Posté par arnaudus .
En réponse au journal Le filtrage à la source.
Évalué à 9.
Dernière modification le 24 avril 2018 à 16:14.
Je suppose que vous êtes contre ce changement, mais enfin, vous avez le droit d'être pour. Vous aurez juste du mal à me convaincre.
En fait, j'aimerais bien être convaincu que c'est un problème, parce que pour l'instant, je vois sortir les grands mots (censure, filtrage, blocage...), mais sur le fond, est-ce que la mauvaise qualité potentielle des algorithmes de filtre est le seul argument? Parce que ça me parait bien faible...
Jusqu'au début du XXIe siècle, les problèmes de droit d'auteur et de contrefaçon étaient gérés a posteriori. Quelqu'un publiait une œuvre de l'esprit sans en avoir le droit, les ayant-droits portaient plainte, la justice tranchait, et éventuellement sanctionnait le malandrin.
On ne peut pas nier que cette procédure est devenue inapplicable. Quand une œuvre est diffusée sur Internet, elle devient immédiatement accessible au monde entier, et quelques minutes suffisent, surtout quand l'info est relayée sur les réseaux sociaux, pour que «le mal» soit fait. Mal qu'on peut considérer comme relativement mineur pour tout un tas de raisons, mais mal qui a indéniablement des conséquences économiques potentielles. Bien entendu, si 1000 personnes téléchargent un film, le manque à gagner pour l'industrie du DVD n'est pas 1000 x le prix d'un DVD (à cause de l'effet d'aubaine et de plein de trucs), mais c'est compliqué d'affirmer qu'il est de zéro. Bref, que les raisons soient liées à des gros sous ou non, il y a un problème avec la modération par la justice, et la mise en place d'une modération privée par les plateformes sur dénonciation ne règle pas ce problème, puisque l'ayant-droit ne peut se plaindre qu'après la publication. Même sur le fond, on peut trouver ça anormal : OK, les grosses boites de l'industrie pseudo-culturelle ont des moyens illimités, mais il n'est quand même pas normal qu'une «victime» doive assurer activement et sur des fonds privés la défense de ses intérêts qui sont pourtant protégés par la loi, surtout si l'on considère qu'il est généralement impossible de récupérer le moindre sou auprès des contrefacteurs fauchés (qui n'en tirent aucun revenu, certes, mais ça n'est pas une raison : le vandalisme ne génère pas de revenus non plus, mais ça ne légitime pas le fait de laisser la «victime» sans recours).
Dans ce contexte, la protection des ayant-droit avant la publication, ça me semble une solution acceptable, à la fois pour les plateformes (qui montrent leur bonne foi), pour les ayant-droit, et même pour les contrefacteurs du dimanche qu'on protège des conséquences potentiellement démesurées de leur geste.
Du coup, je ne vois pas pourquoi le logiciel, libre ou pas, devrait avoir droit à des règles différentes d'autres types d'œuvres. Le diable est toujours dans les détails, mais je ne comprends pas la légitimité de mettre à disposition du public un bout de code que son auteur a placé dans une base de données de code à protéger. Il ne faut pas oublier que le logiciel libre n'existe que par une application extrêmement stricte du droit d'auteur ; on passe notre temps à fustiuger telle ou telle entreprise qui n'a pas respecté l'article 127 d'une licence libre hyper-technique, on est aussi super-procéduriers, et tout ça, c'est basé sur un droit d'auteur quasiment sans limite. Le minimum pour un contributeur de logiciel libre, c'est de ne pas pomper de code non-libre (qui met en danger les utilisateurs du logiciel), et de s'assurer de la compatibilité des licences avant de diffuser du code qui ne lui appartient pas. Sur le fond, je me vois mal défendre le droit d'aller uploader du code proprio en le mettant faussement sous GPL, ça nuit certainement plus au logiciel libre qu'au propriétaire du code.
