Oui, je suis assez d'accord. Il présente de plus l'avantage que, bien que nécessairement manipulable (d'après Gibbard-Satterthwaite), la manipulation est, en pratique, assez complexe et casse-gueule (ne pas oublier que manipuler un vote, c'est tenter de modifier le résultat en émettant un bulletin n'exprimant pas ses préférences. Le risque, c'est... que les préférences du manipulateur soient encore moins prises en compte que dans un vote sincère). Donc peu de rsque de vote utile.
Après, je suis de plus en plus persuadé qu'un régime qui était adapté à une situation de quasi-guerre civile en 1958, avec un chef fort et des sous-fifres, a fait son job (permettre une réponse rapide et coordonnée sans trop virer à la dictature), mais échoue à représenter la diversité du pays. L'enjeu n'est pas tant, pour moi, la méthode de choix du Président que les pouvoirs qu'on veut bien lui accorder : une personne unique ne peut prétendre représenter la diversité actuelle des opinions.
Pour moi, l'enjeu, c'est le Parlement, et le jugement majoritaire ne permet pas d'élire un groupe. Je n'ai d'ailleurs pas connaissance d'une méthode simple permettant à la fois d'élire un groupe d'individus et d'exprimer, du point de vue de l'électeur, un choix plus complexe que la première de ses préférences (l'électeur a le droit, par exemple, de vouloir "tout sauf Le Pen", "Macron ou le PS mais pas les autres"... Dans le système actuel, ce n'est pas pris en compte au-delà du premier choix. Dans le scrutin proportionnel non plus).
Enfin, je suis curieux d'une méthode de dépouillement qui permette de contrôler toutes les étapes, manuellement, d'un jugement majoritaire. Pour le vote actuel, c'est assez simple : dans chaque bureau de vote, le nombre de bulletins par candidat est comptabilisé. C'est rapide, efficace, et on peut contrôler chaque échelon : les électeurs présents dans le bureau peuvent contrôler l'exactitude du compte-rendu de bureau de vote par rapport aux enveloppes de centaine, le compte-rendu d'une commune comprend les résultats bureau par bureau et sont publics, en sorte que n'importe qui peut reprendre les résultats et refaire les calculs. Autre point important : dépouiller un bulletin de vote prend 20 secondes. C'est important, parce que ce sont des électeurs bénévoles qui dépouillent, ce qui est intéressant tant d'un point de vue budgétaire qu'en termes de transparence du scrutin (je n'ose imaginer un scrutin municipal dépouillé par les employés de mairie !), et s'il faut subitement quadrupler le temps de dépouillement, on trouvera bien moins de monde pour dépouiller, ce qui ne fera qu'augmenter la charge sur les quelques bénévoles restants !
Je m'interroge donc (sincèrement et sans a priori) sur la mise en pratique du jugement majoritaire, qui présente effectivement, au plan strictement mathématique, un certain nombre de propriétés qui devraient lui faire éclipser le scrutin uninominal à deux tours.
Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.
[^] # Re: ça fait chef d'entreprise et pas président de la république.
Posté par Liorel . En réponse au journal Bookmark : Interview d'Emmanuel Macron sur l'IA dans Wired. Évalué à 6.
Oui, je suis assez d'accord. Il présente de plus l'avantage que, bien que nécessairement manipulable (d'après Gibbard-Satterthwaite), la manipulation est, en pratique, assez complexe et casse-gueule (ne pas oublier que manipuler un vote, c'est tenter de modifier le résultat en émettant un bulletin n'exprimant pas ses préférences. Le risque, c'est... que les préférences du manipulateur soient encore moins prises en compte que dans un vote sincère). Donc peu de rsque de vote utile.
Après, je suis de plus en plus persuadé qu'un régime qui était adapté à une situation de quasi-guerre civile en 1958, avec un chef fort et des sous-fifres, a fait son job (permettre une réponse rapide et coordonnée sans trop virer à la dictature), mais échoue à représenter la diversité du pays. L'enjeu n'est pas tant, pour moi, la méthode de choix du Président que les pouvoirs qu'on veut bien lui accorder : une personne unique ne peut prétendre représenter la diversité actuelle des opinions.
Pour moi, l'enjeu, c'est le Parlement, et le jugement majoritaire ne permet pas d'élire un groupe. Je n'ai d'ailleurs pas connaissance d'une méthode simple permettant à la fois d'élire un groupe d'individus et d'exprimer, du point de vue de l'électeur, un choix plus complexe que la première de ses préférences (l'électeur a le droit, par exemple, de vouloir "tout sauf Le Pen", "Macron ou le PS mais pas les autres"... Dans le système actuel, ce n'est pas pris en compte au-delà du premier choix. Dans le scrutin proportionnel non plus).
Enfin, je suis curieux d'une méthode de dépouillement qui permette de contrôler toutes les étapes, manuellement, d'un jugement majoritaire. Pour le vote actuel, c'est assez simple : dans chaque bureau de vote, le nombre de bulletins par candidat est comptabilisé. C'est rapide, efficace, et on peut contrôler chaque échelon : les électeurs présents dans le bureau peuvent contrôler l'exactitude du compte-rendu de bureau de vote par rapport aux enveloppes de centaine, le compte-rendu d'une commune comprend les résultats bureau par bureau et sont publics, en sorte que n'importe qui peut reprendre les résultats et refaire les calculs. Autre point important : dépouiller un bulletin de vote prend 20 secondes. C'est important, parce que ce sont des électeurs bénévoles qui dépouillent, ce qui est intéressant tant d'un point de vue budgétaire qu'en termes de transparence du scrutin (je n'ose imaginer un scrutin municipal dépouillé par les employés de mairie !), et s'il faut subitement quadrupler le temps de dépouillement, on trouvera bien moins de monde pour dépouiller, ce qui ne fera qu'augmenter la charge sur les quelques bénévoles restants !
Je m'interroge donc (sincèrement et sans a priori) sur la mise en pratique du jugement majoritaire, qui présente effectivement, au plan strictement mathématique, un certain nombre de propriétés qui devraient lui faire éclipser le scrutin uninominal à deux tours.
Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.