Et l'article de Wikipédia est un peu plus complet/neutre sur le sujet, bien qu'il y ait encore du travail.
Personne n'a un vrai exemple d'obsolescence programmée, c'est à dire d'un cas où un constructeur saboterait réellement un objet dans le temps. Tout le monde répète les mêmes exemples, mais ce n'est jamais creusé (et non, répéter les arguments à charge des reportages télé ça ne compte pas).
On a des lois contre le phénomène, des associations qui militent, mais dès qu'on fouille les exemples sont creux. Si on s'indignait moins sur tout ce qui est facile à critiquer et qu'on étudiait plus le monde, on pourrait s'occuper de choses plus importantes... ça me rend triste et ça m'inquiète surtout : il y a toujours du monde pour gueuler, mais quand il faut étudier en profondeur (nécessaire pour résoudre de vrais problèmes) c'est moins courant.
Quelques remarques générales :
- Un produit est conçu en fonction de contraintes économiques : c'est un compromis entre plusieurs questions comme la durabilité, la performance, le coût, ... Les fabricants ne créent pas des produits conçus éternellement parce que ce serait stupide (la plupart des gens qui achètent un matériel informatique ne s'en serviront qu'une durée déterminée, même hors usure : il n'est intéressant ni économiquement (et c'est bien le consommateur qui décide de ça) ni même sans doute d'un point de vue environnemental) de faire des produits conçue pour durer beaucoup plus longtemps.
- Construire un produit réparable coûte cher. Sur un marché très concurrentiel de produits peu chers où le consommateur achète les premiers prix, quelques euros par-ci par-là c'est beaucoup. Si les produits ne tombent que rarement en panne / n'arrivent presque jamais à la date de fin, concevoir des produits réparables n'a pas tellement de sens. Les consommateurs ne sont pas toujours prêts à payer pour une réparation parce que ça coûte vite quelque chose et qu'un produit neuf est presque aussi bon marché (problème de l'"artisanat"/réparation contre l'industrie). Et on raisonne sur un "consommateur moyen" du produit, pas sur les cas limites.
- Quand un produit vient de claquer, le consommateur frustré ne s'empresse pas forcément d'aller en acheter un autre chez le même constructeur. Pas très bonne approche du point de vue de la marque. Ce qui est effectivement moins important dans un marché de consommation de produits bon marché sur lequel les consommateurs ne s'occupent que du prix initial et ne s'ennuient pas à faire des réparations, mais dans ce cas ils demandent aux marchands de leur fournir les produits les moins chers possibles, donc les constructeurs rognent sur tout le reste. Dans ce cas ce n'est pas de l'obsolescence programmée, c'est de la merde. On peut rappeler que construire un produit de bonne qualité pour le saboter ensuite c'est en général moins rentable pour le constructeur que juste faire de la merde. Donc qu'à moins de vouloir "faire de l'obsolescence programmée" dans le seul but d'arnaquer ses clients il ferait mieux d'en faire un de mauvaise qualité.
- Crier à l'obsolescence programmée à chaque fois qu'un truc tombe en panne n'éclaircit pas la réflexion. D'abord les objets tombent en panne, c'est comme ça, ça arrive. Ensuite les objets ne sont pas conçus pour une durée de vie maximale, point évoqué plus haut. Même poser la question "innocemment" est déjà une manière de biaiser la réflexion : qu'est-ce qui fait que quelqu'un pense spontanément à l'obsolescence programmée quand un truc tombe en panne, à part le fait que c'est une indignation à la mode ? Pas le fait qu'un vrai exemple ait été découvert quelque part manifestement : on est dans l'entretien collectif d'une indignation mal ciblée (mais s'indigner c'est confortable quelque part : ce sont les méchants qui sont en cause, on peut serrer les rangs des justes).
Concernant les imprimantes :
- Très bonne stratégie de la part des constructeurs de vendre à perte des produits à l'obsolescence programmée... bien pensé les constructeurs ! Attends, non, ça a l'air con en fait... en particulier s'ils gagnent de l'argent sur la vente de cartouches : ils ont tout intérêt à ce que la plate-forme (l'imprimante) reste chez les gens le plus longtemps possible, au contraire.
