• [^] # Re: Ca pose à un autre problème...

    Posté par (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal Il ne demandait qu'à payer !. Évalué à 5. Dernière modification le 03 avril 2018 à 14:29.

    D'un point de vue d'informaticien, c'est totalement insupportable comme manière de voir les choses. Jamais on est payé en fonction du succès du code. C'est un peu une prise d'otage, je pense à un logo par exemple. Le logo prend de la valeur car il devient connu, comme une marque, mais c'est très loin de sa valeur purement "graphique", c'est le travail de toute la boite.

    Tu as raison, mais en fait, tu parles surtout de l'informatique "en interne" (puisque tu parles du "travail de toute la boite"). Ce serait un peu la même chose pour un graphiste "interne", c'est à dire des employés. Ceux-ci seraient évidemment payés en salaires (ceci dit en France, il me semble bien qu'on garde un droit d'auteur fort même en étant employé, contrairement aux US par exemple où on va donner son copyright à son employeur; il serait intéressant de savoir si un ancien employé pourrait faire réévaluer des droits d'auteurs pour un travail fait en tant qu'employé). Quant aux informaticiens "externes" (hors employés), ils se font en général aussi parfois payer de la même façon avec le droit d'auteur, éventuellement reconductible: en informatique on appelle cela simplement les licences. Et même si beaucoup de licences sont à vie (ce qui est tout aussi possible théoriquement pour un designer, de l'audiovisuel, ou n'importe quel autre marché du droit d'auteur, mais très peu courant), on le sait bien, de plus en plus de boîtes font des licences sous forme d'abonnement de nos jours, car elles ont compris qu'elles peuvent récupérer encore plus de sous ainsi! Genre les produits Adobe que l'on paye désormais au mois ou à l'année.

    Sans même parler des boîtes qui se sont spécialisées dans les licences super compliquées, comme Oracle (dont on parle régulièrement ici et encore y a qques jours, quelqu'un ré-expliquait le bordel que sont leurs licences).

    Donc je peux t'assurer que même en informatique, ça se fait (même beaucoup!), même si c'est nommé différemment. Ça reste des milieux similaires. C'est simplement d'un point de vue employé qu'on trouve ça aberrant à raison.

    Et pour illustrer cela de l'autre côté, je parlais du fait qu'un logo pourrait être payé des tarifs absurdement différents selon pour qui on les fait. Voici le premier résultat que je trouve sur une recherche web des logos les plus chers. On voit des logos à 170 millions d'euros, etc. Mais celui qui m'intéresse, c'est en fait le 11ème de la liste en bonus, qui était le logo Nike qui aurait coûté... 35 USD à la boîte! En effet il aurait été fait par une étudiante qui avait (en 1971) un salaire de 2 $ l'heure (j'imagine qu'elle était stagiaire ou un truc du genre).

    Donc tu vois, c'est pas une question de "informaticiens vs designer". Les deux métiers sont basés sur le droit d'auteur malheureusement, et dans les deux cas, tu peux vendre ton œuvre comme tu le veux: sous forme d'abonnement et par personne/machine (voire processeur ou fonctionnalité comme Oracle qui va vraiment à fond dans la complexité) ou bien avec des licences à vie et illimité en nombre. Et dans les deux cas, tu peux être employé plutôt que vendre ton œuvre en tant qu'externe avec des contrats de cession de droits. C'est plus une question de si tu es un requin du business, ou si tu oses, ou si tu sais tout simplement ce que tu as le droit de demander, ou que-sais-je encore.

    En fait dans le design, beaucoup se "font avoir" dans le sens où ils ne savent pas ce qu'ils peuvent demander justement, puisqu'il y a beaucoup de designers indépendants qui bossent seuls. Sans avoir fait une recherche au préalable, ils ne s'imagineront même pas qu'ils peuvent faire un logo avec contrat d'usage reconductible sur X années et en limitant son usage dans une région limitée, etc. Les exemples plus haut de l'étudiant(e) qui a fait un logo pour quelques dizaines ou centaines d'euros pour une grosse boîte sont légion en fait (pas tous de manière aussi exubérante car pas toutes les entreprises deviennent des multinationales pleines aux as bien sûr).
    Dans l'audiovisuel, c'est simplement que quasi personne ne signe un contrat en débutant (si tu es débutant, tu bosses avec des gens qui le sont pas). Quasi tous les modèles de contrats que tu trouveras sur le web ont donc une durée de cession limitée. Mais il n'en reste pas moins possible de signer pour durée illimitée. J'ai quand même trouvé un modèle (en anglais) avec la case optionnelle "à perpétuité" (mais je pense que peu cocheront cette case, hormis toucher vraiment le jackpot ou au contraire avoir le dos au mur financièrement). Remarquez que ce modèle de contrat sous forme de tableau a l'avantage d'être clair et illustre exactement ce que je disais et les 3 éléments les plus importants de toute cession de droit: le médium de diffusion (télé, web, etc.), la région et la temporalité autorisés.

    Pour aller dans ton sens, le travail de "base" d'un graphiste est très mal payé, ce qui n'est pas le cas pour un codeur.

    C'est une des grandes tragédies de beaucoup de travailleurs du droit d'auteur et là où les "artistes" se sabordent eux-même constamment. En fait, plutôt que se battre pour avoir des salaires raisonnables pour un travail effectué, ils se battent pour un salaire de misère (voire parfois pas de sous du tout) en échange de droits d'auteurs à vie. Pourquoi? Car ils voient ce 1% d'artistes au top du hit-parade qui gagnent effectivement des fortunes en droits. Et ils se disent "un jour ça pourrait être moi, je pourrai être riche en bossant 1 mois par an". Donc s'ils sabordent ce système maintenant, le jour où ils seraient dans le top-100, ils toucheront pas le pactole.
    C'est donc un système totalement vicié basé sur une injustice profonde (le 1% qui touche des fortunes vs le 99% qui touche des cacahouètes) mais malheureusement ce 99% se bat presque plus que le 1% pour faire survivre ce système car on les fait rêver. Et donc ils se démèneront corps et ongles pour protéger le système. Il suffit de voir comment ils vont tous soutenir les organismes de répartition de droits alors que ces derniers leur reversent à peine de quoi payer quelques restaux par an (mais les employés et surtout ceux à la tête de ces organismes, c'est eux qui touchent le pactole).

    Je trouve vraiment aberrant qu'on puisse demander à tant de gens si souvent de bosser gratuit, ou pour une somme dérisoire, mais en leur faisant espérer que si le projet est un succès alors ils seront riches. Pour certains ça marche, pour beaucoup ils ont perdus leur temps, vivent de quasi rien, et continuent en espérant que ça soit bon la prochaine fois (et qu'ils puissent tenir jusqu'à ce jour). La plupart de ces gens ne sont pas à envier.

    Ceux qui bossent dans l'informatique ont simplement mieux pris la barque et ne se sont pas embarqués dans ces systèmes absurdes probablement car ils viennent de milieux plus techniques et pour la plupart, ils cherchent à être employés d'entreprises plutôt qu'indépendants. Il ne pensent même pas au droit d'auteur (alors que leur business est basé tout autant dessus).

    P.S.: quand je dis 1% vs 99%, ce sont des chiffres "au hasard". Ça pourrait être 0.1%vs 99.99% aussi bien que 5% vs 95%. L'idée reste la même!

    P.P.S.: désolé, je sais vraiment pas faire court. ;-(

    Film d'animation libre en CC by-sa/Art Libre, fait avec GIMP et autre logiciels libres: ZeMarmot [ http://film.zemarmot.net ]