Ouais alors t’as raté que « croissance » c’est ... croissant. Donc ça monte. C’est pas neutre. On appellerait ça « niveau de richesse » ce serait quelque chose.
Euh non, le PIB n'est pas le niveau de richesse, le PIB c'est le revenu par an. Une partie du PIB est flambée tout de suite (quand tu vas chez le coiffeur, tu ne conserves pas ta coupe de cheveux sur l'année qui suit), une autre partie du PIB rentre dans le patrimoine des ménages et de l'État (infrastructures, baraques, voitures...), qui va s'amortir dans le temps.
Le problème, c'est que le niveau de richesse, il est quasiment impossible à évaluer. Déja que le PIB c'est coton, alors évaluer la richesse correspondant à un rond-point de 10 ans ou à l'éducation des bacheliers du Puy-de-Dôme... Le PIB, tu le quantifies par le flux d'argent, tu as un indicateur.
Du coup, le PIB n'indique pas la richesse d'un pays, il indique à quelle vitesse le pays crée des ressources, quitte à les détruire immédiatement (nourriture, services...). Tu divises le PIB par le nombre d'habitants, et paf, tu as le pouvoir d'achat moyen.
L'objectif d'à peu près tout le monde, c'est de vivre mieux. Une manière de vivre mieux, c'est de pouvoir plus facilement assouvir ses besoins, que ce soit des besoins fondamentaux (manger, se loger), des besoins de confort (manger bio, se loger dans un endroit sympa avec une chambre par gamin), ou des trucs débiles (se payer le nouvel iPhone)—on s'en fout, les gens font ce qu'ils veulent. Or, comme la population grandit et que la productivité s'améliore, maintenir le pouvoir d'achat nécessite de la croissance. Si toi tu souhaites diminuer ton pouvoir d'achat, grand bien te fasse, mais tes concitoyens ne le veulent pas. Encore une fois, on ne parle pas de s'enrichir, on parle d'augmenter son pouvoir d'achat (ce qui peut vouloir dire s'enrichir plus vite, si tu achètes des produits financiers, si tu épargnes, ou si tu investis, ou simplement vivre plus confortablement si tu achètes des services ou des biens éphémères, encore une fois, on s'en fout, c'est ta vie).
En absence de croissance (avec un PIB constant), ton pouvoir d'achat diminuerait tous les ans (parce qu'on est de plus en plus nombreux). Avec un PIB constant par habitant (donc on parle bien d'une croissance d'environ 0.5%), le niveau de vie stagne. Impossible d'augmenter ses dépenses de nourriture (donc exit le bio, les filières locales...), impossible d'augmenter ses dépenses de santé, impossible d'améliorer l'éducation, la recherche, la qualité des bâtiments neufs, les énergies renouvelables... Et ça n'est pas ça le problème. Avec l'augmentation de la productivité, le chômage augmente de 0.5% par an—bah oui, on produit autant, avec moins de gens. Tu as intérêt à prévoir le coup, à revoir complètement le système de redistribution, et à faire de la pédagogie pour expliquer ton projet de réduction du temps de travail avec baisse de salaire.
Alors oui, l'économie, c'est une chute permanente qu'on rattrappe en permanence avec de la croissance. Tant qu'on voudra que la situation s'améliore, il faudra de la croissance, parce que dès que la croissance s'arrête, tout stagne ; il y a intérêt à ce que tout le monde soit d'accord pour s'arrêter là. Et quand on dit tout le monde, c'est aussi nos petits copains européens, parce qu'on est liés par le même système économique. Le PIB n'est pas forcément un super indicateur économique, mais on sait le mesurer et on sait ce qu'il veut dire.
Mais bon, de toutes manières, la croissance n'est pas un objectif politique. C'est un indicateur, un moyen intermédiaire pour remplir des objectifs plus ambitieux (diminuer le chômage, améliorer le niveau de vie). C'est pas très excitant comme objectif, mais quand on voit ce qui se passe quand il n'y a pas de croissance, ça ne donne pas envie.
