Tu peux arguer qu’il est possible de faire la même chose en langage naturel, mais il faut le contraindre de manière à ne garder que les jugements valides dans le système de règle défini. Or il n’a jamais décrit ces contraintes (enfin je te laisse l’infirmer ;).
Ce que tu me demandes (infirmer la chose) est impossible à effectuer dans un commentaire. Tout ce que je peux dire c'est que les liens entre la philosophie kantienne et les théories des types contemporaines sont une évidence pour qui les connaît : elles procèdent toutes de la même approche méthodologique.
Le mieux que je puisse faire dans un commentaire, c'est pointé du doigt quelques références : Per Martin-Löf et Jean-Yves Girard.
Le second est l'auteur, entre autre, du système F qui est un système de types génériques pour le lambda-calcul : c'est le système de type à la base de langages comme Haskell ou OCaml. Sur sa page personnelle (le lien est sur son au-dessus) tu trouveras une partie intitulée La syntaxe transcendantale :
La syntaxe transcendantale est la justification technique des thèses du fantôme de la transparence. Le programme est exposé dans l'article La syntaxe transcendantale, manifeste (Février 2011).
Le livre en question (le fantôme de la transparence) est celui dont j'ai parlé à gasche dans ce commentaire. Je ferais deux remarques là-dessus. Le qualificatif transcendantale est une référence on ne peut plus explicite à Kant, ce dernier ayant utilisé les expressions philosophie transcendantale ou philosophie critique pour qualifier son œuvre philosophique. Ensuite, à la fin de l'introduction du livre, on peut lire :
Le principal bénéficiaire de cette visite non guidée aura été l'auteur, tout surpris d'y trouver matière à de futurs développements techniques. Et de découvrir la surprenante adéquation du kantisme — au sens large — à la logique contemporaine. Ce qui n'est pas très étonnant après tout : que veut dire « raison pure », sinon logique ?
En ce qui concerne Martin-Löf, il est également l'auteur d'une théorie de types dépendants intuitionnistes. Il a participé au groupe de travail ayant écrit la théorie homotopique des types (HoTT) visant à fournir une alternative à ZF pour le fondement des mathématiques basée sur la théorie des types (ça se comprend, ZF c'est l'archétype du typage dynamique; il n'y a qu'un seul type statique : celui d'ensemble, tout le reste est dynamique, si je peux m'exprimer ainsi). Dans l'introduction du livre HoTT, on lit :
Per Martin-Löf, among others, developed a "predicative" modification of Church’s type system, which is now usually called dependent, constructive, intuitionistic, or simply Martin-Löf type theory. This is the basis of the system that we consider here; it was originally intended as a rigorous framework for the formalization of constructive mathematics.
Lorsque l'on s'occupe à notre époque de théorie des types, éluder toute référence kantienne pourrait s'apparenter, pour reprendre une expression utilisée ailleurs dans les commentaires, à une faute professionnelle.
Kant et la physique théorique
Après effectivement on peut arguer que le cerveau fait des calculs de probabilité conditionnelles - http://www.college-de-france.fr/site/stanislas-dehaene/course-2012年02月21日-09h30.htm très intéressant au passage - de là a dire que l’invention du concept de causalité est subordonnée à ça, ou si nous étions condamnés à l’inventer ...
Je n'ai pas écouté la conférence mais seulement lu le texte qui l'accompagne. Je ferais deux remarques là-dessus :
l'auteur occupe la chaire de psychologie cognitive expérimentale ;
le terme « hypothèse » revient à de nombreuses reprises, comme il se doit pour une science expérimentale.
Kant et les kantiens ne pratiquent pas de science expérimentale mais de la science pure ou rationnelle, c'est-à-dire des sciences dont les principes fondamentaux ne sont pas fondés sur l'expérience et l'observation, et dans les sciences expérimentale ne considèrent que la forme nécessaire que doivent prendre leurs théories pour être adéquate à la structure de notre esprit. Tu noteras que je parles d'esprit et non de cerveau : le cerveau est aussi peu le siège de la pensée que le cœur est celui des émotions, si ce n'est par amalgame matérialiste. Dans un tel champ du savoir, le recours aux hypothèses est mal venu :
Pour ce qui concerne la certitude, voici la loi que je me suis imposée à moi-même : dans cette sorte de considération, l'opinion n'est en aucune façon permise, et tout ce qui ressemble seulement à une hypothèse est une marchandise prohibée, qui ne doit pas être mise en vente à bas prix, mais doit être saisie aussitôt que découverte. Car toute connaissance qui doit être établie a priori donne d'elle même à entendre qu'elle veut être tenue pour nécessaire; plus encore en ira-t-il d'une détermination de toutes les connaissances pures a priori, qui doit être la mesure et par la même l'exemple de toute certitude apodictique (philosophique).
