulot et de ne pas s'engueuler avec ses voisins. Un monde de théoricien économiste. Et pour les gens qui rêvent de ce monde-là, ou qui ont, selon les critères de ce monde-là, "réussit", ce n'est pas évident de percevoir la violence (culturelle, économique, physique) des changements du monde au nom de la "compétitivité" et du "progrès".
Mais pour toute une partie de la population qui ne veut pas de ce monde, ou ne peut pas y accéder, le changement est perçu comme violent et totalitaire. Et Macron suscite davantage de ressentiment, parce qu'il laisse encore moins de jeu dans la mécanique, que ses prédecesseurs. Le problème est non seulement qu'il continue à prendre le même virage libéral que les autres, mais qu'il a décidé de ne pas lever le pied, quoi qu'il arrive. Tous les mécanismes démocratiques qui permettaient jusqu'ici de "faire remonter" l'information ont sauté. C'est particulièrement visible ces derniers temps : le pouvoir ne comprend plus ce qu'il se passe. Il a les chiffres, les photos, les lois, mais il lui manque le plus important, ce qui fait normalement le "jeu" d'une démocratie : ressentir la situation. C'est très symptomatique d'une société très normée, très numérisée, très cadrée, où tout doit être assuré, légal, documenté, sauvegardé, filmé et archivé et mort : l'essence même de la vie est ailleurs. Personne, absolument personne, n'est cet agent économique rationnel qui décide ou pas de fumer, de rouler au Diesel, d'habiter ici ou là, d'acheter tel véhicule, en fonction de critères purement rationnel et dans le seul but... de quoi du coup ? Qui vit juste pour travailler afin d'augmenter le PIB et de dégager des marges permettant l'investissement ?
Et à jouer l'opposition entre "mon monde libéral" et "le chaos", Macron prend l'énorme risque d'encourager tous les gens qui perçoivent le monde de Macron comme totalitaire, à préférer "le chaos".
THIS IS JUST A PLACEHOLDER. YOU SHOULD NEVER SEE THIS STRING.
[^] # Re: Bof. Ca reste de la democratie representative.
Posté par Grunt . En réponse au journal Passer l'élection présidentielle au scrutin jugement majoritaire.. Évalué à 10.
Tu additionnes des petits pois et des carottes, là. C'est une vision très comparative de la démocratie : Y > X, donc le point de vue des Y gagne.
Il me semble que la démocratie fonctionne mieux avec un peu d'adaptation aux circonstances. La détermination est un facteur à prendre en compte : il faut plus d'effort pour passer des heures sur un rond-point devant un brasier, que pour aller voter une ou deux fois par an le dimanche.
La détermination des gens ne signifie pas qu'ils ont raison : les antisémites et islamophobes qui font des tag d'extrême-droite sur les synagogues et les mosquées sont déterminés (ils risquent la prison ferme, certains se font attraper et condamner, et ils continuent), ça ne leur donne pas raison pour autant.
Mais on peut, et on doit mettre dans la balance, non seulement le nombre des gens : qui s'expriment pour ou contre quand on les sonde (très peu de "sans opinion"), qui se décident à aller voter (déjà plus d'abstention), qui vont manifester contre ou pour une loi (et là, encore moins de monde), mais aussi leur détermination.
Et le fait qu'émergent de nouvelles "catégories" de gens déterminés et de modes d'action, même s'il s'agit de petits nombres, doit pousser à s'interroger non seulement sur l'étendue, mais sur la profondeur d'un désaccord politique.
Les tribunaux voient arriver des gens qui jusqu'ici n'avaient pas "le profil" socio-économique pour renvoyer des projectiles aux CRS, ou pour murer des préfectures. C'est un phénomène qui appelle un peu plus qu'une réponse pénale et un discours de fermeté, si on veut se demander "d'où vient la vapeur" et pas seulement "comment renforcer le couvercle".
La détermination ne signifie pas non plus des actions violentes ou illégales: les cheminots ont été très déterminés dans leur grève contre la réforme de la SNCF.
La détermination n'est pas non plus un pré-requis pour prendre au sérieux une demande : tout le monde n'a pas les moyens ou les capacités de descendre dans la rue, de faire grève, etc.
Un de mes collègues dit souvent "le jeu, c'est l'âme de la mécanique". Il me semble qu'une démocratie, une société, a aussi besoin d'un peu de jeu. De laisser des marges de manoeuvres, de s'adapter aux circonstances quitte à dévier d'un cap, de ne pas s'en tenir à un ensemble formel de règles déterministes. C'est prendre le risque du copinage, de la navigation à vue, du clientélisme si on ne tient pas un peu la bride, mais c'est nécessaire.
Étrangement, on a affaire à une ligne politique qui hésite entre navigation à vue et fermeté extrême.
