Posté par Jice .
En réponse au journal Cahier de doléances.
Évalué à 10.
Dernière modification le 14 janvier 2019 à 13:40.
Monsieur le président,
Vous voulez nos doléances, vous ouvrez un grand débat national ? A quoi cela va-t-il bien pouvoir servir ? Depuis 30 ou 40 ans, toutes les revendications des gilets jaunes ont été dites et redites au cours de manifestations pacifiques (on se souvient du référendum de 2005 ou des nuits debout, récemment).
Il semble que seule la violence si décriée ces jours-ci, et que vous dénoncez avec grande vigueur dans votre lettre, soit en mesure de vous faire réagir (et encore, cette réaction ressemble surtout à une façade pour calmer le jeu). Les routiers ou les cheminots n’obtiennent satisfaction que parce qu’ils sont en mesure de bloquer le pays. Depuis que leur pouvoir de grève a été limité par un service minimum obligatoire, leur condition se dégrade inexorablement. Tous les autres mouvements de grève n’aboutissent pas à grand-chose.
Donc, autant il est clair que cette violence est regrettable et peu constructive en soi, autant la surdité du gouvernement face aux revendications exprimées depuis des décennies par les classes les plus démunies ne peut aboutir qu’à ce genre d’expression. Reste maintenant à savoir si la violence des forces de l’ordre réussira à museler la violence du mouvement (et la non-violence dans le même temps, naturellement).
Mais bon. Allons-y pour le débat.
La représentativité des élus
Ma première doléance serait que les élus et membres du gouvernement soient un peu moins arrogants et plus à l’écoute. J’exclus de cette remarque les élus municipaux des petites communes qui gardent un contact simple avec leurs administrés. Par contre, les maires des grosses communes, et à plus forte raison les députés et au-delà, accueillent le plus souvent ces remarques par des réponses bien formatées nous expliquant qu’elles sont, certes, intéressantes mais qu’elles seront classées sur la grande pile des dossiers non pertinents dans la mesure où ils vont contre les instructions du parti. Cette remarque est le résultat de nombreuses expériences personnelles qui ont montré que les députés, notamment, étaient beaucoup plus sensibles aux arguments des lobbies et aux injonctions du parti, parfois manifestement dictés par des intérêts beaucoup plus individuels que collectifs, qu’à ceux des experts issus de la société civile.
Ces représentants ne représentent plus la plupart des citoyens depuis longtemps (l’ont-ils jamais fait ?). Majoritairement cadres ou professions favorisées, peu ou pas d’employés, d’ouvriers ou d’agriculteurs, que peuvent-ils comprendre aux problématiques rencontrée par la populace envers laquelle vous, monsieur le président, affichez ouvertement votre mépris. De toute évidence, ils n’y comprennent pas grand-chose et sont plus intéressés par la stratégie à suivre pour bien mener leur carrière que par l’intérêt collectif. Ils se votent des augmentations et des avantages pendant qu’ils demandent des efforts à ceux qui travaillent (pas aux investisseurs, heureusement).
Cela a pour conséquence une plus grande sensibilité aux arguments lobbyistes industriels qui ne défendent pas l’intérêt commun. Les témoignages de lobbyistes professionnels le montrent bien.
Un petit stage d’un an de vie réelle ne ferait pas de mal à tous ces candidats à la vie publique des collectivités locales de plus de 50 000 habitants. Recherche d’emploi avec un CV mal qualifié et le RSA pour vivre jusqu’à ce qu’ils trouvent un emploi et l’exercent pendant une certaine durée, pour voir la différence d’épanouissement personnel entre un boulot d’équarisseur et celui d’un directeur de service financier, ça leur remettrait les idées en place.
Ainsi donc, mon premier souhait serait de revoir le mode de scrutin afin d’avoir des représentants plus représentatifs, issus du monde réel. En particulier, le vote uninominal à un ou deux tours est connu pour ses nombreuses faiblesses qui le rendent particulièrement sensible au vote stratégique ou utile. C’est cette faiblesse qui a permis à M. Le Pen d’arriver au second tour en 2002. Un mode de scrutin comme le Jugement majoritaire serait beaucoup plus intéressant. Le tirage au sort pour les députés serait également une avancée significative dans leur représentativité.
Ce premier souhait peut être complété par le non-cumul des mandats. A la fois verticalement et temporellement : par exemple, pas plus de 3 mandats pour une même fonction et pas plus de 2 ou 3 mandats en même temps.
Les Inégalités
Elles atteignent aujourd’hui des niveaux absurdes et ne cessent d’être renforcées par la politique suivie depuis au moins quatre décennies. Toujours plus de cadeaux fiscaux pour les uns payés par les efforts demandés aux autres.
Pendant que la majorité des français peine à boucler ses mois, les actionnaires du CAC 40, les saltimbanques et les joueurs de foot se frottent les mains. 1200 € par mois pour les uns, plusieurs dizaines, voire centaines de milliers pour les autres. Contraintes toujours plus fortes sur les uns (droit du travail détricoté), laxisme ouvertement assumé pour les autres.
