• # Il ne faut pas débarquer

    Posté par . En réponse au journal Propriété intellectuelle dans la recherche public. Évalué à 10.

    Il faut distinguer la politique des instituts de recherche et la volonté politique de diffusion de la connaissance générée par de l'argent public. D'une manière générale, en France, on n'a jamais eu une quelconque volonté politique de diffuser librement la connaissance. La propriété intellectuelle appartient à l'employeur (CNRS, INRA, université...), et dans ce cadre, l'employeur décide. Dans un contexte de restrictions budgétaire, la tendance est à l'auto-financement, et donc à l'incitation (qui tourne parfois au ridicule) d'essayer de monnayer des résultats ou des brevets.

    Il suffirait d'une volonté politique d'imposer la publication libre des résultats financés par de l'argent public (fonds propres des instituts ou appels à projets) pour que ce petit jeu délétère s'arrête, mais cette volonté politique n'a jamais existé. On peut noter que les instituts de recherche ont en pratique des attitudes assez différentes ; à l'INRA les choses sont très verrouillées, tandis qu'au CNRS la plupart des labos font ce qu'ils veulent, y compris des choses théoriquement interdites (publier du code sous une licence libre sans se taper la paperasse, etc). Mais bon, malheureusement, une part substantielle du budget de ces instituts est consacrée à l'emploi de juristes et d'administratifs dans les services de partenariat et de valorisation, sans pour autant qu'il ait pu être démontré que cet investissement soit rentable.

    L'autre problème, c'est que les instituts français ne peuvent pas vivre dans un monde de bisounours ; les collaborations et partenariats avec d'autres acteurs publics et privés, français ou étrangers, impliquent des échanges d'informations plus ou moins confidentielles et plus ou moins valorisables, qui nécessitent un certain nombre de précautions. Même pour de la recherche fondammentale, il y a un certain nombre d'histoires avec des collaborateurs pas très nets qui ont montré qu'il n'était pas inutile d'avoir des accords formels de partenariat avant de filer des infos, parce que tout le monde n'est pas désintéressé. C'est un peu malheureux de vivre dans une sorte de climat de suspiscion général, mais le monde est tel qu'il est...

    Ceci dit, encore une fois, je pense qu'un certain nombre d'instituts seraient assez soulagés si l'État clarifiait leur mission en les obligeant à l'ouverture, et en leur retirant la menace perpétuelle de la fermeture du robinet des subventions. Reste ensuite quand même le problème éthique de laisser le monde économique (y compris non-français ou non-européen) réaliser sans aucune redistribution des bénéfices sur des projets dont la R&D a été en partie financée par le contribuable. Enfin, ça mettrait fin à tous les partenariats avec les industriels, puisque les industriels ne verraient pas l'intérêt de contribuer à un effort de recherche qui sera mis à disposition de ses concurrents (ça ne me fâcherait pas plus que ça, puisque dans les faits les industriels français financent très peu la recherche, mais bon, ça découragerait certainement les derniers qui le font).