• [^] # Re: Guide pratique

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal Répliquer ses vidéos Peertube − premiers pas. Évalué à 5.

    Intéressant, l’article derrière ce lien. Sans donner ma propre opinion sur le sujet (elle n’est pas fixée), je vous propose une petite analyse.

    • Le titre est malhonnête : « Aimons-nous "encore" la langue française ? ». Il n’est question pour personne d’aimer ou de ne pas aimer la langue française. D’ailleurs, il faudra dire à cette personne qui aime tant la langue française qu’on utilise les guillemets français, en français. Faire appel aux sentiments n’a rien à faire dans une argumentation technique donc déjà c’est annoncé, on n’a pas vraiment affaire à une argumentation rationnelle (ce qui peut être valide, mais il faut en avoir conscience).
    • Argument d’autorité : l’auteur cite Descartes, qui a écrit ses textes à une autre époque.
    • L’auteur se prend pour un oracle : « en écrivant ainsi, Descartes serait devenu l’homme, ou la femme, le/la plus absurde de son époque ». J’attends des arguments concrets, pas de jugement sans fondement d’une personne.
    • L’auteur tente de ridiculiser (et y arrive probablement) le procédé en utilisant des mots forts et en faisant le clown : « malade », « (hic !), "une sorte d’eczéma »
    • L’auteur sort un grand mot, « glossomanie » (pour asseoir son autorité ?) qui est, après vérification, une attaque ad hominem. « Utilisation par certains psychopathes d’un langage fantaisiste sans structure ni syntaxe, souvent présenté comme une véritable langue étrangère » -> il est simplement en train de traiter les gens de psychopathes. C’est violent, en fait. C’est très sympathique aussi pour les gens réellement malades d’ailleurs. Moi aussi je peux y aller de mon jugement expéditif, c’est facile et pas cher : « Clairement, vu cette attaque, l’auteur est hostiles aux gens qui cherchent des solutions pour casser les discriminations, c’est un sexiste ! »
    • l’auteur use inutilement de l’exagération : « intolérable laideur ». Il n’aime pas, on a compris ! C’est un peu lourd. Heureusement qu’il écrit bien, sinon son torchon serait carrément indigeste ! (voyez, c’est facile)
    • « « Cher.e.s compatriotes ». Où était parti l’accent grave sur la forme féminine de cher ? ». C’est un bon point, mais est-ce un vrai problème, dans le fond ?
    • son histoire de mélodie et de rythme est une question de goût (qu’on peut partager, que j’ai même tendance à partager, ça n’empêche pas).

    « tous les hommes et toutes les femmes » : effectivement, je suis d’accord avec l’auteur, ce n’est pas idéal. « tous les humains », « tous les gens », "toutes les personnes » son des tournures plus concises qui évitent d’impliquer la notion de genre inutilement dans la phrase. Aidons-le à reformuler son exercice de réécriture du passage de Descartes :

    Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chaque personne pense en être si bien pourvue, que celles mêmes qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’elles en ont. En quoi il n’est pas vraisemblable que toutes se trompent ; mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger [...] est naturellement égale en tous les humains ; et ainsi que la diversité de nos opinions ne vient pas de ce qu’une personne est plus raisonnables qu’une autre [...].

    Tout de suite plus lisible ?

    Bref. Cet académicien est un peu décevant, et vue la manipulation dont il abuse dans son écrit, je n’ai pas envie de lui faire confiance. Cet intellectuel, cette autorité devrait montrer un peu plus de rigueur, un peu plus l’exemple.

    Sinon dans le fond, le vrai problème, c’est qu’il s’oppose à une solution (ce qui est valide) sans en proposer une autre. Il rejette cette charge « aux partisans de la féminisation ».
    Déjà, il ne s’agit pas du tout de féminiser quoi que ce soit, il s’agit de rendre plus neutre. L’auteur choisit bien ses mots et manie bien sa langue, il est académicien et il ne se prive pas de le montrer dans ce même texte. Pour moi, c’est subtilement malhonnête.

    On peut critiquer une solution. Mais si on reconnaît qu’il y a un problème, on le dit, et on propose une autre solution, sinon les choses ne vont pas avancer puisqu’une solution est nécessaire. Si on ne pense pas puisqu’une solution est nécessaire, c’est qu’on ne pense pas qu’il y a un problème. Ce qui est une position valide.

    Aussi, il existe déjà des tas de propositions pour changer la langue. Peut-être qu’on peut en aimer certaines, d’autres moins, la langue va en retenir un ensemble et tout va bien se passer. Pas la peine de montrer une telle inquiétude pour cette langue française.

    Je ne connaissais pas le document que rigelk pointe, mais je le trouve plutôt bien fait, il utilise trop peu l’écriture avec les points pour que ça soit si difficile à lire pour les gens qui ne l’aiment pas, et il propose justement un ensemble de solutions, et il n’y a aucune obligation de toutes les aimer. Il propose aussi un ensemble de choses à faire si on tient à casser les discriminations. C’est rapide à lire et ça vaut le coup à mon avis. Et il n’use pas de procédés rhétoriques « moisis » pour faire passer un message.

    Donc s’il vous plaît, si vous n’aimez pas certains procédés linguistiques qui tentent d’apporter une solution à ce qui représente un problème pour un certain nombre de gens, si vous comptez le faire remarquer, ne tombez pas dans les travers de cet académicien, vous pouvez essayer de proposer une solution ! Il n’est pas obligatoire de donner une image de vous étant contre quelque chose « et c'est tout ». À ce stade, on sait largement que :

    • un certain nombre de personne souhaite utiliser des changements proposés et connus du français
    • un certain nombre s'oppose à ces changements.

    Ça ne sert à rien de montrer cette opposition sans proposer autre chose, les gens de la première catégorie ont besoin d’une solution de toute façon donc ils vont utiliser la meilleure (ou la moins mauvaise) des solutions qui existent actuellement à leur problème.

    Bref : arrêtez de râler, ça n’apporte que du négatif. Mais n’hésitez pas à proposer ! :-)