• [^] # Re: Déjà tenté...

    Posté par . En réponse au journal Google apps, vente liée et action collective ?. Évalué à 7.

    Il ne faut pas considérer que l'argument des constructeurs est sans valeur. Un téléphone ou un ordinateur sans OS n'est pas utilisable, et c'est l'intérêt du grand public qu'il soit livré avec un OS. Quand l'OS est payant et que son prix est quantifiable dans le prix d'achat, tu peux toujours essayer de te le faire rembourser (de nombreux constructeurs remboursaient quand même tout ou partie du prix de la licence Windows sur les portables). Quand l'OS n'est pas vendu en boutique, comme Android, ou pire, quand il peut être téléchargé gratuitement, tu ne peux pas déterminer la valeur de cet OS, et tu n'as aucune base pour demander un remboursement. N'importe quel juge considérera qu'au pire, on t'a fourni quelque chose dont tu n'as pas l'utilité, un peu comme un bouton supplémentaire cousu sur le revers d'une veste. Certes, tu l'as "payé" avec le reste, mais ça fait partie intégrante du produit, tu ne peux pas renvoyer le bouton et demander de te faire rembourser.

    Arguer que c'est difficile d'installer un OS alternatif, c'est se tirer une balle dans le pied. Soit ton angle d'attaque, c'est de dire qu'on te fournir et te fais payer un OS dont tu n'as pas besoin parce qu'il est facile d'en installer un autre, soit tu leur reproche de ne pas faciliter l'installation d'un autre OS, mais c'est contradictoire. En plus, les constructeurs ont une réponse toute prête, difficile à parer : ils n'ont aucune raison légale de te faciliter la vie, ils te fournissent un appareil qui fonctionne, et ils n'ont pas à dépenser en R&D pour te fournir un appareil qui fonctionnerait avec des logiciels tiers.

    Sur le fond, il faudrait un raz-de-marée législatif pour imposer une séparation stricte entre matériel et logiciel; identifier toute brique logicielle fournir avec n'importe quel matériel électronique, fournir une documentation technique détaillée de l'interface, et considérer comme un vice caché tout dispositif qui rendrait compliqué le remplacement de toute brique logicielle par une autre... C'est pas gagné. Au delà des poids des lobbies, de la légalité internationale de ce genre de clauses, et du risque de voir le nombre de fournisseurs souhaitant se conformer à une législation aussi contraignante diminuer drastiquement, et avec elle l'offre disponible aux consommateurs européens, tu vas avoir le difficile problème des recours, étant donné la technicité des problèmes. Ta carte graphique ne fonctionne pas sous Linux? Le constructeur va dire que sa doc est au point et que le bug est dans le driver Linux, et ça va être à toi de payer l'expertise pour montrer que le driver linux suit la spec? Et ça, ça va être dans le moindre appareil connecté, le moindre four haut de gamme, la moindre télé, la moindre bagnole? Il y a peut-être un jour où les industriels auront raison de se plaindre du poids des normes, parce que cette idée me semble avoir des conséquences assez monstrueuses en termes de devoirs des industriels.