- "le rapport entre le prix de vente et le prix de fabrication des cartouches serait de l’ordre de 25 à 50 ;" : est-ce qu'on est juste dans le "serait" ? Est-ce que ça inclut le coût de transport, de stockage, ... ? Les constructeurs font clairement leur beurre sur les cartouches, mais pour savoir combien il faudrait avoir des infos précises, pas des gros chiffres.
- Le problème du compteur est connu depuis longtemps. Mais sans savoir à combien d'impressions ça correspond ni dans quelles conditions, cette information ne sert à rien. De mémoire c'est un nombre élevé comparé à une utilisation modérée d'une imprimante personnelle (le cas courant de produits à bas prix) : quel est la proportion d'utilisateurs atteignant cette quantité ? Quel est l'intérêt de faire un truc remplaçable (donc plus cher, plus de matériaux) si seulement 5% de ceux qui l'utilisent atteignent ce niveau ? Et combien parmi eux feraient réellement l'opération ? Combien ça coûte (en argent, en énergie, en matériaux, ...) de faire un produit capable de s'auto-diagnostiquer plus précisément que ça ?
- Quel est l'intérêt pour des constructeurs de faire des cartouches, de les remplir et de rajouter par dessus une puce (qui coûte de l'argent) qui empêche de tout consommer, alors qu'il suffirait de mettre moins d'encre dedans (ce qui leur coûterait moins cher) ?
- Les cartouches opaques ne sont pas récentes, je me souviens que celles que j'avais il y a bien longtemps étaient noires ou grises, ce n'est pas automatiquement une manœuvre sournoise des fabricants... D'un autre côté si à chaque fois qu'un clampin se met à gueuler sur l'internet mondial parce que sa cartouche n'est pas assez vide à son goût sans se poser de questions sur les compromis que ça implique, je comprendrais qu'ils préfèrent éviter les discussions.
- Qui évalue la quantité d'impressions que permet une cartouche en regardant l'encre qu'elle semble pouvoir contenir ? Sérieux, depuis aussi loin que les imprimantes sont un marché de masse il existe des comparatifs entre imprimantes et c'est un bon moyen de savoir combien coûte une impression en moyenne en tenant compte du prix et des capacités des cartouches, avec en général le nombre d'impressions par cartouche. Personne n'achète une imprimante en regardant la taille des cartouches pour estimer leur contenance, ni ne tente de compter combien d'impression fera une cartouche en la regardant : quel est l'intérêt pour les constructeurs de mettre plein d'encre dans les cartouches pour ne pas la consommer, tout en masquant leur forfait ? À part entrer dans l'image de rats aux yeux jaunes, je ne vois pas...
- Quels sont les marges possibles sur la consommation d'encre quand le compteur indique que c'est fini ? Si le constructeur avait pu optimiser ses coûts avec un dispositif plus élaboré il l'aurait sans doute fait. Donc au-delà des gros chiffre ("jusqu'à x%", toujours cité, mais de chiffre moyen jamais), qu'en est-il réellement ? Quel est l'intérêt d'économiser un peu d'encre si c'est pour rajouter de l'électronique (sans doute bien placée d'un point de vue coût et pollution) dans la cartouche pour un capteur plus précis. Quel serait la fiabilité de ce capteur s'il faut tenir compte de multiples critères, permettrait-il de faire au plus juste ?
- "Il faut parfois dépenser jusqu’à 100 à 150 % du prix d’une imprimante neuve pour changer une simple tête d’impression." : oui, les réparations coûtent souvent plus cher que la fabrication, c'est une conséquence du monde industriel et de son extrême productivité. Combien de simples clampins qui font leur quelques impressions de temps en temps ont besoin de changer leurs têtes d'impression ? Pour ceux qui font beaucoup d'impressions, il existe des machines moins bas de gamme.