On nous rappelle que les cadeaux fiscaux aux très riches et aux entreprises ne sont pas négociable, tout en faisant des appels du pied à l'extrême-droite (avec aussi dans l'optique probable de diviser le mouvement des "gilets jaunes") sur l'immigration et la laïcité. La justice annonce et pratique une grande fermeté envers les manifestants, tout en laissant pratiquer une violence répressive rarement vue ces dernières années en France : c'est simple, la police vise délibérément la tête. Et cette violence s'exerce surtout envers les témoins qui filment d'autres violences ou des irrégularités dans le comportement policier.
Il n'y a plus de sous dans les caisses de l'état, et pourtant : la police a rapidement eu droit à une prime. Certes ses conditions de travail sont à chier (pression de la hiérarchie, décalage entre ce qu'il faut faire/ce qu'il faut dire/ce que la loi permet/ce qui est déclaré officiellement, heures sup et fatigue..), mais c'est aussi le cas des enseignants, des infirmières..
Et pourtant, les chasseurs ont eu droit à une réduction de 50% sur le permis de chasse, alors qu'on peut se demander quel est l'intérêt social de la chasse (sport dangereux, pratiqué par une minorité de plus en plus réduite), là où le contexte énergétique aurait pu par exemple inciter à favoriser financièrement la pratique du vélo.
Sans doute est-ce là que Macron "laisse du mou" : pour acheter les chasseurs (relais d'opinion en milieu rural), pour acheter la conscience et le sommeil de la police, pour distribuer des miettes aux smicards en espérant laisser pourrir le mouvement..
Macron joue un jeu politique dangereux, qui consiste à vider la scène politique de toute autre alternative que : son modèle ultra-libéral, pro-européen, vaguement progressiste (tant qu'il s'agit d'introduire un peu de "diversité" dans les médias, pour l'utilisation de la police raciste comme arme contre les migrants on verra plus tard); ou bien le chaos, le fascisme et l'extrême-droite, avec des amalgames parfois tirés par les cheveux entre extrême-gauche, extrême-droite, Mélenchon, et prolos désespérés qui jettent la première canette de leur vie sur un bouclier de CRS.
Le résultat, si on accepte cette façon-là de fermer le débat (de l'enfermer dans un "grand débat" où, déjà, les ristournes aux riches sont non-négociable, mais les droits des migrants ou des LGBT peuvent être malmenés, si ça permet de faire pourrir la contestation dans le retour à l'affrontement extrême-droite contre extrême-gauche), c'est de se retrouver effectivement soit à s'accrocher à la légitimité textuelle de Macron (le fonctionnement des institutions, coûte que coûte), donc s'en remettre à l'arbitrage et l'arbitraire du gouvernement et de sa majorité parlementaire, soit à faire confiance au chaos, à l'écroulement du système, à la violence, pour qu'il en émerge quelque chose qu'on considère comme "moins pire que maintenant", cette définition étant hautement subjective.
Je suppose que si on n'est pas spécialement victime par la politique actuelle, on peut être tenté de soutenir le "status quo". Macron veut nous vendre un monde libéral d'agents rationnels, chacun "responsable" de son destin, de ses revenus, de ses infractions à la loi. Où il ne tient qu'à chacun d'être bon à l'école, d'avoir des enfants sages, de ne pas fumer, d'habiter pas loin du boulot et de ne pas s'engueuler avec ses voisins. Un monde de théoricien économiste. Et pour les gens qui rêvent de ce monde-là, ou qui ont, selon les critères de ce monde-là, "réussit", ce n'est pas évident de percevoir la violence (culturelle, économique, physique) des changements du monde au nom de la "compétitivité" et du "progrès".
Mais pour toute une partie de la population qui ne veut pas de ce monde, ou ne peut pas y accéder, le changement est perçu comme violent et totalitaire. Et Macron suscite davantage de ressentiment, parce qu'il laisse encore moins de jeu dans la mécanique, que ses prédecesseurs. Le problème est non seulement qu'il continue à prendre le même virage libéral que les autres, mais qu'il a décidé de ne pas lever le pied, quoi qu'il arrive. Tous les mécanismes démocratiques qui permettaient jusqu'ici de "faire remonter" l'information ont sauté. C'est particulièrement visible ces derniers temps : le pouvoir ne comprend plus ce qu'il se passe. Il a les chiffres, les photos, les lois, mais il lui manque le plus important, ce qui fait normalement le "jeu" d'une démocratie : ressentir la situation. C'est très symptomatique d'une société très normée, très numérisée, très cadrée, où tout doit être assuré, légal, documenté, sauvegardé, filmé et archivé et mort : l'essence même de la vie est ailleurs. Personne, absolument personne, n'est cet agent économique rationnel qui décide ou pas de fumer, de rouler au Diesel, d'habiter ici ou là, d'acheter tel véhicule, en fonction de critères purement rationnel et dans le seul but... de quoi du coup ? Qui vit juste pour travailler afin d'augmenter le PIB et de dégager des marges permettant l'investissement ?
Et à jouer l'opposition entre "mon monde libéral" et "le chaos", Macron prend l'énorme risque d'encourager tous les gens qui perçoivent le monde de Macron comme totalitaire, à préférer "le chaos".
THIS IS JUST A PLACEHOLDER. YOU SHOULD NEVER SEE THIS STRING.