• [^] # Re: les graines en France

    Posté par . En réponse à la dépêche Open Source Seeds : les graines de tomates libres. Évalué à 10.

    Ouais, il y a quand même pas mal d'idéologie là dedans, et il n'est pas nécessairement simple de déméler le vrai du faux.

    Déja, il y a des dizaines de milliers de variétés inscrites au catalogue, y compris des variétés traditionnelles. Le catalogue existe depuis très longtemps, et seule une toute petite partie est encore cultivée—autrement dit, il est quand même difficile de ne pas trouver chaussure à son pied dans ce catalogue.

    Ensuite, le but du catalogue est avant tout de protéger le consommateur, afin qu'il puisse identifier clairement ce qu'il achète. La variété est documentée de la graine à l'étal du maraicher, et c'est justement ce qui limite la fraude : on ne peut pas vendre une variété pour une autre, par exemple. En absence de catalogue, on pourrait donner n'importe quel nom à n'importe quelle variété. Que la logique du catalogue puisse bénéficier dans une certaine mesure à des grandes entreprises, c'est dans l'ordre des choses, les grandes entreprises ont assez de ressources et d'imagination pour tirer bénéfice de n'importe quel dispositif, et ce même si ce dispositif avait été mis en place justement pour lutter contre les grandes entreprises (c'est typiquement le cas du droit d'auteur, des brevets, etc).

    Enfin, il faut se renseigner un peu autour de ce que proposent certaines associations (on cite kokopelli plus bas), parce que c'est beaucoup plus compliqué que de plonger dans un discours "gentilles associations contre puissances de l'argent". D'une part, une grande partie de la com' de ces associations est fausse (beaucoup par exemple affirment que les lois liberticides rentent illégales les échanges ou la vente de graines entre particuliers, ce qui est complètement faux). D'autre part, elles ont tendances à se victimiser alors qu'à ma connaissance, tous les problèmes judiciaires qu'elles ont eu étaient liés à des petites et moyennes entreprises (notamment des boites qui vendent des graines par correspondance), pour concurrence déloyale, et pas du tout à des grands semenciers, qui se foutent comme de leur premier slip que des associations vendent des graines de plantes qui poussent mal. Il faut savoir quand même que les associations doivent respecter un certain nombre de règles quand elles concurrencent des acteurs économiques non-associatifs dans le secteur marchand, et elles se font condamner à juste titre quand elles ne le font pas. Il faut aussi comprendre que le problème de Kokopelli, par exemple, n'était pas du tout l'inscription de nouvelles variétés au catalogue (chose qu'on leur a proposé de faire gratuitement il y a plusieurs années). Certaines associations veulent pouvoir vendre des semences qu'elles appellent "paysannes", et qui sont des populations non-fixées. Ces mélanges ne sont pas stables dans le temps, on ne peut pas non plus les récolter pour les resemer à l'identique, bref, ils posent un réel problème parce qu'il est impossible de les caractériser et d'assurer la reproductibilité de la culture. Au fond, peu de "paysans" seraient intéressés par ces semences "paysannes", qui n'ont pas réellement d'intérêt agronomique (contrairement aux mélanges de variétés), et qui ne peuvent donc pas être inscrites au catalogue.

    Au passage, il ne faut pas non plus se faire intoxiquer par l'appellation "variété ancienne". Cette appellation est beaucoup utilisée par les industriels, et la très grande majorité des variétés qu'elles désignent sont au contraire très récentes. C'est un terme commercial qui désigne des variétés qu'on pense représenter ce que les consommateurs considèrent comme des variétés anciennes ; elles sont en effet moins productives et peut-être plus goûteuses que les variétés très productives, mais elles ne sont pas du tout anciennes. Les vraies variétés anciennes, d'une part, sont évidemment inscrites au catalogue (pour celles qui n'ont pas simplement disparu), et d'autre part, ont souvent une production catastrophique (faible productivité, grosses pertes, grosses sensibilités aux ravageurs, aux maladies, aux aléas climatiques...) sans pour autant avoir particulièrement plus de goût. La mode du "c'était mieux avant" sert avant tout à harponner un nouveau type de pigeon qui croit savoir mieux que tout le monde, mais c'est juste de la com.