- Le problème de cartouches d'encres compatibles est une vraie question mais ça n'a rien à voir avec l'obsolescence programmée et le fait que tout soit mélangé renforce l'impression d'indignation sans réfléchir ("c'est des gros rats"). Je rapprocherais plus ce problème d'une forme de vente liée un peu souple (je ne sais pas s'il existe un terme précis) : vente de produit à prix d'appel, maintenance plus chère. Ça touche aussi les véhicules. Caractéristique de marchés à forte concurrence sur le prix d'achat, avec peu de marge (voire vente à parte), sur lequel les consommateurs ne se renseignent pas sur les coûts totaux (et c'est un peu de leur faute aussi ; d'un autre côté pour une imprimante à 50€ utilisée une fois de temps en temps la plupart n'a pas forcément envie de passer plein de temps à se renseigner ou bien à la réparer : c'est un produit fourni tel quel, sans maintenance nécessaire ni possible, ça peut leur convenir tout à fait). La question pour les cartouches c'est "est-ce qu'il est légitime pour les fabricants d'imposer leurs propres cartouches sur leurs imprimantes ?", sachant que la qualité de l'encre va jouer sur celle des impressions et donc sur la réputation de l'imprimante (ils pourraient prévoir des genre de certifications, mais ce n'est pas forcément évident à mettre en place), qu'il faut s'assurer que l'imprimante supporte bien l'encre en question (même problème) et que les consommateurs peuvent tout à fait connaître le prix des pages avec un minimum d’effort (tests réalisés par des organisations indépendantes).
- Concernant la taille des cartouches (ce n'est pas non plus de l'obsolescence programmée), c'est encore une manière biaisée d'aborder le débat (prendre un exemple au lieu de faire des statistiques, le truc de base pour faire ce dire ce qu'on veut aux faits) : il faut comparer les prix, la consommation, ... Rien de tout ça n'est jamais indiqué dans les études critiquant les impressions, ça ne ressemble pas à une étude rigoureuse. Par ailleurs il existe depuis plus de 10 ans une norme permettant de comparer la capacité des cartouches entre elles (entre constructeurs : expliqué ici ou là ou encore là). Cette comparaison à quelques années d'intervalle sur les coûts à la page des imprimantes est intéressantes aussi. Elle indique que les coûts ont baissé sur leurs tests entre 2010 et 2012-2013. Ça mériterait d'être creusé, mais l’important est de comparer les quantités/coûts d'impressions, pas la taille des cartouches.
Et sur la conclusion et les solutions proposées :
- "L’impact environnemental lié à l’obsolescence programmée est sensible." : faire mine de poser la question de l'obsolescence programmée pour affirmer ensuite que ça existe et que ça coûte cher pour l'environnement, bon... En fait non, ça n'existe pas et donc ça coûte moins cher à l'environnement qu'acheter de la merde à jeter par exemple (ce qui n'a rien à voir avec l'obsolescence programmée). Dans tous ces discours, rien n'est fait pour évaluer l'impact réel des "solutions" proposées (ajouter des jauges électroniques plus précises, employer des méthodes de fabrication plus complexes pour faire des produits que presque personne ne réparera parce que c'est contraignant/cher, ...). Et non, raconter n'importe quoi n'aide pas à préserver l'environnement : mieux vaudrait étudier soigneusement la question pour cibler correctement les problèmes. Par exemple des taxes plus élevées à l'achat de produits polluants (oui, c'est le consommateur qui paie, c'est normal) et/ou obliger à collecter les cartouches (mais certains constructeurs le font, il suffit déjà de bien choisir ; ou les magasins sont déjà tenus de les récupérer, non ? à vérifier).
- Permettre aux gens de voir combien il reste d'encre, pour être sûr qu'on ne les a pas trompés : ben... le fabricant pourrait déjà en mettre moins s'il pensait que c'était moins cher et aussi fiable, quel est l'intérêt pour lui mettre d'en autant ?
- Permettre d'imprimer jusqu'à ce que la cartouche soit vide : quelles sont les conséquences ? Combien ça coûte d'avoir un dispositif plus précis (y compris en électronique et autres, jusqu'à afficher un message à l'utilisateur qui soit clair), qui jauge mieux combien il en reste / s'assure que la tête d'impression n'est pas en danger ? Et comment empêcher l'utilisateur de faire des conneries parce que lui il voit bien qu'il reste de l'encre ?
