• [^] # Re: A suivre

    Posté par . En réponse à la dépêche Open Source Seeds : les graines de tomates libres. Évalué à 6.

    Pourtant c'est là l'essentiel non ?

    L'agriculture est une activité économique, elle doit être viable. Déja qu'elle n'est pas rentable sans de multiples subventions, il faut quand même qu'elle soit capable d'être pérenne (ne serait-ce que pour rentabiliser les investissements). Si ta ferme bio-dynamique respectueuse de l'environnement et qui produit des machins qui ont du goît perd 100k€ par an, elle va vite être remplacée par une activité rentable.

    Bien sûr, la qualité peut se payer ; c'est d'ailleurs le cas (peut-être même un peu excessivement) avec les produits "bio". Tu peux aussi payer un peu plus cher pour une agriculture de proximité, favoriser les circuits courts, tout ça tu peux le faire.

    Il n'empêche, si tes machins ne poussent pas, tu ne peux rien vendre. Le manque de rendement est problématique pour plusieurs raisons ; déja pour la viabilité économique de ton activité, mais pas seulement. Si ta culture est pourrie de ravageur, la qualité ne va pas être au rendez-vous, les gens veulent bien payer plus cher pour du bio mais ils ne veulent pas se retrouver avec un vers dans chaque fruit ; il faut que ça soit mangeable. Il faut aussi que tu puisses assurer tes livraisons, si tu fais des paniers ou si tu as des clients réguliers, après 3 semaines de "ah je n'ai plus que des patates", tes clients vont se barrer. Il faut aussi que tes solutions ne soient pas pires que le mal (typiquement, le cas dont je parlais au-dessus : innonder ton champ de glyphosate avant de faire un semis sans labour). Enfin, le rendement a une importance pour le développement durable, le but est de nourrir une population sans cesse croissante avec une surface agricole constante. Dans ce contexte, l'agriculture "de qualité" à faible rendement est un luxe d'occidental, et condamne les Chinois à manger du riz issu d'une production industrielle polluante parce qu'on gâche nos surfaces agricoles à cultiver des trucs qui poussent mal.

    Il ne faut pas certes jeter le bébé avec l'eau du bain, la production industrielle actuelle est assez insipide, notamment (mais pas seulement) à cause de sélections variétales orientées sur des critères de productivité et de rentabilité économique au détriment des propriétés organoleptiques (ça claque hein?). Les semenciers ne sont pas complètement débiles, et ils sélectionnent aussi depuis quelques temps sur le goût. Mais bon, c'est aussi surtout la distribution qui est problématique ; cueillir les fruits avant maturité reste nécessaire pour les transporter dans de bonnes conditions, et ça, même sur une variété bio traditionnelle, ça fera toujours des fruits durs et pas très bons.

    Ce que je critique surtout, c'est la pensée bobo-Parisien, orientée vers le "c'était mieux avant", et "c'est meilleur quand c'est traditionnel". L'agriculture traditionnelle (avant la révolution agricole), c'était surtout des agriculteurs qui avaient du mal à nourrir leur famille, qui se tuaient la santé, qui dépendaient énormément des aléas de la météo, qui ne pouvaient pas stocker leur production car elle ne se conservait pas, qui se faisaient ravager par des insectes, des chenilles, des maladies diverses... bref, qui étaient bien contents de sortir quelque chose de leur terre, et qui se foutaient certainement pas mal du goût des légumes. D'ailleurs, trainer avec quelques "vieux" dans les coins bien reculés est assez instructif, la plupart du temps ils mangent assez mal, ils stockent leurs production "bio" du potager dans des vieux bidons d'essence rouillés, ils récoltent des trucs de la nature qui sont depuis interdits à la vente à cause de leur toxicité... Sérieusement, il faut bien comprendre que les stupidités du style "jardiner avec la lune", "culture bio-dynamique", "variétés traditionnelles", c'est des trucs hyper-récents ; une sorte de vague commerciale sur laquelle un certain nombre d'entreprises surfent pour vendre des légumes trois plus plus chers à une clientelle fortunée. Tout ça n'a rien de traditionnel, puisque l'agriculture traditionnelle, c'est plutôt de manger ce qu'on peut, des semences douteuses qui voulaient bien pousser et qui n'étaient pas trop bouffées par les bestioles.