Si un SDF vole un fromage, il se retrouve avec 3 mois de prison ferme . Par contre, un homme politique ou un grand chef d’entreprise peut détourner des millions et bénéficier d’un jugement, disons..., clément (pour rester correct) . L’aventure de M. Ghosn montre combien les exactions de certains ne sont pas vraiment un problème tant que la personne en question ne se fait pas d’ennemi puissant dans un pays avec une justice très ferme.
Mon deuxième souhait serait donc un travail important de rééquilibrage. Que notre société arrête de défendre les forts et d’enfoncer les faibles.
ISF, impôts sur le revenus beaucoup plus forts pour les très hauts revenus , interdiction de dépasser certains rapports entre les revenus les plus bas et les plus hauts d’une entreprise (cumul compris, sinon, c’est trop facile), mesures contre la confiscation des fruits de la croissance par les actionnaires...
Est-il normal que le travail rapporte moins que la rente ? Est-il normal qu’un enfant de famille favorisé soit ensuite également favorisé à chaque étape de sa vie ?
Taxer le capital, la succession, limiter les dividendes, brasser les classes sociales, arrêter de fermer les écoles en campagne, fournir une offre publique de formation qui soit au niveau...
Enfin, une justice beaucoup plus ferme avec des peines beaucoup plus lourdes contre la délinquance en col blanc. Actuellement, cela n’a rien de dissuasifs. Quelques rare cas sont épinglés presque accidentellement et s’en tirent la plupart du temps avec des peines décoratives.
Chômage, travail et activité
Aujourd’hui, le chômeur est quasiment considéré comme un délinquant. Encore un petit effort et il devra obligatoirement accepter un travail de forçat, payé une misère à 70km de chez lui, de telle sorte que son salaire ne lui permettra même pas de couvrir ses frais de déplacement. En fait, le vrai rôle du chômeur est aujourd’hui bien visible. Il est utilisé pour faire baisser le « coût » du travail : en faisant peur aux salariés qui ne voudraient pas devenir comme lui et représentant une source de main d’œuvre corvéable à merci sous réserve de trouver comment le forcer à accepter ces relents d’esclavage.
Quand on voit les conditions de travail chez Amazon, Lidl, Free ou dans les plateformes téléphoniques et les abattoirs, dont on sort à moitié handicapé en quelques années, comment s’étonner que les gens n’aient pas très envie de bosser chez eux pour un SMIC. C’est sûr qu’un ministre du travail payé 10 k€ par mois sans compter les avantages (nombreux), ne voit pas le travail avec le même point de vue. Une expérience professionnelle pendant quelques mois dans ce genre de conditions pour nos élus leur ferait le plus grand bien pour comprendre la réalité de la vie de leurs administrés. Aujourd’hui, leur déconnexion est patente.
Le chômage n’est pas un choix dans l’immense majorité des cas. On se sert des abus de quelques-uns pour mettre en place des règles dont les seuls objectifs sont de radier à tours de bras et faire baisser les statistiques.
Sans compter que l’on ne considère la valeur du travail qu’en fonction de son impact sur le PIB. Le bénévolat n’en est pas un, par exemple. Ainsi, un chômeur qui, pour être actif, s’implique fortement dans les actions bénévoles sera tout de même considéré comme un parasite. De même, le type qui tond sa pelouse le dimanche ne sera pas un travailleur alors que celui qui le fait pour une entreprise de paysagistes en sera un (et que, pire que tout, l’employé municipal chargé de ce type d’entretiens sera, lui, considéré comme une charge).
Mon souhait suivant serait donc que, plutôt que de toujours forcer sur la partie FLEXI de la flexi-sécurité, le gouvernement s’intéresse de manière beaucoup plus volontaire à la partie sécurité. Comment faire pour financer la formation permanente des chômeurs et les accompagner ? Comment éviter que les périodes d’absence de travail ne deviennent des naufrages ? Comment reconnaître le travail non rémunéré à sa juste valeur comme contribution à la société ?
Retraite
Baisse des pensions, augmentation de l’âge de départ à la retraite. Bientôt, la France sera comme le Japon et les français devront travailler jusqu’à leur mort pour pouvoir survivre. Evidemment, quand on touche des dividendes ou un salaire confortable pour siéger au sénat ou à un ou deux conseils d’administration, la perspective n’est pas effrayante. Quand on se retrouve chômeur à 50 ans suite à une délocalisation, c’est tout de suite moins drôle.
Par ailleurs, pour quel genre de naïf est-on pris lorsqu’on nous sert l’argument selon lequel l’augmentation de la durée de cotisation est justifiée par le fait que l’on vive plus vieux. Ceci serait vrai si l’on était en déficit de main d’œuvre mais avec le taux de chômage de la France, ceux qui travaillent plus longtemps permettent simplement à des plus jeunes de rester au chômage plus longtemps (et donc de pénaliser leur durée de cotisation). C’est un moyen déguisé de réduire les pensions.
Mon souhait serait donc que si réforme de la retraite il y a, elle aille dans le sens d’une plus grande répartition et non pas d’une plus grande capitalisation (toujours favorable aux mêmes), d’un plancher des retraites acceptable et indexé sur l’inflation, d’une politique de définition des durées d’activité pilotée par le taux de chômage plutôt que par la réduction des pensions.