Alors oui, le diable est dans les détails, mais les problèmes potentiels restent assez gérables, à mes yeux. Les faux positifs? Il suffit d'une procédure simple pour contacter les administrateurs du site et prouver sa bonne foi. D'ailleurs, je ne vois pas comment on pourrait avoir de faux positifs sur des bouts de code non-triviaux. Les «faux» dans les bases de données? Pareil que pour Youtube ou autres diffuseurs de contenu, le risque semble élevé pour une base de données peu regardante ; après plusieurs incidents elle risque de ne plus être consultée du tout par les diffuseurs, qui n'ont aucun intérêt à gêner leurs utilisateurs légitimes. La surcharge de travail pour monter une plateforme de diffusion? Si l'interface est bien faite, il suffit d'une requête vers un site de référence avant la validation de l'upoad, ça n'est pas une procédure très lourde...
Mais par contre, les dépôts de logiciels propriétaires ne seront pas inspectés, pour vérifier qu'aucune licence libre n'est violée. C'est bien pratique.
C'est vicelard comme argument, ça ne peut pas fonctionner. Dans un cas tu publies un document (tu prends la responsabilité de le rendre disponible au monde entier), dans l'autre cas tu le privatises sans que personne ne le sache. Les conséquences ne sont pas du tout les mêmes, et les responsabilités non plus, sans compter qu'il reste légal de privatiser du code libre tant qu'on ne le diffuse pas.
D'ailleurs, il ne me semble pas impossible que les bases de données de code qui seront utilisées comme référence ne soient pas justement inspectées, justement pour éviter les faux positifs, et qu'une entreprise qui essaye de privatiser du code libre se retrouver justement dans l'obligation de retirer ce code de la base. Mais bon, de toutes manières, j'imagine mal Microsoft balancer le source de Windows dans des bases de données indépendantes... D'une manière générale, le code proprio n'a pas vocation à être diffusé, et c'est un danger que de risquer de le diffuser accidentellement en tentant de se protéger d'une éventuelle fuite qui n'aura certainement jamais lieu. Ça reste très différent de l'industrie musicale, qui diffuse déja (la plupart du temps) les œuvres qu'elle tente de protéger.
# Est-ce qu'on a le droit de ne pas s'inquiéter?
Posté par arnaudus . En réponse au journal Le filtrage à la source. Évalué à 9. Dernière modification le 24 avril 2018 à 16:14.
En fait, j'aimerais bien être convaincu que c'est un problème, parce que pour l'instant, je vois sortir les grands mots (censure, filtrage, blocage...), mais sur le fond, est-ce que la mauvaise qualité potentielle des algorithmes de filtre est le seul argument? Parce que ça me parait bien faible...
Jusqu'au début du XXIe siècle, les problèmes de droit d'auteur et de contrefaçon étaient gérés a posteriori. Quelqu'un publiait une œuvre de l'esprit sans en avoir le droit, les ayant-droits portaient plainte, la justice tranchait, et éventuellement sanctionnait le malandrin.
On ne peut pas nier que cette procédure est devenue inapplicable. Quand une œuvre est diffusée sur Internet, elle devient immédiatement accessible au monde entier, et quelques minutes suffisent, surtout quand l'info est relayée sur les réseaux sociaux, pour que «le mal» soit fait. Mal qu'on peut considérer comme relativement mineur pour tout un tas de raisons, mais mal qui a indéniablement des conséquences économiques potentielles. Bien entendu, si 1000 personnes téléchargent un film, le manque à gagner pour l'industrie du DVD n'est pas 1000 x le prix d'un DVD (à cause de l'effet d'aubaine et de plein de trucs), mais c'est compliqué d'affirmer qu'il est de zéro. Bref, que les raisons soient liées à des gros sous ou non, il y a un problème avec la modération par la justice, et la mise en place d'une modération privée par les plateformes sur dénonciation ne règle pas ce problème, puisque l'ayant-droit ne peut se plaindre qu'après la publication. Même sur le fond, on peut trouver ça anormal : OK, les grosses boites de l'industrie pseudo-culturelle ont des moyens illimités, mais il n'est quand même pas normal qu'une «victime» doive assurer activement et sur des fonds privés la défense de ses intérêts qui sont pourtant protégés par la loi, surtout si l'on considère qu'il est généralement impossible de récupérer le moindre sou auprès des contrefacteurs fauchés (qui n'en tirent aucun revenu, certes, mais ça n'est pas une raison : le vandalisme ne génère pas de revenus non plus, mais ça ne légitime pas le fait de laisser la «victime» sans recours).
