• [^] # Re: Conclusion étrange

    Posté par . En réponse au journal Directive sur le droit d’auteur adoptée. Évalué à 4.

    Pourquoi cette nécessité de systématiquement caricaturer, au risque de raconter des choses tellement excessives qu'elles sont fausses, et perdent donc tout pouvoir de conviction chez des gens qui font l'effort de vérifier?

    La réalité, c'est que les groupes de presse (pas tous) sont détenus par des grandes entreprises, qui ont évidemment des actionnaires, qui sont évidemment très riches. Avec ce genre de raisonnement, toutes les grandes entreprises sont subventionnées par quelques milliardaires.

    Les journaux sont peu rentables, mais leurs actionnaires font tout pour qu'ils le restent : baisses de coûts, plans sociaux, lobbying pour maximiser les revenus (c'est ce dont on parle ici), accumulation de subventions publiques. La plupart des journaux sont donc des entreprises viables, qui ne sont pas en permanence recapitalisées par leur actionnaire.

    Si tu veux dire que les groupes de presse sont devenus des cibles stratégiques pour les grandes entreprises, et que leur intéret pour ces entreprises n'est pas leur rentabilité économique médiocre, alors oui, on ne peut qu'être d'accord avec toi. Mais si tu veux suggérer que les journaux sont les organes de com de ces grandes entreprises, voire de leur actionnaire majoritaire, alors non, c'est nettement plus compliqué.

    À mon avis, bien loin de satisfaire leur actionnaire, les journaux sont avant tout complètement obsédés par l'idée de plaire et de fidéliser ses lecteurs, en leur servant tous les jours la soupe à laquelle ils sont accros. Il n'y a qu'à lire avec un peu d'esprit critique les journaux indépendants pour voir qu'ils ont une conception de la vérité, de l'objectivité journalistique, et de la rigueur déontologique au moins comparable à la presse généraliste. Le Canard Enchaîné ne va jamais consacrer un article entier à un homme politique honnête ; l'Humanité ne va pas faire un portrait au vitriol de l'œuvre de Castro. Il y a des gens qui sont par exemple complètement extatiques devant le journalisme d'investigation de Mediapart, qui pourtant sert à ses lecteurs une lecture idéologique du monde de l'entreprise et de l'économie, du même style que le commentaire auquel je réponds. Si tu es accro à cette soupe là, alors tu vas la trouver bonne, mais c'est exactement le même phénomène que le lecteur du Figaro qui aime bien qu'on lui montre à quel point c'était mieux avant et qu'on serait vachement plus heureux si Fillon avait été élu. Ces journaux ne t'apprennent rien, ils ne font que confirmer ce que tu as envie de lire, et t'enferment dans tes certitudes.

    Bref, les actionnaires, ils veulent que les journaux leur rapportent du pognon (ou ne leur en fassent pas trop perdre), et pour ça, il faut des lecteurs, et pour avoir des lecteurs, il faut leur servir la soupe. Je pense que Patrick Drahi se fout complètement que Libération dise du mal de Macron, tant que ses lecteurs l'achètent et regardent les pubs. Et, probablement, Drahi se fout même que Libération puisse dire du mal de lui, tant que ça plait à ses lecteurs. Par contre, Drahi vérifie que Libération ne dise pas de mal des entreprises qui lui rapportent du blé—on ne touche pas au grisbi.