Pour cela, il me semble envisageable que les ajustements de budget soient définis non par un jeu sur le plancher mais plutôt sur un plafond.
Impôts et Service public / Dividendes et services privés
Les services publics désertent les campagnes dont les petites villes et villages deviennent de simples dortoirs. Transports en communs, hôpitaux, postes... Fermetures, fermetures, fermetures.
Cela revient à retirer la vie des campagnes et à toujours augmenter le besoin de voiture... Mais bon, j’imagine qu’à Paris, ce genre de considérations sort un peu du champ des réalités envisageables.
Cette désertification est la conséquence directe des baisses d’impôts que l’on finance avec la grande braderie des services publics. On compare nos prélèvements avec ceux de nos voisins dont les prestations publiques sont nettement moins satisfaisantes pour argumenter qu’ils sont trop hauts et les élaguer pour permettre à certains citoyens privilégiés de l’être encore plus. Plus on est riche et plus on a de moyens de ne pas participer au financement du pays.
Dernière trouvaille : la suppression des taxes d’habitation. Les communes, qui n’ont plus d’argent, se voient supprimer la dernière ressource sur laquelle elles avaient encore la main et sont maintenant à la merci du bon vouloir du pouvoir central qui pourra désormais leur imposer toutes les économies qu’il devrait faire lui par un système de vases communicants très pratique.
Par contre, jamais la pression actionnariale n’est remise en cause. Avec 57 milliards d’euro redistribués rien que pour les entreprises du CAC 40, c’est pratiquement 60% des bénéfices des entreprises.
Le gouvernement charge les travailleurs ou les chômeurs de tous les maux. Les uns sont beaucoup trop payés alors même que leurs revenus ne suivent même pas l’inflation, les autres sont des fainéants qui refusent de travailler pour quelques queues de cerises largement distribuées.
Les actionnaires qui vampirisent les entreprises, leur imposant des plans sociaux de toutes sortes pour gagner quelques points, eux, sont exemptés de toute responsabilité.
Mon souhait serait que le gouvernement arrête d’étrangler son peuple avec de soi-disant réformes dont le seul objectif est de permettre à une classe de millionnaires de devenir encore plus riche en appauvrissant toujours plus une part grandissante de la population. Cela fait 40 ans que ce virage a été pris et il devient très évident que le ruissellement fonctionne mais suit les principes normaux de la gravitation : l’univers n’a pas de haut ni de bas, la représentation montagneuse est trompeuse et la réalité du ruissellement, c’est que les richesses attirent les richesses. Le ruissellement se fait des plus pauvres vers les plus riches et non dans le sens contraire.
Climat
On taxe le carburant et hop, tout le monde se retrouve dans la rue. Ces gens ne sont pas responsables. Ils ne sont pas écolo.
Quelle surprise, non ? Pourtant, comment ne pas avoir la sensation d’être pris pour un imbécile alors que c’est encore et toujours les mêmes qui financent toutes les mesures, même lorsque le problème les dépasse très largement.
Pourquoi le kérosène n’est-il pas taxé ? Pourquoi les carburants des cargos ne le sont pas non plus alors que leur pollution est considérable ?
Comment peut-on espérer réduire nos émissions de gaz à effet de serre si l’on attend un doublement du trafic aérien d’ici 10 ans.
Par ailleurs, comment peut-on à la fois faire le constat que la voiture est un problème et réduire l’offre de transports en commun ? Car c’est bien ce qu’il se passe avec l’orientation tout TGV du train. On baisse l’offre TER locale pour permettre à des travailleurs parisiens de venir s’installer toujours plus loin en province, ce qui fait monter les loyers et oblige les locaux à s’éloigner toujours plus loin et à prendre leur voiture puisque le TER disparait. N’y a-t-il pas là une contradiction flagrante ?
J’aspire à ce que le gouvernement prenne enfin des mesures véritablement déterminées pour lutter contre le réchauffement climatique. Les sources d’informations sur des pistes crédibles à suivre ne manquent pas. En particulier, il est invraisemblable qu’on arrive à acheter un produit chinois moins cher que le même fabriqué en France. Le vrai coût du transport (taxé à un juste niveau) devrait être inclus dans le prix. De même que les coûts de fabrication et d’élimination des produits. L’export de nos vieilles bagnoles et de nos déchets vers l’Afrique ne peut pas être considéré comme une solution acceptable.
Financer tout ça
Et voilà le problème. Comment financer tout ça.
La réponse n’est pas si compliquée : il faut aller chercher les sous là où ils sont et pas là où ils ne sont pas.
Lutter vigoureusement contre les fraudes fiscales, réduire les marges de manœuvres pour les optimisations, supprimer les niches qui ne profitent qu’aux riches qui réussissent grâce à leurs avocats fiscalistes à payer moins d’impôts qu’un employé de bureau moyen, et surtout taxer les plus riches d’une façon telle que la richesse suive une courbe logarithmique plutôt qu’exponentielle.