- La transparence ça peut être bien, mais il faudrait éviter de se concentrer sur n'importe quoi. Et compter combien ça coûte. Évidemment, le journal indique qu'il sera impossible de faire passer ce message aux constructeurs... (je me souviens pourtant qu'un journal récent avec une imprimante qui a indiqué qu'il fallait changer son tampon, ou du moins contacter le SAV). Les imprimantes de base n'ont jamais brillé par leur capacité à communiquer avec les humains (et je ne parle pas de pannes, plutôt des merdouilles quotidiennes), ce sont des produits plutôt basiques. Il se peut qu'il y ait des améliorations à faire (et d'ailleurs elles ont plutôt progressé, pour ce que j'en vois), mais les mêmes problèmes de coûts apparaissent.
- Faciliter la maintenance : les imprimantes grand public sont des produits tout en un, ce qui implique sans maintenance nécessaire, que les gens ne veulent pas tellement maintenir, donc plus économiques sans maintenance possible aussi, c'est un point important. Des produits que les gens utilisent modérément (et sans doute de moins en moins intensivement). Faciliter la maintenance n'est pas toujours un bonne idée. Pour les manuels : sérieux, qui lit le manuel des imprimantes, à part quelques clampins ?
- Même problème pour les composants génériques. Il y a des choix à faire entre simplicité (y compris de fabrication) et maintenabilité. Crier que des produits prévus pour être sans maintenance ne sont pas réparables, euh... Rien n'est totalement réparable jusque dans les moindres détails, parce qu'il y a nécessairement des compromis à faire avec d'autres aspects. Ce qui implique qu'il faut faire des choix, décider comment tel ou tel produit est conçu, jusqu'où il sera maintenable, ... (retour aux remarques générales de début de ce commentaire).
De la même manière que le client qui demande un logiciel plus rapide, plus fiable, moins cher, avec des fonctionnalités plus avancées, plus simples et prêt pour hier doit comprendre qu'on essaie mais qu'il faut faire des compromis à un moment, il faut comprendre comment ces produits sont conçus pour déterminer ce qui peut être fait (y compris ce qui serait une bonne idée ou non).
Répéter des listes de critiques parce qu'elles ont l'air légitimes (on est les gentils, on peut s'indigner) sans jamais fouiller plus, parfois je me dis qu'on n'est pas loin du complotisme... Je m'inquiète pas mal du tour que ça prend : tout le monde est un rebelle prêt à s'indigner, le tout amplifié par des moyens de communications qui se développent, une culture de l'indignation (mais pas de se prendre la tête à étudier/vérifier), de crier haut et fort qu'on a raison plutôt que de confrontation avec la réalité. Si je fais le lien avec les complotiste c'est qu'il me semble qu'il s'agit d'une version très avancée de ces mécanismes (sélection des sources qui vont dans le même sens, ...) mais que la réflexion collective n'en est pas toujours loin, ce qui est dangereux : une recherche sur un sujet d'indignation mène très facilement à des articles qui vont dans le même sens, moins à des articles critiques, et l'envie de "faire quelque chose" mène à reproduire l'information (ce n'est pas très utile, voire contre-productif, mais ça fait du bien ; oui, je maintiens qu'il y a quelque chose de confortable au fond dans l'indignation). Montrer du doigt les constructeurs en racontant n'importe quoi ne mène pas les consommateurs à réfléchir, pas plus que reprendre des avis de "justiciers" n'est utile en général. Vérifier c'est étudier le problème du point de vue d'en face.
Si c'est évident c'est sans doute faux (ou du moins incomplet). Et si l'idée est plaisante ("juste indignation" comprise), mieux vaut la vérifier deux fois plus.
# Halte à l'obsolescence programmée...
Posté par ylsul . En réponse à la dépêche Du rififi dans ta cartouche d’encre. Évalué à 10.
... ou aux délires dessus.
