• [^] # Re: La FSF défend le logiciel libre, pas le libre

    Posté par (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal La FSF n-a-t-elle rien compris au libre ?. Évalué à 9.

    Un texte reflète la pensée de l'auteur, donc le modifier n'a pas de sens.

    Je réitère ce que dit Zenitam: de même qu'un logiciel. Pas de la même façon. Mais entre deux œuvres du même type aussi, le sens diffère.

    Et à propos, la pensée de l'auteur change (en tous cas, j'espère pour lui!) avec le temps. Une pensée n'est certainement pas figée.

    Ensuite modifier un texte ne signifie pas modifier la pensée de l'auteur. Ça signifie y ajouter sa propre pensée pour en faire une œuvre composite. Je sais pas d'où vient cette idée que modifier un texte aurait la moindre conséquence sur l'auteur originel. On ne modifie pas en prétendant que c'est ce même auteur qui a écrit ce texte modifié (ça c'est tout simplement illégal, y a pas besoin de licence pour cela). On modifie en créant une nouvelle œuvre inspirée de cette œuvre de cet auteur originel.

    C'est la différence entre une œuvre d'art fini, et un outil qui évolue tout le temps.

    Si tu fréquentes des artistes, tu sauras qu'ils ont toujours énormément de mal à lâcher leurs œuvres. La seule raison pour laquelle ils la "finissent", c'est qu'il faut bien vivre et qu'on peut pas rester sur la même œuvre pendant 30 ans. Parce que tu as besoin de "vendre" ton œuvre (je parle en tous cas des artistes pros) pour vivre.
    D'ailleurs on remarquera qu'il était beaucoup plus classique de peindre un même tableau (par exemple) pendant des années, y a quelques siècles, puisque les artistes travaillaient beaucoup plus en étant "sponsorisés" par des patrons et donc pouvaient prendre leur temps (ça ne veut pas dire qu'ils ne faisaient que cette œuvre pendant plusieurs années, mais ils se permettaient de revenir régulièrement sur certaines œuvres). C'est simplement plus difficile (mais pas impossible) de nos jours.

    Je dis ça en ayant été élevé dans une famille d'artistes (danseurs/chorégraphes, calligraphe, etc.) et pour avoir moi-même travaillé dans les métiers du spectacle pendant des années et des années. Et maintenant je travaille sur un film d'animation. Aryeom fait aussi d'autres projets et à diverses occasions, je peux dire qu'il est très habituel de devoir ralentir les ardeurs pour ne pas refaire certains dessins ou séquences par esprit de perfectionnisme.
    Mes parents ont mis en scène et chorégraphié des spectacles pendant des décennies et je ne crois pas qu'ils faisaient souvent 2 spectacles totalement similaires (je ne parle pas du jeu d'acteur ou de trucs aussi évidents hein; je parle de faire des changements au fur et à mesure dans le script ou les chorégraphies).

    Une œuvre d'art, finie? Ah! La bonne blague! Une œuvre d'art ne finit que parce qu'à un moment, il faut bien passer à autre chose. La différence avec le logiciel? D'une c'est qu'il est (parfois/souvent) plus embêtant d'avoir un bug dans un logiciel que dans ton texte/peinture. Dans le texte, tu as une faute, ou un paragraphe un peu mal tournée, ou une erreur dans l'intrigue, bon le lecteur se posera la question, puis continue. C'est plus embêtant pour un logiciel. La seconde raison est financière: corriger ces problèmes peut permettre de rentabiliser un logiciel sur le long terme car les gens te paieront pour la version corrigée, même s'ils ont déjà l'ancienne version (alors que si tu corriges l'intrigue de ton livre, tu auras bien moins de gens qui repaieront pour relire). C'est la raison pour laquelle il est nécessaire de passer à autre chose dans beaucoup de type d'œuvres car on est payé pour la nouveauté plus que pour les corrections.

    Néanmoins ce n'est pas pour autant exclusif au logiciel! Il existe de nombreux type d'œuvres graphiques ou multimédia qui peuvent avoir un business model basé sur la correction! Par exemple j'expliquais comment fonctionnait le business du droit d'auteur sur un autre journal, et notamment donnais l'exemple du design d'œuvres corporate, en particulier les logos! On le sait tous, les logos d'entreprise évoluent souvent avec les entreprises. Or on continue à payer des droits d'auteurs sur ces œuvres (on paye en général ce type de travail sous forme de droit d'auteur et non pas pour le travail accompli, ce qui crée une rente). Et surtout tu peux aussi être payé pour revisiter le design (du logo, ou autre). C'est là où je veux en venir, que dans certains cas ça peut être similaire au logiciel avec de la maintenance dans le temps.
    Et je ne peux que citer l'œuvre audiovisuelle qui a tant fait parler d'elle par ses très nombreuses éditions, toutes publiées: Star Wars! La seule différence avec d'autres films cinéma est qu'ils avaient des sous pour refaire (de la 3D, de l'édition, de la colorimétrie, et même retourner des bouts avec des acteurs! etc.), et que les fans de la série étaient réellement prêts à repayer pour les versions modifiées, même s'ils avaient déjà vu les anciennes!

    Quant aux textes, si ce sont des romans, ils sont sans cesse soumis à réédition, à travers les siècles! On a tous lu des textes d'auteurs anciens qui ont en fait été largement remaniés, à de nombreuses reprises, par les éditeurs (pour être compréhensible de nos jours ou autres raisons). Les textes techniques eux-même sortent régulièrement avec des versions modifiés (édition 2, 3, etc. d'un livre). Et de manière générale, un texte d'entreprise ou informatif (sur un site par exemple) sera très régulièrement revu et modifié au fil des ans, au fur et à mesure que l'entreprise évolue.

    Franchement croire qu'un texte (technique ou artistique) ou toute autre œuvre est "finie" est une vision faussée de ce que sont ces activités.

    Film d'animation libre en CC by-sa/Art Libre, fait avec GIMP et autre logiciels libres: ZeMarmot [ http://film.zemarmot.net ]