On perçoit la TVA comme un pourcentage du produit. Pourquoi pas les amendes comme un pourcentage des revenus ? Si griller un stop est un vrai problème pour un smicard, pour un joueur de foot, cela représente une petite partie de la monnaie qui traine dans sa boîte à gants, ce n’est pas très dissuasif.
Si l’amende était égale à 10% du revenu net mensuel, ça ferait moins rigoler le footballeur. Ce serait plus juste.
Une autre piste serait de récupérer la planche à billet, ou au moins que la production d’argent soit faite selon un processus non soumis à intérêt. Aujourd’hui, la quasi-totalité de l’argent en circulation est produite par les banques privées dans le cadre de prêts soumis à intérêts. Un raisonnement simple permet de se rendre compte qu’au niveau global, il n’est pas possible de rembourser ces emprunts sans emprunter encore (l’argent nécessaire au remboursement n’existe pas en totalité puisque celui produit doit être remboursé avec intérêt). On fabrique donc une dette croissante par construction.
En fait, de nombreuses pistes existent mais les seules qui ont les faveurs des gouvernements sont celles qui, lorsqu’il s’agit des non rentiers, prennent d’une main ce qu’elles donnent de l’autre (on réduit les cotisations pour donner l’illusion qu’on augmente les salaires). Les rentiers n’ont pas ce problème puisque dans leur cas, le gouvernement les laisse plonger les deux mains dans l’accumulation de capital en leur demandant poliment d’être raisonnable. Faire le contraire serait un axe de réflexion fort pour réduire les inégalités.
Conclusion
Toutes ces revendications se résument en quelques termes : rééquilibrage et remise de l’économie à sa place d’outil au service de la société. Actuellement, c’est la société qui est au service d’une doctrine économique dont l’imperfection des modèles est connue et largement théorisée. Les déséquilibres inhérents à cette théorie sont aujourd’hui extrêmement apparents mais cela ne change en rien le cap voulu par nos capitaines de Titanic.
Le rôle de nos institutions devrait être de lutter d’arrache-pied pour défendre les plus faibles contre les plus forts or c’est le contraire qui se passe.
Lutter pour réduire les déséquilibres de patrimoines, d’accès aux services publics, d’accès à la formation de qualité.
Lutter de façon déterminée contre le réchauffement climatique en mettant à contribution les plus gros pollueurs, en s’engageant de façon déterminée dans une voie de sobriété vertueuse.
On peut toujours rêver mais en l’occurrence, je ne pense pas que ce débat donnera quoi que ce soit de significatif parce que cela nécessiterait de repenser l’organisation politico-économique de ce pays, et, plus largement, de l’Europe et même du monde. Il faudrait commencer par changer d’indicateur et considérer la croissance économique (PIB) comme un indice de performance parmi d’autre. La performance écologique devrait être placée bien avant si l’on veut lutter contre le réchauffement, de même que la performance sociale.
Post scriptum : Un mot sur la lettre aux français
Cette lettre montre de façon absolument éclatante que l’organisation de la pensée de nos dirigeants est plus figée qu’un bloc de granit breton.
Les errements du capitalisme financier qui a pris le contrôle depuis plusieurs décennies montrent combien ce système laissé à lui-même est toxique dans tous les domaines :
• Le dérèglement climatique est annoncé depuis maintenant longtemps mais le marché ne propose aucune autre solution qu’un green washing qui donne l’impression d’être respectueux de l’environnement à travers une communication d’experts mais qui, dans le fond, ne change strictement rien : aucune courbe inquiétante ne s’incurve de façon significative dans une direction rassurante. Les rejets de CO2 continuent à augmenter, l’extinction des espèces poursuit sa course effrénée, la pollution en général explose...
• Les inégalités, un temps réduite pendant l’après-guerre, sont reparties à la hausse comme jamais, sur fond de démantèlement des acquis sociaux et de subventions pour les riches.
• ...
Ces constats sont partagés par notre bon président mais il ne veut pas remettre en cause les solutions qui prouvent leur inefficacité, voire leur toxicité, depuis 40 ans et plus.
Sa lettre nous montre que lui-même voit le monde à travers un prisme très étroit. Cette discussion soi-disant sans aucun tabou est finalement très précisément bordée et biaisée dans sa formulation pour éviter les remises en cause trop radicales... Il veut bien changer, pourvu que ce soit dans la direction qu’il a prévu.
Pas de remise en cause de l’abrogation de l’ISF alors que c’est un symbole (très insuffisant et mal conçu) de la contribution des plus fortunés. Sa révision est nécessaire mais sa remise en service, sous une forme ou sous une autre, l’est également.
Faut-il réduire encore les services publics alors que ceux-ci manquent partout en campagne ? Faut-il baisser les impôts, alors que le problème est leur répartition ? Faut-il ajouter de la proportionnelle dans le scrutin alors que c’est le mode de scrutin lui-même qui est mauvais ? Ajouter de la proportionnelle ne fera qu’ajouter un peu de confusion.
La lettre met en évidence la fermeture d’esprit du président et donne ainsi la quasi garantie qu’aucune réponse nouvelle (et donc aucune solution) ne sera apportée aux revendications émises.
