• [^] # Re: Fétichisme de la monnaie

    Posté par . En réponse à la dépêche La monnaie libre pour une économie du Libre. Évalué à 0.

    Je n'ai pas développé outre mesure car ce n'était pas l'objet de ma critique qui portait essentiellement sur cette tendance à répondre aux problématiques économiques en partant de la question monétaire qui, selon l’expression populaire, consiste à mettre la charrue avant les bœufs. Mais soit, je vais creuser un peu.

    En creux de mon précédent message, la concentration du capital et de la capacité de production entre les mains d'une portion restreinte d'agents est selon moi à l'origine de la crise sociale, économique, et environnementale actuelle. Autrefois, on appelait cette portion restreinte la bourgeoisie, le patronat, ou les capitalistes. Maintenant, ils préfèrent se qualifier plus sympathiquement d'"entrepreneurs". Leur fonction sociale est de capter la plus-value, sans qu'ils participent pour autant à la production de valeurs en tant que telle. Leur contrôle des principaux leviers économiques leur permet de soumettre la majorité qui travaille, et à l'origine de leurs richesses, à leurs décisions économiques et donc politiques.* Macron, ou Hollande, ou Sarkozy et leurs gouvernements sont les valets de cette classe sociale, quand ils n'en font pas eux-même partie, et agissent selon ses intérêts sous couvert d'agir pour le bien commun (augmenter les salaires serait désastreux pour la compétitivité, c-à-d pour la rentabilité économique ; il faut dézinguer la Sécu et l'ouvrir au privé pour sauver le modèle social, etc). En biologie, on qualifie de parasite un organisme qui vit aux dépens d'un autre.

    Le nœud du problème n'est donc pas la monnaie, mais celui de la propriété, et les monnaies alternatives ne peuvent pas le régler puisqu'elles se conçoivent elle-mêmes comme de simples outils d'échanges. Tout au plus, elles peuvent intervenir à la marge.

    L'enjeu pour la majorité est ainsi, dans un premier temps, de prendre conscience de cet état de fait, ce devrait être le rôle des partis politiques de gauche et des syndicats qui ne le remplissent pas pleinement, malheureusement. Il se trouve que la grève générale est le meilleur moyen pour atteindre cet objectif. Lorsque la production s'arrête, que plus rien ne fonctionne, le salariat peut enfin prendre conscience de son réel pouvoir : c'est bien lui qui fait tourner la machine tandis que le pouvoir des capitalistes repose sur le consentement des salariés. Dans un second temps, il faudra que le salariat tire les conséquences de son réel pouvoir et s'approprie le contrôle de l'économie, de manière collective et démocratique, et selon des modalités (cadre constitutionnel, juridique, monétaire) qu'il jugera pertinentes. La société pourra alors enfin mettre les immenses richesses matérielles et intellectuelles dont elle dispose au service de la majorité, avec un dessein différent de la rentabilité et de l'accumulation. Après tout, si le collectivisme fonctionne pour le logiciel, pourquoi ne le pourrait-il pas dans d'autres sphères de la société ? On peut appeler ce projet le communisme qui, en passant, n'a pas grand chose à voir ni avec ce que propose Mélenchon, ni avec l'URSS.

    J'ai résumé en 30 lignes le fond de ma pensée. Tu conviendras que mon message comporte nécessairement des généralités. Il faut évidemment développer, préciser l'analyse générale. Certains en écrivent d'ailleurs des ouvrages entiers.

    *Pas la peine d'argumenter sur le fait que tous les patrons ne sont pas des profiteurs, certains travaillent 70h par semaine. Je ne parle évidemment pas de l'artisan, de l'entreprise individuelle, ni même de la PME du coin, que l'on agite systématiquement afin de détourner l'attention sur la réalité économique. Ces petits patrons sont en effet plus proches du salariat que du patronat tant par leurs conditions d'existence que par leurs intérêts économiques, même s'ils s'identifient en général au second.