Dans ce contexte, la protection des ayant-droit avant la publication, ça me semble une solution acceptable, à la fois pour les plateformes (qui montrent leur bonne foi), pour les ayant-droit, et même pour les contrefacteurs du dimanche qu'on protège des conséquences potentiellement démesurées de leur geste.
Du coup, je ne vois pas pourquoi le logiciel, libre ou pas, devrait avoir droit à des règles différentes d'autres types d'œuvres. Le diable est toujours dans les détails, mais je ne comprends pas la légitimité de mettre à disposition du public un bout de code que son auteur a placé dans une base de données de code à protéger. Il ne faut pas oublier que le logiciel libre n'existe que par une application extrêmement stricte du droit d'auteur ; on passe notre temps à fustiuger telle ou telle entreprise qui n'a pas respecté l'article 127 d'une licence libre hyper-technique, on est aussi super-procéduriers, et tout ça, c'est basé sur un droit d'auteur quasiment sans limite. Le minimum pour un contributeur de logiciel libre, c'est de ne pas pomper de code non-libre (qui met en danger les utilisateurs du logiciel), et de s'assurer de la compatibilité des licences avant de diffuser du code qui ne lui appartient pas. Sur le fond, je me vois mal défendre le droit d'aller uploader du code proprio en le mettant faussement sous GPL, ça nuit certainement plus au logiciel libre qu'au propriétaire du code.
Alors oui, le diable est dans les détails, mais les problèmes potentiels restent assez gérables, à mes yeux. Les faux positifs? Il suffit d'une procédure simple pour contacter les administrateurs du site et prouver sa bonne foi. D'ailleurs, je ne vois pas comment on pourrait avoir de faux positifs sur des bouts de code non-triviaux. Les «faux» dans les bases de données? Pareil que pour Youtube ou autres diffuseurs de contenu, le risque semble élevé pour une base de données peu regardante ; après plusieurs incidents elle risque de ne plus être consultée du tout par les diffuseurs, qui n'ont aucun intérêt à gêner leurs utilisateurs légitimes. La surcharge de travail pour monter une plateforme de diffusion? Si l'interface est bien faite, il suffit d'une requête vers un site de référence avant la validation de l'upoad, ça n'est pas une procédure très lourde...
C'est vicelard comme argument, ça ne peut pas fonctionner. Dans un cas tu publies un document (tu prends la responsabilité de le rendre disponible au monde entier), dans l'autre cas tu le privatises sans que personne ne le sache. Les conséquences ne sont pas du tout les mêmes, et les responsabilités non plus, sans compter qu'il reste légal de privatiser du code libre tant qu'on ne le diffuse pas.
D'ailleurs, il ne me semble pas impossible que les bases de données de code qui seront utilisées comme référence ne soient pas justement inspectées, justement pour éviter les faux positifs, et qu'une entreprise qui essaye de privatiser du code libre se retrouver justement dans l'obligation de retirer ce code de la base. Mais bon, de toutes manières, j'imagine mal Microsoft balancer le source de Windows dans des bases de données indépendantes... D'une manière générale, le code proprio n'a pas vocation à être diffusé, et c'est un danger que de risquer de le diffuser accidentellement en tentant de se protéger d'une éventuelle fuite qui n'aura certainement jamais lieu. Ça reste très différent de l'industrie musicale, qui diffuse déja (la plupart du temps) les œuvres qu'elle tente de protéger.