• [^] # Re: Retour d'expérience sur 10 ans

    Posté par (site web personnel) . En réponse à la dépêche G’MIC : 2.2, v’là les filtres !. Évalué à 10.

    J'ai moi même siégé au CNU 27 (en tant que suppléant nommé) lors de l'investiture précédente, et cette impression de sous-évaluation de la production logicielle vient aussi en partie de cette expérience :) Tu le dis toi même :

    Ils (les logiciels) peuvent compter comme de la production scientifique au même titre qu'un brevet (déposer son logiciel à l'APP peut être une bonne idée dans ce cas), mais pas tout à fait au même niveau qu'une publication

    Alors, combien de temps pour écrire une publi considérée comme aboutie, from scratch ? En général, en informatique, moins de 6 mois, tout compris. Combien de gens ça touche (lecteurs potentiels) ? Quelques dizaines, au mieux quelques centaines (et dans ce cas faut vraiment faire un très bon papier!).
    Maintenant, combien de temps pour écrire un logiciel considéré comme abouti ? Quelques années ! Combien de gens ça touche (utilisateurs potentiels) ? Quelques milliers !
    On nous bassine pour l'évaluation avec des métrique d'"impact factor" ici, de "H-index" là, et on continue à entendre qu'un logiciel largement diffusé et utilisé, ça compte moins qu'une publi !! C'est à pleurer.

    Alors oui, ça va pas être forcément le même public concerné (d'un côté des scientifiques purs, de l'autre côté, le grand-public), mais il me semble qu'au niveau "mission service public" c'est quand même pas inutile de faire un logiciel largement diffusé, c'est surement même plus utile que d'écrire un n-ième papier que 8-10 personnes tout au plus vont lire. Et qu'on me dise pas que développer un logiciel c'est pas de la recherche mais de l'ingénierie...

    La publication scientifique a trop longtemps été le critère majeur d'évaluation de l'activité des chercheurs, et on voit ce que ça a donné : sur-multiplication des conférences et des publications (une même idée, publiée 10 fois de suite, un grand classique), création de métriques à la mords-moi-le-noeud, ranking des conférences et des journaux (ces deux liens sont très très connus des gens de la CNU27, c'est même ce qu'on apprend en premier quand on relit nos premiers dossiers :)). Les grands gagnants : les éditeurs. Bref on peut pas parler de grande réussite morale.

    Je n'ai évidemment pas de recette miracle pour évaluer l'activité des chercheurs, mais je vois quand même que la tendance c'est de prendre de plus en plus en compte les activités "autres" que la publication pure et dure d'articles scientifiques (en tout cas, ça semble être le cas au CNRS, section 07). Je crois néanmoins que la production de logiciels est encore sous-évalué par rapport à : 1. l'effort que ça demande, et 2. le rayonnement que ça peut apporter à un labo. J'espère juste que ça va évoluer dans le bon sens. Mais clairement aujourd'hui, pour sa carrière, mieux vaut écrire 10 publis sur 10 ans plutôt qu'un logiciel.