# Allez hop, des doléances en bon uniforme
Posté par Jice . En réponse au journal Cahier de doléances. Évalué à 10. Dernière modification le 14 janvier 2019 à 13:40.
Monsieur le président,
Vous voulez nos doléances, vous ouvrez un grand débat national ? A quoi cela va-t-il bien pouvoir servir ? Depuis 30 ou 40 ans, toutes les revendications des gilets jaunes ont été dites et redites au cours de manifestations pacifiques (on se souvient du référendum de 2005 ou des nuits debout, récemment).
Il semble que seule la violence si décriée ces jours-ci, et que vous dénoncez avec grande vigueur dans votre lettre, soit en mesure de vous faire réagir (et encore, cette réaction ressemble surtout à une façade pour calmer le jeu). Les routiers ou les cheminots n’obtiennent satisfaction que parce qu’ils sont en mesure de bloquer le pays. Depuis que leur pouvoir de grève a été limité par un service minimum obligatoire, leur condition se dégrade inexorablement. Tous les autres mouvements de grève n’aboutissent pas à grand-chose.
Donc, autant il est clair que cette violence est regrettable et peu constructive en soi, autant la surdité du gouvernement face aux revendications exprimées depuis des décennies par les classes les plus démunies ne peut aboutir qu’à ce genre d’expression. Reste maintenant à savoir si la violence des forces de l’ordre réussira à museler la violence du mouvement (et la non-violence dans le même temps, naturellement).
Mais bon. Allons-y pour le débat.
La représentativité des élus
Ma première doléance serait que les élus et membres du gouvernement soient un peu moins arrogants et plus à l’écoute. J’exclus de cette remarque les élus municipaux des petites communes qui gardent un contact simple avec leurs administrés. Par contre, les maires des grosses communes, et à plus forte raison les députés et au-delà, accueillent le plus souvent ces remarques par des réponses bien formatées nous expliquant qu’elles sont, certes, intéressantes mais qu’elles seront classées sur la grande pile des dossiers non pertinents dans la mesure où ils vont contre les instructions du parti. Cette remarque est le résultat de nombreuses expériences personnelles qui ont montré que les députés, notamment, étaient beaucoup plus sensibles aux arguments des lobbies et aux injonctions du parti, parfois manifestement dictés par des intérêts beaucoup plus individuels que collectifs, qu’à ceux des experts issus de la société civile.
Ces représentants ne représentent plus la plupart des citoyens depuis longtemps (l’ont-ils jamais fait ?). Majoritairement cadres ou professions favorisées, peu ou pas d’employés, d’ouvriers ou d’agriculteurs, que peuvent-ils comprendre aux problématiques rencontrée par la populace envers laquelle vous, monsieur le président, affichez ouvertement votre mépris. De toute évidence, ils n’y comprennent pas grand-chose et sont plus intéressés par la stratégie à suivre pour bien mener leur carrière que par l’intérêt collectif. Ils se votent des augmentations et des avantages pendant qu’ils demandent des efforts à ceux qui travaillent (pas aux investisseurs, heureusement).
Cela a pour conséquence une plus grande sensibilité aux arguments lobbyistes industriels qui ne défendent pas l’intérêt commun. Les témoignages de lobbyistes professionnels le montrent bien.
Un petit stage d’un an de vie réelle ne ferait pas de mal à tous ces candidats à la vie publique des collectivités locales de plus de 50 000 habitants. Recherche d’emploi avec un CV mal qualifié et le RSA pour vivre jusqu’à ce qu’ils trouvent un emploi et l’exercent pendant une certaine durée, pour voir la différence d’épanouissement personnel entre un boulot d’équarisseur et celui d’un directeur de service financier, ça leur remettrait les idées en place.
Ainsi donc, mon premier souhait serait de revoir le mode de scrutin afin d’avoir des représentants plus représentatifs, issus du monde réel. En particulier, le vote uninominal à un ou deux tours est connu pour ses nombreuses faiblesses qui le rendent particulièrement sensible au vote stratégique ou utile. C’est cette faiblesse qui a permis à M. Le Pen d’arriver au second tour en 2002. Un mode de scrutin comme le Jugement majoritaire serait beaucoup plus intéressant. Le tirage au sort pour les députés serait également une avancée significative dans leur représentativité.
Ce premier souhait peut être complété par le non-cumul des mandats. A la fois verticalement et temporellement : par exemple, pas plus de 3 mandats pour une même fonction et pas plus de 2 ou 3 mandats en même temps.
Les Inégalités
Elles atteignent aujourd’hui des niveaux absurdes et ne cessent d’être renforcées par la politique suivie depuis au moins quatre décennies. Toujours plus de cadeaux fiscaux pour les uns payés par les efforts demandés aux autres.
Pendant que la majorité des français peine à boucler ses mois, les actionnaires du CAC 40, les saltimbanques et les joueurs de foot se frottent les mains. 1200 € par mois pour les uns, plusieurs dizaines, voire centaines de milliers pour les autres. Contraintes toujours plus fortes sur les uns (droit du travail détricoté), laxisme ouvertement assumé pour les autres.
