• # Contradictions

    Posté par . En réponse au journal Solution au conflit de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Évalué à 10.

    L’État ayant jadis exproprié les propriétaires, les terrains occupés lui appartiennent, nous appartiennent, à nous, peuple français.

    A nous tous ou bien à eux en particulier parce qu'ils l'ont décidé... sans nous?

    Les anciens propriétaires n’ont pas été spolié car l’État leur avait acheté le terrain. Ce sont eux qui constituent la majorité des zadistes.

    Fort bien, il suffirait donc qu'ils utilisent l'argent que l’État leur a payé pour racheter le terrain.

    Le problème est que certains de ces paysans sont partis monter d’autres projets avec l’argent issu de la vente de leur terrain, et ceux qui squattent n’ont pas les moyens d’acheter. Ils sont pour beaucoup d’entre-eux opposés à participer à faire vivre des banquiers, par principe, donc il ne faut pas leur parler de crédit sur 30 ans, même s’ils ont la vie devant eux.

    Ah ben non...

    Donc la majorité des occupants ont bien reçu de l'argent pour les terres, veulent les garder quand même, mais sans rendre l'argent par respect pour leurs valeurs morales.
    On ne doit pas avoir les mêmes valeurs morales...

    La solution est donc une zone d’expérimentation sociétale alternative (ZESA). C’est tout à la fois une zone franche pour la fiscalité, une zone de non-droit sur certains aspects (culture de plantes psychotropes prohibés, mœurs, réglementations diverses, etc...) mais aussi une zone d’expérimentation pour la paysannerie du futur. Une expérience que les sociologues et gouvernants du monde entier nous envieront dans dix ou quinze ans.

    Moi aussi, je rêve d'une zone réglementée différemment pour mon petit cas personnel où j'aurai le droit de rouler bourré à 180km/h sur une autoroute que j'aurai déclarée mienne, mais l’État s'oppose à ma contre-culture rebelle malgré les évidentes retombées positives dans les études sociologiques.

    Nous sommes donc en face de jeunes idéalistes qui pensent que la République est dépassée et hostile, et définissent un nouveau modèle dans lequel ils prennent ce qui les arrange et rejettent le reste. C'est audacieux, effectivement.

    Mais bon, il vont faire des efforts aussi hein:

    Accorder un droit de passage (gratuit) sur les deux routes qui traversent leur « territoire », pour leurs voisins de la vieille « startup nation » France.

    Donc ces terres dont on vient de dire qu'elles appartiennent à tout le peuple ne le sont en fait pas. Je ne sais pas pour vous, mais moi si je dois demander une permission spéciale de "passage" (et vous notez qu'on ne parle que de passage, même pas de faire un petit pique-nique dans le coin), c'est que je ne suis vraisemblablement pas dans un lieu public.
    Nous parlons également toujours de ces terres pour lesquelles, d'après l'auteur, l'Etat (donc tous les contributeurs aux impôts) a payé les occupants mais ceux-ci refusent de racheter les terres au même prix.

    Je me demande si je peux faire pareil avec une maison et la banque: j'emprunte pour acheter, je ne paie pas les mensualités mais "j'occupe" la maison au nom d'un nouveau modèle de société plus sain.
    Le banquier aura le droit d'accès de l'entrée du jardin à la porte de la maison mais seulement les vendredi 13 pendant que le chien de garde est en liberté.
    C'est bien entendu une zone déréglementée, alors qu'il se démerde avec le chien dehors...

    Accepter des restrictions sur la vente de leurs produits agricoles, eu égard à la défiscalisation/dérèglementation dont ils profitent.

    Oui, une restriction sur un privilège indu, ça me semble un autre effort significatif.

    Leur but étant l’auto-suffisance alimentaire ça ne posera pas de problème. Il sera toujours tant de mettre en place une barrière douanière en cas d’excédent mais nous ne sommes pas encore là.

    On reparlera de tout ça à la première récolte ruinée par une mauvaise météo.

    Accepter la visite bimestrielle d’une équipe pluridisciplinaire chargées de contrôler et évaluer les avancées du projet (sauvegarde de la nature, développement d’une agriculture vivrière et d’un mode de vie plus satisfaisant psychiquement pour notre espèce, avancées philosophiques majeures, etc...)

    Encore une très grosse concession. Imagine le risque qu'ils prennent: si leur mode de vie est massivement adopté, qui s'occupera de tous les services publiques dont ils dépendent comme l'a souligné Zenitram?