Il y a plein de situations de recherche dans lequel la présence, à côté du personnel de recherche, de responsables de "valorisation" ou "partenariat" peut être utile. Pour ce que j'en ai personnellement aperçu, elles peuvent souvent se repérer au fait que les chercheurs ou chercheuses sont déjà en contact avec une enterprise spécifique intéressée par leurs travaux, et pourrait avoir intérêt à participer à leurs financements. Du côté de l'entreprise comme du côté de l'équipe de recherche, la complexité administrative et juridique de ce transfert d'argent peut être très importante (l'entreprise a des règles internes sur comment payer, elle veut bien acheter des licences mais pas du support, ou alors l'inverse, financer un produit mais pas un développement futur, ou alors l'inverse, etc.; l'équipe de recherche évolue dans un environnement réglementaire compliqué aussi, il faut reverser une partie à l'institut, donner de l'argent au laboratoire plutôt qu'aux personnes, etc.), et avoir des professionnels pour s'en occuper peut permettre aux choses de se faire dans l'intérêt de tous.
C'est une vision des services de valorisation qui leur fait porter leur nom : des services, présents pour soutenir une activité quand on les sollicite.
Le problème c'est que souvent les gens qui sont plus hauts dans l'organigramme administratif de la recherche publique ont envie de diriger, plutôt que de servir. Ça commence tout en haut, avec un gouvernement qui croit hélas bon de commander des recherches sur des domaines particuliers, au risque d'imposer des mécanismes d'encouragement lourds, coûteux en complexité et en temps, et contre-productifs. Mais c'est vrai aux niveaux en-dessous, et l'image montrée dans ce journal en est un exemple criant.
Ce document n'est pas là pour informer le personnel de recherche de ce qu'il peut faire pour trouver des financements privés pour sa recherche. Le document essaie de dire ce que le personnel doit faire. C'est à rapprocher du document récent (formaté dans le même style "on vous informe mais en fait on ordonne") de l'université de Strasbourg, interdisant au personnel de recherche de parler à des journalistes sans l'accord du service de communication de l'université (article sur EducPros).
Je pense que c'est très dangereux de s'habituer à un tel niveau de directivité, de l'accepter. Laisser des gens qui ne pratiquent pas la recherche décider de comment elle doit être conduite, c'est ouvrir la porte à toutes les dérives. On a des hommes et des femmes politique qui n'hésitent pas, par exemple, à dé-financer des sujets de recherche pour gagner des points auprès de leur électorat. Aujourd'hui on demande de ne pas publier de résultats sans envisager les possibilités de monétisation avant, demain il faudra peut-être demander aussi l'accord des gens chargés d'évaluer si un des mécènes (privés ou public) de l'université ou institut de recherche pourrait ne pas apprécier les résultats. Ou bien du service qui vérifie qu'on ne co-publie pas avec un laboratoire d'une institution qui a refusé le dernier projet de fusion.
La recherche publique est efficace quand elle est libre et diffuse largement. Il faut la soutenir (et il est légitime que la société fasse des choix sur le niveau, la nature et la forme de ce soutient), faire respecter et encourager des méthodes de travail qui sont dans l'intérêt collectif, mais il est dangereux d'essayer de la diriger.
# Soutenir, pas diriger
Posté par gasche . En réponse au journal Propriété intellectuelle dans la recherche public. Évalué à 7. Dernière modification le 28 octobre 2017 à 21:40.
Il y a plein de situations de recherche dans lequel la présence, à côté du personnel de recherche, de responsables de "valorisation" ou "partenariat" peut être utile. Pour ce que j'en ai personnellement aperçu, elles peuvent souvent se repérer au fait que les chercheurs ou chercheuses sont déjà en contact avec une enterprise spécifique intéressée par leurs travaux, et pourrait avoir intérêt à participer à leurs financements. Du côté de l'entreprise comme du côté de l'équipe de recherche, la complexité administrative et juridique de ce transfert d'argent peut être très importante (l'entreprise a des règles internes sur comment payer, elle veut bien acheter des licences mais pas du support, ou alors l'inverse, financer un produit mais pas un développement futur, ou alors l'inverse, etc.; l'équipe de recherche évolue dans un environnement réglementaire compliqué aussi, il faut reverser une partie à l'institut, donner de l'argent au laboratoire plutôt qu'aux personnes, etc.), et avoir des professionnels pour s'en occuper peut permettre aux choses de se faire dans l'intérêt de tous.
C'est une vision des services de valorisation qui leur fait porter leur nom : des services, présents pour soutenir une activité quand on les sollicite.
Le problème c'est que souvent les gens qui sont plus hauts dans l'organigramme administratif de la recherche publique ont envie de diriger, plutôt que de servir. Ça commence tout en haut, avec un gouvernement qui croit hélas bon de commander des recherches sur des domaines particuliers, au risque d'imposer des mécanismes d'encouragement lourds, coûteux en complexité et en temps, et contre-productifs. Mais c'est vrai aux niveaux en-dessous, et l'image montrée dans ce journal en est un exemple criant.
Ce document n'est pas là pour informer le personnel de recherche de ce qu'il peut faire pour trouver des financements privés pour sa recherche. Le document essaie de dire ce que le personnel doit faire. C'est à rapprocher du document récent (formaté dans le même style "on vous informe mais en fait on ordonne") de l'université de Strasbourg, interdisant au personnel de recherche de parler à des journalistes sans l'accord du service de communication de l'université (article sur EducPros).
Je pense que c'est très dangereux de s'habituer à un tel niveau de directivité, de l'accepter. Laisser des gens qui ne pratiquent pas la recherche décider de comment elle doit être conduite, c'est ouvrir la porte à toutes les dérives. On a des hommes et des femmes politique qui n'hésitent pas, par exemple, à dé-financer des sujets de recherche pour gagner des points auprès de leur électorat. Aujourd'hui on demande de ne pas publier de résultats sans envisager les possibilités de monétisation avant, demain il faudra peut-être demander aussi l'accord des gens chargés d'évaluer si un des mécènes (privés ou public) de l'université ou institut de recherche pourrait ne pas apprécier les résultats. Ou bien du service qui vérifie qu'on ne co-publie pas avec un laboratoire d'une institution qui a refusé le dernier projet de fusion.
La recherche publique est efficace quand elle est libre et diffuse largement. Il faut la soutenir (et il est légitime que la société fasse des choix sur le niveau, la nature et la forme de ce soutient), faire respecter et encourager des méthodes de travail qui sont dans l'intérêt collectif, mais il est dangereux d'essayer de la diriger.