Kant, Critique de la Raison Pure.
Avoir recours à des hypothèse dans ce genre d'enquête, ce serait comme vouloir fonder la mathématique sur des conjectures : ce n'est pas sérieux.
Maintenant, comme exemples de personnes ici du monde de la physique ayant écouté l'appel de Kant, je citerai :
Thibault Damour membre de l'académie des Sciences et spécialiste de relativité générale, d'après son texte sur la question Le temps passe-t-il ? (voir page 9)
des épistémologues et physiciens d'après la conclusion du livre Petit voyage dans le monde des quanta d'Étienne Klein :
Certes les problèmes de fond posés par Bohr, Heinsenberg, Einstein, Schrödinger ou Pauli restent d'actualité, mais on dispose aujourd'hui pour les traiter de davantage de résultats et de davantage d'arguments. Plusieurs systèmes épistémologiques essaient d'intégrer ces nouvelles donnes : la thèse du réel voilé de Bernard d'Espagnat, le solipsisme convivial d'Hervé Zwirn, le réalisme physique de Michel Paty, et de façon plus diffuse le réalisme ouvert, l'opérationnalisme, le phénoménalisme, et enfin l'idéalisme, lui-même divisé en idéalisme radical et idéalisme modéré, les deux pouvant être plus ou moins kantiens...
E. Klein, Petit voyage dans le monde des quanta.
J'ajouterai simplement qu'une telle situation n'a rien d'étonnant quand on connaît certaines résultats de la physique quantique et le contenu de la philosophie kantienne. Je conclurai sur la réponse d'un kantien à un extrait du livre d'Étienne Klein :
En premier lieu, s'il est vrai que le vecteur d'état contient tout ce que l'on peu savoir d'un système quantique, autrement dit si le formalisme est complet, il faut admettre qu'un phénomène ne peut être interprété comme fournissant des informations concernant des propriétés qu'auraient les objets eux-mêmes, indépendamment de la connaissance que nous en avons. Songeons à une pierre. C'est un objet qui existe « pleinement » au sens où nous n'hésitons pas à lui attribuer par la pensée des propriétés bien définies : une taille, une forme, une couleur qui sont ce qu'elles sont, même en l'absence d'observateur. Les objets quantiques, eux, ne semblent pas pouvoir être considérés de la sorte puisque leurs propriétés ne sont pas toujours déterminées antérieurement à la mesure qui en est faite.
Ce qui choque un Kantien n'est pas ce qu'il dit des objets quantiques, mais ce qu'il dit de la pierre ! :-P
Les objets que nous observons, en tant qu'objets de la connaissance expérimentale, n'ont aucune existence propre indépendante de nous. Si nous voyons partout de l'espace et du temps dans l'expérience, c'est parce qu'on les y met nous-même (voir l'article de Thibault Damour). Ainsi, lorsque l'on fait abstraction de tout rapport à l'expérience possible alors l'espace et le temps s'évanouissent, ce qui nous apparaît comme une pierre dans l'expérience devient un quelque chose d'inconnu, qui nous restera à jamais inconnaissable, une chose ineffable (dont on ne peut parler). L'avantage du kantisme sur toute autre approche épistémologique est qu'il ne fait aucune distinction ontologique entre la pierre et les objets quantiques : ce ne sont que de simples phénomènes qui n'ont pas d'existence propre en dehors de leur rapport à un observateur.
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.
[^] # Re: Le cerveau n'est pas logique
Posté par kantien . En réponse au journal Pourquoi la recherche en langages de programmation ?. Évalué à 2.
Sommaire
Kant et les théories des types
Ce que tu me demandes (infirmer la chose) est impossible à effectuer dans un commentaire. Tout ce que je peux dire c'est que les liens entre la philosophie kantienne et les théories des types contemporaines sont une évidence pour qui les connaît : elles procèdent toutes de la même approche méthodologique.