Si un SDF vole un fromage, il se retrouve avec 3 mois de prison ferme . Par contre, un homme politique ou un grand chef d’entreprise peut détourner des millions et bénéficier d’un jugement, disons..., clément (pour rester correct) . L’aventure de M. Ghosn montre combien les exactions de certains ne sont pas vraiment un problème tant que la personne en question ne se fait pas d’ennemi puissant dans un pays avec une justice très ferme.
Mon deuxième souhait serait donc un travail important de rééquilibrage. Que notre société arrête de défendre les forts et d’enfoncer les faibles.
ISF, impôts sur le revenus beaucoup plus forts pour les très hauts revenus , interdiction de dépasser certains rapports entre les revenus les plus bas et les plus hauts d’une entreprise (cumul compris, sinon, c’est trop facile), mesures contre la confiscation des fruits de la croissance par les actionnaires...
Est-il normal que le travail rapporte moins que la rente ? Est-il normal qu’un enfant de famille favorisé soit ensuite également favorisé à chaque étape de sa vie ?
Taxer le capital, la succession, limiter les dividendes, brasser les classes sociales, arrêter de fermer les écoles en campagne, fournir une offre publique de formation qui soit au niveau...
Enfin, une justice beaucoup plus ferme avec des peines beaucoup plus lourdes contre la délinquance en col blanc. Actuellement, cela n’a rien de dissuasifs. Quelques rare cas sont épinglés presque accidentellement et s’en tirent la plupart du temps avec des peines décoratives.
Chômage, travail et activité
Aujourd’hui, le chômeur est quasiment considéré comme un délinquant. Encore un petit effort et il devra obligatoirement accepter un travail de forçat, payé une misère à 70km de chez lui, de telle sorte que son salaire ne lui permettra même pas de couvrir ses frais de déplacement. En fait, le vrai rôle du chômeur est aujourd’hui bien visible. Il est utilisé pour faire baisser le « coût » du travail : en faisant peur aux salariés qui ne voudraient pas devenir comme lui et représentant une source de main d’œuvre corvéable à merci sous réserve de trouver comment le forcer à accepter ces relents d’esclavage.
Quand on voit les conditions de travail chez Amazon, Lidl, Free ou dans les plateformes téléphoniques et les abattoirs, dont on sort à moitié handicapé en quelques années, comment s’étonner que les gens n’aient pas très envie de bosser chez eux pour un SMIC. C’est sûr qu’un ministre du travail payé 10 k€ par mois sans compter les avantages (nombreux), ne voit pas le travail avec le même point de vue. Une expérience professionnelle pendant quelques mois dans ce genre de conditions pour nos élus leur ferait le plus grand bien pour comprendre la réalité de la vie de leurs administrés. Aujourd’hui, leur déconnexion est patente.
Le chômage n’est pas un choix dans l’immense majorité des cas. On se sert des abus de quelques-uns pour mettre en place des règles dont les seuls objectifs sont de radier à tours de bras et faire baisser les statistiques.
Sans compter que l’on ne considère la valeur du travail qu’en fonction de son impact sur le PIB. Le bénévolat n’en est pas un, par exemple. Ainsi, un chômeur qui, pour être actif, s’implique fortement dans les actions bénévoles sera tout de même considéré comme un parasite. De même, le type qui tond sa pelouse le dimanche ne sera pas un travailleur alors que celui qui le fait pour une entreprise de paysagistes en sera un (et que, pire que tout, l’employé municipal chargé de ce type d’entretiens sera, lui, considéré comme une charge).
Mon souhait suivant serait donc que, plutôt que de toujours forcer sur la partie FLEXI de la flexi-sécurité, le gouvernement s’intéresse de manière beaucoup plus volontaire à la partie sécurité. Comment faire pour financer la formation permanente des chômeurs et les accompagner ? Comment éviter que les périodes d’absence de travail ne deviennent des naufrages ? Comment reconnaître le travail non rémunéré à sa juste valeur comme contribution à la société ?
Retraite
Baisse des pensions, augmentation de l’âge de départ à la retraite. Bientôt, la France sera comme le Japon et les français devront travailler jusqu’à leur mort pour pouvoir survivre. Evidemment, quand on touche des dividendes ou un salaire confortable pour siéger au sénat ou à un ou deux conseils d’administration, la perspective n’est pas effrayante. Quand on se retrouve chômeur à 50 ans suite à une délocalisation, c’est tout de suite moins drôle.
Par ailleurs, pour quel genre de naïf est-on pris lorsqu’on nous sert l’argument selon lequel l’augmentation de la durée de cotisation est justifiée par le fait que l’on vive plus vieux. Ceci serait vrai si l’on était en déficit de main d’œuvre mais avec le taux de chômage de la France, ceux qui travaillent plus longtemps permettent simplement à des plus jeunes de rester au chômage plus longtemps (et donc de pénaliser leur durée de cotisation). C’est un moyen déguisé de réduire les pensions.
Mon souhait serait donc que si réforme de la retraite il y a, elle aille dans le sens d’une plus grande répartition et non pas d’une plus grande capitalisation (toujours favorable aux mêmes), d’un plancher des retraites acceptable et indexé sur l’inflation, d’une politique de définition des durées d’activité pilotée par le taux de chômage plutôt que par la réduction des pensions.
