• [^] # Re: pluriel optionnel

    Posté par . En réponse au journal Écriture inclusive, comment la France a encore perdu une belle occasion de devenir leade(r|use).. Évalué à -6.

    Quand je dis un docteur, je ne précise pas le genre du docteur.

    Lorsque tu dis "un docteur", tu utilises le terme "un". Que tu le veuilles ou non, le terme "un" est un qualificatif de genre: soit masculin, soit neutre. Tu as donc DÉJÀ un qualificatif de genre dans ton truc, utiliser le bon genre n'est donc PAS un ajout.

    D'ailleurs, s'il existait un terme neutre en français (par exemple "houba"), tu utiliserais "houba docteur", qui CONTIENT un qualificatif de genre: houba.
    (évidemment, si le terme neutre existait réellement, le problème serait différent)

    Ce n'est donc pas un problème de langue mais de son interprétation.

    D'où le fait que je parlais du problème d'ambiguïté. De nouveau, si tu fais des photos de personnes androgyne, tu n'appliques PAS la stratégie prônée dans les pays anglo-saxons. La stratégie n'est PAS: "rendre neutre", la stratégie est "rendre neutre = laisser les gens appliquer leur préjugé. Il FAUT rendre explicitement non neutre dans un sens qui combat le préjugé".

    Donc, même si j'utilisais "houba" et que le préjugé serait en faveur des hommes, la stratégie anglo-saxonne serait de remplacer "houba" par "le/la" de la même façon que cette stratégie est d'afficher des photos de femmes au lieu de remplacer par des personnes androgynes.

    Pourquoi donc on devrait forcer le fait de véhiculer le genre de la personne ?

    Parce que le genre de la personne est DÉJÀ véhiculé (masculin/neutre ou féminin). C'est le cas général: un instituteur, une institutrice, un boulanger, une boulangère, ...
    La langue française informe du genre de l'individu dans la majorité des cas.
    Une solution pourrait être de changer TOUT CES CAS par du neutre. Sauf que bizarrement, ce n'est pas ce que tu prônes.
    Notons aussi que les cas "neutre" sont historiquement en général le résultat d'une volonté d'imposer le masculin (et PAS le neutre).

    D'autres ont montré ici que certains métiers, comme les estafettes, sont pourtant interprétés par une personne masculine par défaut malgré un genre de mot féminin.

    Exactement, le préjugé n'a pas grand chose à voir avec le déterminant (c'est également démontré par l'existence des mêmes préjugés en anglais). Mais la lutte contre le préjugé nécessite de rendre visible les cas qui s'opposent aux préjugés. Ici, on A un qualificatif de genre: le déterminant est utilisé dans pleiiiiin de cas pour faire exactement ça, et on a un déterminant.
    Il faudrait être bouché à l’émeri pour ne pas profiter de l'occasion.
    Et l'argument "dans ce cas, on va devoir dire 'un docteur noir non chrétien ....'" est foireux parce que la complication vient du faire qu'on ajoute artificiellement des informations. Ce n'est pas ce qu'on fait: on a les indicateurs de genre dès le départ, on ne fait que les utiliser de manière intelligente.

    Bref, il n'y a absolument aucun indice que ce matraquage linguistique aide en quoi que ce soit la cause féminine, les contre exemples que cela n'a pas d’incidence semblent trop nombreuses sans exemple en face pour étayer son efficacité supposée.

    Non, il n'y a AUCUN contre-exemple que cela n'a pas d'incidence. Ce que tu as, c'est le fait que le genre des mots n'est pas LA CAUSE PRINCIPALE. Et c'est TOUT.
    Par contre, il y a des arguments (et des études) sur le fait que la visibilité permet de lutter contre le préjugé (en ce basant sur le fait que l'absence de visibilité renforce les préjugés).
    C'est bien ce dont il s'agit ici: en appliquant explicitement cette règle, on rend incontournable la réalisation que le métier n'est pas forcément comme le décrit le préjugé.
    J'ai du mal à comprendre ceux qui s'obstine à prétendre, envers et contre tout, que cela ne peut être que déraisonnable de penser ça (à la limite, je veux bien qu'on ne soit pas d'accord, mais là, c'est carrément dire qu'il est évident que ce n'est pas le cas).
    Ironiquement, une partie de ceux qui s'opposent à ça n'ont aucun problème avec les concepts de "pensée uniques", "élément de langage (marketing ou politique)", "social cooling" ou autres, pourtant reposant sur exactement le même mécanisme, parfois même plus subtil.

    (À propos, on notera que estafette et sentinelle, ce sont des grades les plus bas dans la hiérarchie. Ce n'est pas un hasard)