• [^] # Re: Du Sextoy au "Dark Web"

    Posté par (site web personnel) . En réponse à la dépêche Revue de livre : La face cachée d’Internet, de Rayna Stamboliyska. Évalué à 0.

    Si l'on remet dans le contexte de l'époque, c'était clairement machiste. Il ne faut pas oublier que ces personnes étaient chrétiennes, l'idée était que le sexe masculin était fondamentalement meilleur que le sexe féminin, sexe fautif devant l'éternel du fait du péché originel... Le propos de ces réformes de l'époque était justement de diriger la grammaire française de l'époque (on est en train de fixer et normer le français à cette époque) à l'idéologie patriarcale. Du point de vue de ces réformateurs, il ne fait d'ailleurs aucun doute qu'à travers la langue est véhiculée une idéologie. C'est un peu l'hypothèse de Sapir-Whorf, comment la langue engendre une perception du monde.

    Pour se convaincre de l'idéologie dominante, machiste, des promoteurs de ces réformes, il suffit de citer Vaugelas, un proche de Richelieu, qui a joué un rôle important à l'époque à l'académie française, selon Wikipedia :

    Dans ce même ouvrage, Vaugelas invoque la noblesse du masculin pour justifier qu'il l'emporte sur le féminin :
    « Trois substantifs, dont le premier est masculin, et les autres deux féminins, quel genre ils demandent. Parce que le genre masculin est le plus noble, il prévaut tout seul contre deux ou plusieurs féminins, quoiqu’ils soient plus proches de leur adjectif. »

    Il n'y a pas de confusion dans le livre car l'autrice ne fait pas référence à la dénotation, ce à quoi renvoie concrètement un mot, de l'expression «un ministre» mais à la représentation sociale que l'expression véhicule. Les noms de fonctions sociales sont majoritairement "genrable" d'un genre à l'autre (bon, je l'accorde, ça serait à mieux vérifier), pourquoi créer une exception pour la fonction de ministre ? Ce que le livre l'Académie contre la langue française montre, c'est que, de pratiques existantes dans la diversité des façons de parler et écrire le français à l'époque, les fondateurs de l'académie française ont choisi de supprimer des noms de fonctions sociales existant au féminin et de changer le genre de nombreux termes (du masculin vers le féminin ou du féminin vers le masculin) selon que les valeurs associaient aux termes. Ce qui est intéressant, c'est qu'aujourd'hui, de nombreuses personnes refusent des politiques linguistiques qui changeraient la langue française pour mieux refléter des valeurs égalitaires ou équitables, sous prétexte que c'est la langue qui est comme ça, alors que les Académiciens du 17e ne se sont pas gênés pour faire ces choix.