Jusqu'à ce qu'on trouve des exemples un peu sérieux, ça n'existe pas l'obsolescence programmée.
On trouve quelques réflexions ici par exemple.
Et l'article de Wikipédia est un peu plus complet/neutre sur le sujet, bien qu'il y ait encore du travail.
Personne n'a un vrai exemple d'obsolescence programmée, c'est à dire d'un cas où un constructeur saboterait réellement un objet dans le temps. Tout le monde répète les mêmes exemples, mais ce n'est jamais creusé (et non, répéter les arguments à charge des reportages télé ça ne compte pas).
On a des lois contre le phénomène, des associations qui militent, mais dès qu'on fouille les exemples sont creux. Si on s'indignait moins sur tout ce qui est facile à critiquer et qu'on étudiait plus le monde, on pourrait s'occuper de choses plus importantes... ça me rend triste et ça m'inquiète surtout : il y a toujours du monde pour gueuler, mais quand il faut étudier en profondeur (nécessaire pour résoudre de vrais problèmes) c'est moins courant.
Quelques remarques générales :
- Un produit est conçu en fonction de contraintes économiques : c'est un compromis entre plusieurs questions comme la durabilité, la performance, le coût, ... Les fabricants ne créent pas des produits conçus éternellement parce que ce serait stupide (la plupart des gens qui achètent un matériel informatique ne s'en serviront qu'une durée déterminée, même hors usure : il n'est intéressant ni économiquement (et c'est bien le consommateur qui décide de ça) ni même sans doute d'un point de vue environnemental) de faire des produits conçue pour durer beaucoup plus longtemps.
- Construire un produit réparable coûte cher. Sur un marché très concurrentiel de produits peu chers où le consommateur achète les premiers prix, quelques euros par-ci par-là c'est beaucoup. Si les produits ne tombent que rarement en panne / n'arrivent presque jamais à la date de fin, concevoir des produits réparables n'a pas tellement de sens. Les consommateurs ne sont pas toujours prêts à payer pour une réparation parce que ça coûte vite quelque chose et qu'un produit neuf est presque aussi bon marché (problème de l'"artisanat"/réparation contre l'industrie). Et on raisonne sur un "consommateur moyen" du produit, pas sur les cas limites.
- Quand un produit vient de claquer, le consommateur frustré ne s'empresse pas forcément d'aller en acheter un autre chez le même constructeur. Pas très bonne approche du point de vue de la marque. Ce qui est effectivement moins important dans un marché de consommation de produits bon marché sur lequel les consommateurs ne s'occupent que du prix initial et ne s'ennuient pas à faire des réparations, mais dans ce cas ils demandent aux marchands de leur fournir les produits les moins chers possibles, donc les constructeurs rognent sur tout le reste. Dans ce cas ce n'est pas de l'obsolescence programmée, c'est de la merde. On peut rappeler que construire un produit de bonne qualité pour le saboter ensuite c'est en général moins rentable pour le constructeur que juste faire de la merde. Donc qu'à moins de vouloir "faire de l'obsolescence programmée" dans le seul but d'arnaquer ses clients il ferait mieux d'en faire un de mauvaise qualité.
- Crier à l'obsolescence programmée à chaque fois qu'un truc tombe en panne n'éclaircit pas la réflexion. D'abord les objets tombent en panne, c'est comme ça, ça arrive. Ensuite les objets ne sont pas conçus pour une durée de vie maximale, point évoqué plus haut. Même poser la question "innocemment" est déjà une manière de biaiser la réflexion : qu'est-ce qui fait que quelqu'un pense spontanément à l'obsolescence programmée quand un truc tombe en panne, à part le fait que c'est une indignation à la mode ? Pas le fait qu'un vrai exemple ait été découvert quelque part manifestement : on est dans l'entretien collectif d'une indignation mal ciblée (mais s'indigner c'est confortable quelque part : ce sont les méchants qui sont en cause, on peut serrer les rangs des justes).