Pour cela, il me semble envisageable que les ajustements de budget soient définis non par un jeu sur le plancher mais plutôt sur un plafond.
Impôts et Service public / Dividendes et services privés
Les services publics désertent les campagnes dont les petites villes et villages deviennent de simples dortoirs. Transports en communs, hôpitaux, postes... Fermetures, fermetures, fermetures.
Cela revient à retirer la vie des campagnes et à toujours augmenter le besoin de voiture... Mais bon, j’imagine qu’à Paris, ce genre de considérations sort un peu du champ des réalités envisageables.
Cette désertification est la conséquence directe des baisses d’impôts que l’on finance avec la grande braderie des services publics. On compare nos prélèvements avec ceux de nos voisins dont les prestations publiques sont nettement moins satisfaisantes pour argumenter qu’ils sont trop hauts et les élaguer pour permettre à certains citoyens privilégiés de l’être encore plus. Plus on est riche et plus on a de moyens de ne pas participer au financement du pays.
Dernière trouvaille : la suppression des taxes d’habitation. Les communes, qui n’ont plus d’argent, se voient supprimer la dernière ressource sur laquelle elles avaient encore la main et sont maintenant à la merci du bon vouloir du pouvoir central qui pourra désormais leur imposer toutes les économies qu’il devrait faire lui par un système de vases communicants très pratique.
Par contre, jamais la pression actionnariale n’est remise en cause. Avec 57 milliards d’euro redistribués rien que pour les entreprises du CAC 40, c’est pratiquement 60% des bénéfices des entreprises.
Le gouvernement charge les travailleurs ou les chômeurs de tous les maux. Les uns sont beaucoup trop payés alors même que leurs revenus ne suivent même pas l’inflation, les autres sont des fainéants qui refusent de travailler pour quelques queues de cerises largement distribuées.
Les actionnaires qui vampirisent les entreprises, leur imposant des plans sociaux de toutes sortes pour gagner quelques points, eux, sont exemptés de toute responsabilité.
Mon souhait serait que le gouvernement arrête d’étrangler son peuple avec de soi-disant réformes dont le seul objectif est de permettre à une classe de millionnaires de devenir encore plus riche en appauvrissant toujours plus une part grandissante de la population. Cela fait 40 ans que ce virage a été pris et il devient très évident que le ruissellement fonctionne mais suit les principes normaux de la gravitation : l’univers n’a pas de haut ni de bas, la représentation montagneuse est trompeuse et la réalité du ruissellement, c’est que les richesses attirent les richesses. Le ruissellement se fait des plus pauvres vers les plus riches et non dans le sens contraire.
Climat
On taxe le carburant et hop, tout le monde se retrouve dans la rue. Ces gens ne sont pas responsables. Ils ne sont pas écolo.
Quelle surprise, non ? Pourtant, comment ne pas avoir la sensation d’être pris pour un imbécile alors que c’est encore et toujours les mêmes qui financent toutes les mesures, même lorsque le problème les dépasse très largement.
Pourquoi le kérosène n’est-il pas taxé ? Pourquoi les carburants des cargos ne le sont pas non plus alors que leur pollution est considérable ?
Comment peut-on espérer réduire nos émissions de gaz à effet de serre si l’on attend un doublement du trafic aérien d’ici 10 ans.
Par ailleurs, comment peut-on à la fois faire le constat que la voiture est un problème et réduire l’offre de transports en commun ? Car c’est bien ce qu’il se passe avec l’orientation tout TGV du train. On baisse l’offre TER locale pour permettre à des travailleurs parisiens de venir s’installer toujours plus loin en province, ce qui fait monter les loyers et oblige les locaux à s’éloigner toujours plus loin et à prendre leur voiture puisque le TER disparait. N’y a-t-il pas là une contradiction flagrante ?
J’aspire à ce que le gouvernement prenne enfin des mesures véritablement déterminées pour lutter contre le réchauffement climatique. Les sources d’informations sur des pistes crédibles à suivre ne manquent pas. En particulier, il est invraisemblable qu’on arrive à acheter un produit chinois moins cher que le même fabriqué en France. Le vrai coût du transport (taxé à un juste niveau) devrait être inclus dans le prix. De même que les coûts de fabrication et d’élimination des produits. L’export de nos vieilles bagnoles et de nos déchets vers l’Afrique ne peut pas être considéré comme une solution acceptable.
Financer tout ça
Et voilà le problème. Comment financer tout ça.
La réponse n’est pas si compliquée : il faut aller chercher les sous là où ils sont et pas là où ils ne sont pas.
Lutter vigoureusement contre les fraudes fiscales, réduire les marges de manœuvres pour les optimisations, supprimer les niches qui ne profitent qu’aux riches qui réussissent grâce à leurs avocats fiscalistes à payer moins d’impôts qu’un employé de bureau moyen, et surtout taxer les plus riches d’une façon telle que la richesse suive une courbe logarithmique plutôt qu’exponentielle.