[^] # Re: La gouvernance par les nombres
Posté par arnaudus . En réponse au journal ils l'ont voulu, ils l'ont obtenu, et ils l'ont dans le baba.... Évalué à 6.
Euh non, le PIB n'est pas le niveau de richesse, le PIB c'est le revenu par an. Une partie du PIB est flambée tout de suite (quand tu vas chez le coiffeur, tu ne conserves pas ta coupe de cheveux sur l'année qui suit), une autre partie du PIB rentre dans le patrimoine des ménages et de l'État (infrastructures, baraques, voitures...), qui va s'amortir dans le temps.
Le problème, c'est que le niveau de richesse, il est quasiment impossible à évaluer. Déja que le PIB c'est coton, alors évaluer la richesse correspondant à un rond-point de 10 ans ou à l'éducation des bacheliers du Puy-de-Dôme... Le PIB, tu le quantifies par le flux d'argent, tu as un indicateur.
Du coup, le PIB n'indique pas la richesse d'un pays, il indique à quelle vitesse le pays crée des ressources, quitte à les détruire immédiatement (nourriture, services...). Tu divises le PIB par le nombre d'habitants, et paf, tu as le pouvoir d'achat moyen.
L'objectif d'à peu près tout le monde, c'est de vivre mieux. Une manière de vivre mieux, c'est de pouvoir plus facilement assouvir ses besoins, que ce soit des besoins fondamentaux (manger, se loger), des besoins de confort (manger bio, se loger dans un endroit sympa avec une chambre par gamin), ou des trucs débiles (se payer le nouvel iPhone)—on s'en fout, les gens font ce qu'ils veulent. Or, comme la population grandit et que la productivité s'améliore, maintenir le pouvoir d'achat nécessite de la croissance. Si toi tu souhaites diminuer ton pouvoir d'achat, grand bien te fasse, mais tes concitoyens ne le veulent pas. Encore une fois, on ne parle pas de s'enrichir, on parle d'augmenter son pouvoir d'achat (ce qui peut vouloir dire s'enrichir plus vite, si tu achètes des produits financiers, si tu épargnes, ou si tu investis, ou simplement vivre plus confortablement si tu achètes des services ou des biens éphémères, encore une fois, on s'en fout, c'est ta vie).
En absence de croissance (avec un PIB constant), ton pouvoir d'achat diminuerait tous les ans (parce qu'on est de plus en plus nombreux). Avec un PIB constant par habitant (donc on parle bien d'une croissance d'environ 0.5%), le niveau de vie stagne. Impossible d'augmenter ses dépenses de nourriture (donc exit le bio, les filières locales...), impossible d'augmenter ses dépenses de santé, impossible d'améliorer l'éducation, la recherche, la qualité des bâtiments neufs, les énergies renouvelables... Et ça n'est pas ça le problème. Avec l'augmentation de la productivité, le chômage augmente de 0.5% par an—bah oui, on produit autant, avec moins de gens. Tu as intérêt à prévoir le coup, à revoir complètement le système de redistribution, et à faire de la pédagogie pour expliquer ton projet de réduction du temps de travail avec baisse de salaire.
Alors oui, l'économie, c'est une chute permanente qu'on rattrappe en permanence avec de la croissance. Tant qu'on voudra que la situation s'améliore, il faudra de la croissance, parce que dès que la croissance s'arrête, tout stagne ; il y a intérêt à ce que tout le monde soit d'accord pour s'arrêter là. Et quand on dit tout le monde, c'est aussi nos petits copains européens, parce qu'on est liés par le même système économique. Le PIB n'est pas forcément un super indicateur économique, mais on sait le mesurer et on sait ce qu'il veut dire.
Mais bon, de toutes manières, la croissance n'est pas un objectif politique. C'est un indicateur, un moyen intermédiaire pour remplir des objectifs plus ambitieux (diminuer le chômage, améliorer le niveau de vie). C'est pas très excitant comme objectif, mais quand on voit ce qui se passe quand il n'y a pas de croissance, ça ne donne pas envie.