• [^] # Re: Écriture

    Posté par (site web personnel) . En réponse à la dépêche Quad9, résolveur DNS public, et sécurisé par TLS. Évalué à 10.

    J'ai plein d'arguments contre l'écriture inclusive. Je m'en veux aussi un peu de poursuivre le hors sujet, mais je vais quand-même faire une liste rapide.

    D'abord entendons-nous sur l'objets: les tenants de l'écriture inclusive proposent de mentionner les deux accords possibles d'un mot en utilisant un notation du style "Les étudiant.e.s de l'université Paris Sud demandent plus d'heures de tutorat." le but affiché de cet usage est d'attirer l'attention du lecteur sur la possibilité offerte aux femmes d'embrasser et de s'approprier les rôles sociaux auxquels on fait ainsi référence. Dans l'exemple donné, on attire l'attention du lecteur sur le fait qu'une femme est tout aussi légitime qu'un homme pour étudier à Paris Sud, ce qui selon les tenants de l'écriture inclusive pourrait passer inaperçu dans la forme "Les étudiants de l'université Paris Sud demandent plus d'heures de tutorat."

    Voici ma liste des reproches:

    • Le plus grave à mon avis est que les tenants de l'écriture inclusive s'immiscent dans ma liberté d'interprétation d'un texte en affirmant une nouvelle norme "étudiants" désignerait nécessairement un groupe d'hommes et le groupe mixte serait nécessairement "étudiant.e.s". C'est un très grave contre-sens sur le fonctionnement de la communication puisque la réflexion sur le sens que voulait donner l'auteur d'un message aux mots qu'il a employé est partie intégrante de la communication. Même en mathématiques où l'on cherche à utiliser un langage particulièrement univoque, cette réflexion ne saurait être négligée. Ce point est particulièrement important à l'heure où la société commence à ouvrir les yeux sur l'intersexualité et la transsexualité.

    • Le système se base sur une confusion entre genre grammatical et genre sexué, confusion que la langue ne fait pas et qui même nous rappelle en de nombreux endroits que ces notions sont différentes – notamment par les genres des noms de métiers. Même si cela ne porte pas à proprement parler sur les questions de genre, dans les débats connexes on rappelle souvent la règle d'accord qu'un abbé du XVIIIème énonçait en disant que "le masculin l'emporte sur le féminin" en négligeant de mentionner que les grammairiens d'aujourd'hui préfèrent parler de genre non distingué pour le masculin (c'est l'accord qu'on prend pour les pluriels mixtes, les formes impersonnelles, ou les jeunes: un bébé, un enfant, un marcassin, ...) et de genre distingué pour le féminin.

    • Il n'est pas clair que l'emploi de cette forme ait l'effet escompté, dans les pays parlant l'anglais comme les USA, le Royaume Uni ou l'Australie, la condition sociale des femmes semble comparable (ou pire) qu'en France ou en Allemagne.

    • En rendant l'écriture plus lourde cette forme rend plus difficile l'expression de pensées subversives et audacieuses.

    Je pense pouvoir continuer un peu cette liste, mais cessons ici. Le seul mérite que je verrais à l'écriture inclusive serait d'ouvrir vers un débat sur la place des femmes dans la société et les combats actuels du féminisme. Mais est-ce ce qu'on voit? On a déjà parlé beaucoup d'écriture inclusive sur LinuxFR et le débat s'est toujours enfermé sur les questions de forme sans jamais s'ouvrir sur celui, plus crucial à mon avis, des combats féministes qui restent à mener.