• [^] # Re: Ca pose à un autre problème...

    Posté par (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal Il ne demandait qu'à payer !. Évalué à 10. Dernière modification le 01 avril 2018 à 03:49.

    Salut,

    Ça fait plusieurs fois que je lis sur linuxfr cette histoire de pub ciblée pour expliquer le blocage par localisation.

    Alors je ne vais pas prétendre connaître l'ensemble des marchés basés sur le droit d'auteur, et peut-être que vous avez des expériences professionnelles particulières dans certains de ces marchés où c'était l'explication. Mais sinon de manière générale, c'est pas du tout ça.

    Les ayant-droits ne font pas de pub. Ils s'en foutent de la pub, qu'il y en ait ou pas sur leur œuvre, l'argent ne va pas dans leur poche. Ceux qui se rémunèrent avec la diffusion de pub, ce sont les diffuseurs justement, qui eux payent les ayants-droit.

    Quand vous êtes un ayant-droit, vous faites un "contrat de cession de droits d'auteur". Et tout simplement, ce contrat va stipuler des conditions de diffusion, et notamment la région, la temporalité, le support de diffusion... Toutes ces conditions de diffusion ont principalement pour objectif d'estimer finalement le nombre de personnes qui auront accès à votre œuvre: plus ce nombre est important et plus vous estimez devoir être payé (idéalement proportionnellement). Du point de vue d'un ayant-droit, c'est pas plus compliqué que ça! Plus de gens, plus de sousous dans la popoche!
    C'est la base de l'ayant-droit classique.

    Supposons par exemple que vous faites un logo. Si vous le faites pour une petite asso locale pas connue, dans le contrat vous autoriserez une diffusion régionale par exemple. Si jamais l'asso grandissait et voulait atteindre l'ensemble du pays, voire carrêment l'international, ils seraient dans l'obligation légale de vous recontacter pour renégocier un contrat (s'ils veulent continuer à utiliser le même logo). De même, vous donnerez une date limite (genre un an), et donc l'asso vous recontactera au bout d'un an s'ils veulent continuer à utiliser ce logo pour établir un nouveau contrat et repasser à la caisse (ce qui permet au designer de réévaluer la portée de l'association; peut-être qu'elle est devenue super grosse depuis la dernière fois, auquel cas le designer peut essayer de faire évaluer les droits à la hausse puisqu'on estime alors que son œuvre est vue par plus de monde).

    Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'avec le droit d'auteur, on ne paye pas le travail (ou très minimement). Si vous faites un logo pour une multinationale ou une micro asso locale, vous pourriez être payé différemment d'un facteur 10000 alors que vous auriez peut-être passé le même temps et effort. Non on paye principalement l'utilisation, ou la couverture.

    Alors revenons maintenant à un exemple qui correspond plus au contexte de ce que les gens ont en tête dans ce journal: vous êtes ayant-droit de film! Au milieu ou à côté de votre film, le diffuseur ajoutera peut-être de la pub, mais ça vous vous en foutez. C'est son business à lui. Bien sûr, vous prendrez peut-être ça en compte pour faire votre estimation perso, mais c'est pas la base de votre contrat qui lui parle d'étendue de diffusion. Non votre contrat dira juste "je vous autorise à diffuser ce film pour un an, dans le territoire français, pour tel prix", ou encore "je veux être payé tant par personne qui visionne le film" (c'est en fait synonyme, la première version correspondant en fait à une estimation du nombre de personne qui verra le film en un an en France s'il est diffusé par ce diffuseur). Ils vont limiter le territoire pour la même raison qu'ils limitent le territoire pour l'utilisation du logo dans mon exemple plus haut: car si le diffuseur souhaite élargir son public, l'ayant-droit s'attend à être payé davantage puisque l'œuvre est vue par plus de monde. Tout simplement. Pub ou pas pub d'ailleurs. Ça n'a aucune espèce d'importance. Par exemple si je ne m'abuse (et je suis à peu près sûr que c'est le cas), Netflix n'a aucune pub. Ce n'est tout simplement pas leur business modèle (à la place, ils font payer des abos les gens). Les ayants-droit ne s'en préoccupe pas, c'est pas leur problème. Leur seul problème, c'est d'estimer combien de personnes vont regarder le film et ainsi d'estimer des droits d'auteur. Estimer par rapport à un territoire (un pays par exemple) dont le nombre d'habitant est connu, et approximer le nombre de visionnement en prenant en compte la popularité d'un service est une méthode assez classique, tout simplement. Avec une entreprise comme Netflix, qui doivent avoir des chiffres très précis de visionnage, c'est probablement encore plus facile (le contrat de cession avec Netflix est peut-être réellement proportionnel au nombre de visionnages réel des œuvres). Avec un site public auquel tout le monde peut accéder, on peut compter le nombre de visiteurs en comptant les accès web, mais c'est moins précis (tous ceux qui ont un site le savent bien; déjà si quelqu'un charge une page 2 secondes puis se barre, vous voudrez pas payer les droits d'auteurs; de même pour des bots de moteurs de recherche, etc.). Quant à une chaîne de télé classique, c'est encore plus dur d'avoir des stats (quoique maintenant que c'est plus hertzien mais numérique, y a sûrement des compteurs). Donc approximer par pays et par popularité de la chaîne/site web/autre média reste un très bon moyen.

    Et si les diffuseurs bloquent ainsi les œuvres, ça n'a donc rien à voir avec la pub ou le gaspillage de ressources. C'est tout simplement que les ayants-droit leur demande car ils ont signés des contrats localisés qui n'auraient aucun sens autrement.

    Notez bien que je ne dis que ce système est bien. Je trouve ces limites artificielles tout aussi absurde que vous dans ce monde méga connecté et où les gens peuvent se déplacer facilement partout dans le monde. J'explique juste comment le droit d'auteur marche de nos jours. Les "contrats de cession de droits d'auteur" sont la base de toute personne souhaitant travailler dans un métier en rapport avec le droit d'auteur. Cherchez tout simplement ce terme, vous trouverez des milliers de tutos sur le sujet. C'est super recherché car n'importe quel designer/créateur débutant doit un jour faire de la recherche sur le sujet pour savoir comment se faire rémunérer; et le conseil n°1 que tous ces tutos vous donnera sera: ne surtout jamais oublier de préciser une zone de diffusion et une durée limitées; un ayant droit classique veut se donner la possibilité de pouvoir revoir régulièrement ses droits au cas où la situation évolue.
    Cela concerne tout type d'auteur. Que vous soyez scénariste de film, réalisateur, parolier de chanson, compositeur, romancier, etc. vous signez un contrat de session de droits d'auteur. En tant qu'ayant-droit, la seule chose sur laquelle vous basez ce contrat, c'est la couverture d'exploitation de votre œuvre, pas les pubs (qu'il y en ait beaucoup, peu ou pas du tout) ou la bande passante qui ne sont absolument pas votre problème et dont vous vous fichez complètement.

    Film d'animation libre en CC by-sa/Art Libre, fait avec GIMP et autre logiciels libres: ZeMarmot [ http://film.zemarmot.net ]