Concernant les imprimantes :
- Très bonne stratégie de la part des constructeurs de vendre à perte des produits à l'obsolescence programmée... bien pensé les constructeurs ! Attends, non, ça a l'air con en fait... en particulier s'ils gagnent de l'argent sur la vente de cartouches : ils ont tout intérêt à ce que la plate-forme (l'imprimante) reste chez les gens le plus longtemps possible, au contraire.
- "le rapport entre le prix de vente et le prix de fabrication des cartouches serait de l’ordre de 25 à 50 ;" : est-ce qu'on est juste dans le "serait" ? Est-ce que ça inclut le coût de transport, de stockage, ... ? Les constructeurs font clairement leur beurre sur les cartouches, mais pour savoir combien il faudrait avoir des infos précises, pas des gros chiffres.
- Le problème du compteur est connu depuis longtemps. Mais sans savoir à combien d'impressions ça correspond ni dans quelles conditions, cette information ne sert à rien. De mémoire c'est un nombre élevé comparé à une utilisation modérée d'une imprimante personnelle (le cas courant de produits à bas prix) : quel est la proportion d'utilisateurs atteignant cette quantité ? Quel est l'intérêt de faire un truc remplaçable (donc plus cher, plus de matériaux) si seulement 5% de ceux qui l'utilisent atteignent ce niveau ? Et combien parmi eux feraient réellement l'opération ? Combien ça coûte (en argent, en énergie, en matériaux, ...) de faire un produit capable de s'auto-diagnostiquer plus précisément que ça ?
- Quel est l'intérêt pour des constructeurs de faire des cartouches, de les remplir et de rajouter par dessus une puce (qui coûte de l'argent) qui empêche de tout consommer, alors qu'il suffirait de mettre moins d'encre dedans (ce qui leur coûterait moins cher) ?
- Les cartouches opaques ne sont pas récentes, je me souviens que celles que j'avais il y a bien longtemps étaient noires ou grises, ce n'est pas automatiquement une manœuvre sournoise des fabricants... D'un autre côté si à chaque fois qu'un clampin se met à gueuler sur l'internet mondial parce que sa cartouche n'est pas assez vide à son goût sans se poser de questions sur les compromis que ça implique, je comprendrais qu'ils préfèrent éviter les discussions.
- Qui évalue la quantité d'impressions que permet une cartouche en regardant l'encre qu'elle semble pouvoir contenir ? Sérieux, depuis aussi loin que les imprimantes sont un marché de masse il existe des comparatifs entre imprimantes et c'est un bon moyen de savoir combien coûte une impression en moyenne en tenant compte du prix et des capacités des cartouches, avec en général le nombre d'impressions par cartouche. Personne n'achète une imprimante en regardant la taille des cartouches pour estimer leur contenance, ni ne tente de compter combien d'impression fera une cartouche en la regardant : quel est l'intérêt pour les constructeurs de mettre plein d'encre dans les cartouches pour ne pas la consommer, tout en masquant leur forfait ? À part entrer dans l'image de rats aux yeux jaunes, je ne vois pas...
- Quels sont les marges possibles sur la consommation d'encre quand le compteur indique que c'est fini ? Si le constructeur avait pu optimiser ses coûts avec un dispositif plus élaboré il l'aurait sans doute fait. Donc au-delà des gros chiffre ("jusqu'à x%", toujours cité, mais de chiffre moyen jamais), qu'en est-il réellement ? Quel est l'intérêt d'économiser un peu d'encre si c'est pour rajouter de l'électronique (sans doute bien placée d'un point de vue coût et pollution) dans la cartouche pour un capteur plus précis. Quel serait la fiabilité de ce capteur s'il faut tenir compte de multiples critères, permettrait-il de faire au plus juste ?
- "Il faut parfois dépenser jusqu’à 100 à 150 % du prix d’une imprimante neuve pour changer une simple tête d’impression." : oui, les réparations coûtent souvent plus cher que la fabrication, c'est une conséquence du monde industriel et de son extrême productivité. Combien de simples clampins qui font leur quelques impressions de temps en temps ont besoin de changer leurs têtes d'impression ? Pour ceux qui font beaucoup d'impressions, il existe des machines moins bas de gamme.