Le mieux que je puisse faire dans un commentaire, c'est pointé du doigt quelques références : Per Martin-Löf et Jean-Yves Girard.
Le second est l'auteur, entre autre, du système F qui est un système de types génériques pour le lambda-calcul : c'est le système de type à la base de langages comme Haskell ou OCaml. Sur sa page personnelle (le lien est sur son au-dessus) tu trouveras une partie intitulée La syntaxe transcendantale :
Le livre en question (le fantôme de la transparence) est celui dont j'ai parlé à gasche dans ce commentaire. Je ferais deux remarques là-dessus. Le qualificatif transcendantale est une référence on ne peut plus explicite à Kant, ce dernier ayant utilisé les expressions philosophie transcendantale ou philosophie critique pour qualifier son œuvre philosophique. Ensuite, à la fin de l'introduction du livre, on peut lire :
En ce qui concerne Martin-Löf, il est également l'auteur d'une théorie de types dépendants intuitionnistes. Il a participé au groupe de travail ayant écrit la théorie homotopique des types (HoTT) visant à fournir une alternative à ZF pour le fondement des mathématiques basée sur la théorie des types (ça se comprend, ZF c'est l'archétype du typage dynamique; il n'y a qu'un seul type statique : celui d'ensemble, tout le reste est dynamique, si je peux m'exprimer ainsi). Dans l'introduction du livre HoTT, on lit :
Martin-Löf est aussi l'auteur d'un article : analytic and synthetic judgements in type theory sur la philosophie kantienne des mathématiques. De même l'omniprésence de Kant dans la première des trois conférences qu'il donna sur la logique en 1983 à Siena devrait te mettre sur la piste.
Lorsque l'on s'occupe à notre époque de théorie des types, éluder toute référence kantienne pourrait s'apparenter, pour reprendre une expression utilisée ailleurs dans les commentaires, à une faute professionnelle.
Kant et la physique théorique
Je n'ai pas écouté la conférence mais seulement lu le texte qui l'accompagne. Je ferais deux remarques là-dessus :
Kant et les kantiens ne pratiquent pas de science expérimentale mais de la science pure ou rationnelle, c'est-à-dire des sciences dont les principes fondamentaux ne sont pas fondés sur l'expérience et l'observation, et dans les sciences expérimentale ne considèrent que la forme nécessaire que doivent prendre leurs théories pour être adéquate à la structure de notre esprit. Tu noteras que je parles d'esprit et non de cerveau : le cerveau est aussi peu le siège de la pensée que le cœur est celui des émotions, si ce n'est par amalgame matérialiste. Dans un tel champ du savoir, le recours aux hypothèses est mal venu :
Avoir recours à des hypothèse dans ce genre d'enquête, ce serait comme vouloir fonder la mathématique sur des conjectures : ce n'est pas sérieux.
Maintenant, comme exemples de personnes ici du monde de la physique ayant écouté l'appel de Kant, je citerai :
J'ajouterai simplement qu'une telle situation n'a rien d'étonnant quand on connaît certaines résultats de la physique quantique et le contenu de la philosophie kantienne. Je conclurai sur la réponse d'un kantien à un extrait du livre d'Étienne Klein :
Ce qui choque un Kantien n'est pas ce qu'il dit des objets quantiques, mais ce qu'il dit de la pierre ! :-P
Les objets que nous observons, en tant qu'objets de la connaissance expérimentale, n'ont aucune existence propre indépendante de nous. Si nous voyons partout de l'espace et du temps dans l'expérience, c'est parce qu'on les y met nous-même (voir l'article de Thibault Damour). Ainsi, lorsque l'on fait abstraction de tout rapport à l'expérience possible alors l'espace et le temps s'évanouissent, ce qui nous apparaît comme une pierre dans l'expérience devient un quelque chose d'inconnu, qui nous restera à jamais inconnaissable, une chose ineffable (dont on ne peut parler). L'avantage du kantisme sur toute autre approche épistémologique est qu'il ne fait aucune distinction ontologique entre la pierre et les objets quantiques : ce ne sont que de simples phénomènes qui n'ont pas d'existence propre en dehors de leur rapport à un observateur.
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.