On perçoit la TVA comme un pourcentage du produit. Pourquoi pas les amendes comme un pourcentage des revenus ? Si griller un stop est un vrai problème pour un smicard, pour un joueur de foot, cela représente une petite partie de la monnaie qui traine dans sa boîte à gants, ce n’est pas très dissuasif.
Si l’amende était égale à 10% du revenu net mensuel, ça ferait moins rigoler le footballeur. Ce serait plus juste.
Une autre piste serait de récupérer la planche à billet, ou au moins que la production d’argent soit faite selon un processus non soumis à intérêt. Aujourd’hui, la quasi-totalité de l’argent en circulation est produite par les banques privées dans le cadre de prêts soumis à intérêts. Un raisonnement simple permet de se rendre compte qu’au niveau global, il n’est pas possible de rembourser ces emprunts sans emprunter encore (l’argent nécessaire au remboursement n’existe pas en totalité puisque celui produit doit être remboursé avec intérêt). On fabrique donc une dette croissante par construction.
En fait, de nombreuses pistes existent mais les seules qui ont les faveurs des gouvernements sont celles qui, lorsqu’il s’agit des non rentiers, prennent d’une main ce qu’elles donnent de l’autre (on réduit les cotisations pour donner l’illusion qu’on augmente les salaires). Les rentiers n’ont pas ce problème puisque dans leur cas, le gouvernement les laisse plonger les deux mains dans l’accumulation de capital en leur demandant poliment d’être raisonnable. Faire le contraire serait un axe de réflexion fort pour réduire les inégalités.
Conclusion
Toutes ces revendications se résument en quelques termes : rééquilibrage et remise de l’économie à sa place d’outil au service de la société. Actuellement, c’est la société qui est au service d’une doctrine économique dont l’imperfection des modèles est connue et largement théorisée. Les déséquilibres inhérents à cette théorie sont aujourd’hui extrêmement apparents mais cela ne change en rien le cap voulu par nos capitaines de Titanic.
Le rôle de nos institutions devrait être de lutter d’arrache-pied pour défendre les plus faibles contre les plus forts or c’est le contraire qui se passe.
Lutter pour réduire les déséquilibres de patrimoines, d’accès aux services publics, d’accès à la formation de qualité.
Lutter de façon déterminée contre le réchauffement climatique en mettant à contribution les plus gros pollueurs, en s’engageant de façon déterminée dans une voie de sobriété vertueuse.
On peut toujours rêver mais en l’occurrence, je ne pense pas que ce débat donnera quoi que ce soit de significatif parce que cela nécessiterait de repenser l’organisation politico-économique de ce pays, et, plus largement, de l’Europe et même du monde. Il faudrait commencer par changer d’indicateur et considérer la croissance économique (PIB) comme un indice de performance parmi d’autre. La performance écologique devrait être placée bien avant si l’on veut lutter contre le réchauffement, de même que la performance sociale.
Post scriptum : Un mot sur la lettre aux français
Cette lettre montre de façon absolument éclatante que l’organisation de la pensée de nos dirigeants est plus figée qu’un bloc de granit breton.
Les errements du capitalisme financier qui a pris le contrôle depuis plusieurs décennies montrent combien ce système laissé à lui-même est toxique dans tous les domaines :
• Le dérèglement climatique est annoncé depuis maintenant longtemps mais le marché ne propose aucune autre solution qu’un green washing qui donne l’impression d’être respectueux de l’environnement à travers une communication d’experts mais qui, dans le fond, ne change strictement rien : aucune courbe inquiétante ne s’incurve de façon significative dans une direction rassurante. Les rejets de CO2 continuent à augmenter, l’extinction des espèces poursuit sa course effrénée, la pollution en général explose...
• Les inégalités, un temps réduite pendant l’après-guerre, sont reparties à la hausse comme jamais, sur fond de démantèlement des acquis sociaux et de subventions pour les riches.
• ...
Ces constats sont partagés par notre bon président mais il ne veut pas remettre en cause les solutions qui prouvent leur inefficacité, voire leur toxicité, depuis 40 ans et plus.
Sa lettre nous montre que lui-même voit le monde à travers un prisme très étroit. Cette discussion soi-disant sans aucun tabou est finalement très précisément bordée et biaisée dans sa formulation pour éviter les remises en cause trop radicales... Il veut bien changer, pourvu que ce soit dans la direction qu’il a prévu.
Pas de remise en cause de l’abrogation de l’ISF alors que c’est un symbole (très insuffisant et mal conçu) de la contribution des plus fortunés. Sa révision est nécessaire mais sa remise en service, sous une forme ou sous une autre, l’est également.
Faut-il réduire encore les services publics alors que ceux-ci manquent partout en campagne ? Faut-il baisser les impôts, alors que le problème est leur répartition ? Faut-il ajouter de la proportionnelle dans le scrutin alors que c’est le mode de scrutin lui-même qui est mauvais ? Ajouter de la proportionnelle ne fera qu’ajouter un peu de confusion.
La lettre met en évidence la fermeture d’esprit du président et donne ainsi la quasi garantie qu’aucune réponse nouvelle (et donc aucune solution) ne sera apportée aux revendications émises.