- Le problème de cartouches d'encres compatibles est une vraie question mais ça n'a rien à voir avec l'obsolescence programmée et le fait que tout soit mélangé renforce l'impression d'indignation sans réfléchir ("c'est des gros rats"). Je rapprocherais plus ce problème d'une forme de vente liée un peu souple (je ne sais pas s'il existe un terme précis) : vente de produit à prix d'appel, maintenance plus chère. Ça touche aussi les véhicules. Caractéristique de marchés à forte concurrence sur le prix d'achat, avec peu de marge (voire vente à parte), sur lequel les consommateurs ne se renseignent pas sur les coûts totaux (et c'est un peu de leur faute aussi ; d'un autre côté pour une imprimante à 50€ utilisée une fois de temps en temps la plupart n'a pas forcément envie de passer plein de temps à se renseigner ou bien à la réparer : c'est un produit fourni tel quel, sans maintenance nécessaire ni possible, ça peut leur convenir tout à fait). La question pour les cartouches c'est "est-ce qu'il est légitime pour les fabricants d'imposer leurs propres cartouches sur leurs imprimantes ?", sachant que la qualité de l'encre va jouer sur celle des impressions et donc sur la réputation de l'imprimante (ils pourraient prévoir des genre de certifications, mais ce n'est pas forcément évident à mettre en place), qu'il faut s'assurer que l'imprimante supporte bien l'encre en question (même problème) et que les consommateurs peuvent tout à fait connaître le prix des pages avec un minimum d’effort (tests réalisés par des organisations indépendantes).
- Concernant la taille des cartouches (ce n'est pas non plus de l'obsolescence programmée), c'est encore une manière biaisée d'aborder le débat (prendre un exemple au lieu de faire des statistiques, le truc de base pour faire ce dire ce qu'on veut aux faits) : il faut comparer les prix, la consommation, ... Rien de tout ça n'est jamais indiqué dans les études critiquant les impressions, ça ne ressemble pas à une étude rigoureuse. Par ailleurs il existe depuis plus de 10 ans une norme permettant de comparer la capacité des cartouches entre elles (entre constructeurs : expliqué ici ou là ou encore là). Cette comparaison à quelques années d'intervalle sur les coûts à la page des imprimantes est intéressantes aussi. Elle indique que les coûts ont baissé sur leurs tests entre 2010 et 2012-2013. Ça mériterait d'être creusé, mais l’important est de comparer les quantités/coûts d'impressions, pas la taille des cartouches.
Et sur la conclusion et les solutions proposées :
- "L’impact environnemental lié à l’obsolescence programmée est sensible." : faire mine de poser la question de l'obsolescence programmée pour affirmer ensuite que ça existe et que ça coûte cher pour l'environnement, bon... En fait non, ça n'existe pas et donc ça coûte moins cher à l'environnement qu'acheter de la merde à jeter par exemple (ce qui n'a rien à voir avec l'obsolescence programmée). Dans tous ces discours, rien n'est fait pour évaluer l'impact réel des "solutions" proposées (ajouter des jauges électroniques plus précises, employer des méthodes de fabrication plus complexes pour faire des produits que presque personne ne réparera parce que c'est contraignant/cher, ...). Et non, raconter n'importe quoi n'aide pas à préserver l'environnement : mieux vaudrait étudier soigneusement la question pour cibler correctement les problèmes. Par exemple des taxes plus élevées à l'achat de produits polluants (oui, c'est le consommateur qui paie, c'est normal) et/ou obliger à collecter les cartouches (mais certains constructeurs le font, il suffit déjà de bien choisir ; ou les magasins sont déjà tenus de les récupérer, non ? à vérifier).
- Permettre aux gens de voir combien il reste d'encre, pour être sûr qu'on ne les a pas trompés : ben... le fabricant pourrait déjà en mettre moins s'il pensait que c'était moins cher et aussi fiable, quel est l'intérêt pour lui mettre d'en autant ?
- Permettre d'imprimer jusqu'à ce que la cartouche soit vide : quelles sont les conséquences ? Combien ça coûte d'avoir un dispositif plus précis (y compris en électronique et autres, jusqu'à afficher un message à l'utilisateur qui soit clair), qui jauge mieux combien il en reste / s'assure que la tête d'impression n'est pas en danger ? Et comment empêcher l'utilisateur de faire des conneries parce que lui il voit bien qu'il reste de l'encre ?
- La transparence ça peut être bien, mais il faudrait éviter de se concentrer sur n'importe quoi. Et compter combien ça coûte. Évidemment, le journal indique qu'il sera impossible de faire passer ce message aux constructeurs... (je me souviens pourtant qu'un journal récent avec une imprimante qui a indiqué qu'il fallait changer son tampon, ou du moins contacter le SAV). Les imprimantes de base n'ont jamais brillé par leur capacité à communiquer avec les humains (et je ne parle pas de pannes, plutôt des merdouilles quotidiennes), ce sont des produits plutôt basiques. Il se peut qu'il y ait des améliorations à faire (et d'ailleurs elles ont plutôt progressé, pour ce que j'en vois), mais les mêmes problèmes de coûts apparaissent.
- Faciliter la maintenance : les imprimantes grand public sont des produits tout en un, ce qui implique sans maintenance nécessaire, que les gens ne veulent pas tellement maintenir, donc plus économiques sans maintenance possible aussi, c'est un point important. Des produits que les gens utilisent modérément (et sans doute de moins en moins intensivement). Faciliter la maintenance n'est pas toujours un bonne idée. Pour les manuels : sérieux, qui lit le manuel des imprimantes, à part quelques clampins ?
- Même problème pour les composants génériques. Il y a des choix à faire entre simplicité (y compris de fabrication) et maintenabilité. Crier que des produits prévus pour être sans maintenance ne sont pas réparables, euh... Rien n'est totalement réparable jusque dans les moindres détails, parce qu'il y a nécessairement des compromis à faire avec d'autres aspects. Ce qui implique qu'il faut faire des choix, décider comment tel ou tel produit est conçu, jusqu'où il sera maintenable, ... (retour aux remarques générales de début de ce commentaire).
De la même manière que le client qui demande un logiciel plus rapide, plus fiable, moins cher, avec des fonctionnalités plus avancées, plus simples et prêt pour hier doit comprendre qu'on essaie mais qu'il faut faire des compromis à un moment, il faut comprendre comment ces produits sont conçus pour déterminer ce qui peut être fait (y compris ce qui serait une bonne idée ou non).
Répéter des listes de critiques parce qu'elles ont l'air légitimes (on est les gentils, on peut s'indigner) sans jamais fouiller plus, parfois je me dis qu'on n'est pas loin du complotisme... Je m'inquiète pas mal du tour que ça prend : tout le monde est un rebelle prêt à s'indigner, le tout amplifié par des moyens de communications qui se développent, une culture de l'indignation (mais pas de se prendre la tête à étudier/vérifier), de crier haut et fort qu'on a raison plutôt que de confrontation avec la réalité. Si je fais le lien avec les complotiste c'est qu'il me semble qu'il s'agit d'une version très avancée de ces mécanismes (sélection des sources qui vont dans le même sens, ...) mais que la réflexion collective n'en est pas toujours loin, ce qui est dangereux : une recherche sur un sujet d'indignation mène très facilement à des articles qui vont dans le même sens, moins à des articles critiques, et l'envie de "faire quelque chose" mène à reproduire l'information (ce n'est pas très utile, voire contre-productif, mais ça fait du bien ; oui, je maintiens qu'il y a quelque chose de confortable au fond dans l'indignation). Montrer du doigt les constructeurs en racontant n'importe quoi ne mène pas les consommateurs à réfléchir, pas plus que reprendre des avis de "justiciers" n'est utile en général. Vérifier c'est étudier le problème du point de vue d'en face.
Si c'est évident c'est sans doute faux (ou du moins incomplet). Et si l'idée est plaisante ("juste indignation" comprise), mieux vaut la vérifier deux fois plus.