• [^] # Re: Tu fais fuir

    Posté par . En réponse au journal Free Hardware Design, pour que le débat continue et que les initiatives se multiplient !. Évalué à -1.

    [ Désolé pour le gros hors-sujet ]

    il n'y a pas qu'une manière de faire, il n'y a pas une méthode parfaite non plus), ni d'évident (pas tout le monde est d'accord sur le fonctionnement à avoir)

    C'est précisément pour cela qu'il est important de garder un fonctionnement ouvert et modulable, adapté au contexte et aux acteurices en présence. Ce qui est manifestement incompatible avec la représentation monarchique et/ou parlementaire.
    (Prétendre qu'une ou même 577 personnes peuvent résoudre tous nos problèmes du haut de leur tour d'ivoire, c'est au mieux prétentieux, et plus réalistiquement malhonnête)

    Bah non, tu rejettes tous les soucis sur les politiciens, donc rappeler que les citoyens ont leur part de responsabilité me semble important.

    Oui, nous sommes bien d'accord. Sauf qu'on nous refuse cette part de responsabilité. L'implication des citoyen-ne-s est systématiquement (dé)limitée, encadrée. Aussi bien à Notre Dame des Landes, qu'à Bure, que dans un tas de petites autres communes où l'État, le département ou la mairie veut exproprier des familles qui ont grandi là, l'avis local est tout simplement ignoré par "nos" représentant-e-s (qui ne représentent qu'elleux mêmes et qui sera assez dupe pour les suivre). C'est aussi l'histoire des expulsions de squats qui disposent d'un grand soutien populaire dans leur quartier.

    Les titres et privilèges associés au mandat politique se portent bien, n'en déplaisent à celles et ceux qui crièrent l'abolition des privilèges en 1789 (qui doivent se retourner dans leur tombe).

    Cela reste les 4 idées majeures exprimées, oui d'autres gens ont exprimé encore autre chose, j'en conviens, mais ce n'est pas avec les 10% qui ne se retrouvent pas dans les 4 idées maitresses que tu as un problème.

    C'est surtout les 4 idées majeures que les grands groupes politiques, industriels et médiatiques ont bien voulu diffuser sur leurs antennes. Tu remarqueras que ces 4 projets politiques ne sont en rien menaçant pour l'oligarchie : aucun ne propose le partage des richesses (l'abolition de la propriété privée), la libre circulation pour tou-te-s (sans papiers ni frontières), ou encore la suppression de la police et des prisons... De même qu'aucun ne propose de véritable politique de la culture libre, de la participation citoyen-ne, ou du partage des savoirs.

    Ces quatres programmes sont identiques dans leurs fondements (autorité, propriété, contrôle, inégalités) mais prennent des formes différentes. Macron et Le Pen par exemple défendent tou-te-s les deux la chasse aux migrant-e-s, réfugié-e-s et sans-papiers, sauf que l'un se dit pour l'échange international et inaugure à Paris la dernière tour de Babel du grand capital, alors que l'autre assume son côté raciste et ne fait pas - dans le discours - de différence entre les noir-e-s/arabes riches et les pauvres.

    Ce n'est pas au final la tête ou ses idées qui importent tant que le système qui encadre le mandat est une république bananière qui ne possède que très peu (et d'autant moins depuis l'État d'urgence) des critères définissant un État de droit.

    Mais bon, si pour toi ces 10% ont plus d'importance que les 90%, je pense qu'on va avoir un soucis à dialoguer.

    Pourquoi plus importants ? Pourquoi pas considérer à égalité ces deux groupes ? « Tant qu'une personne n'est pas libre, personne n'est libre »

    Deux visions majeures de la démocratie s'opposent : la dictature de la majorité (démocraties représentatives, monarchies parlementaires, etc.) et la coopération consensuelle (anarchisme et autres municipalisme libertaire, confédérations libres).

    Personnellement, je ne vois pas de raison de considérer que l'avis d'une personne est moins valable qu'une autre juste parce qu'elle est en minorité numérique. De la même façon que je fais plus confiance à 10 webdesigners qu'à 577 député-e-s pour faire un site web, il me semble plus intéressant de laisser les ouvrier-e-s elleux-même relater et solutionner leur situation de domination économique, de même que de laisser aux personnes racisées l'initiative d'analyser leurs expériences du racisme (souvent invisibilisées) et d'avancer collectivement.

    C'est une question de confiance et de concentration ou de distribution de la confiance. La démocratie représentative fait peser de lourdes responsabilités sur une oligarchie de quelques milliers d'individus (industriels, figures médiatiques, actionnaires, politicien-ne-s, universitaires, artistes) qui sont chargés, sur le papier du moins, de mener la société à un meilleur état. Pourtant, cette responsabilité s'accompagne de nombreux privilèges, de prises de pouvoir, et d'un accaparement en fait de la politique en tant qu'outil d'organisation de la vie collective.

    À l'inverse, une commune libre (comme un squat ou une ZAD) repose le plus souvent sur des groupes de travail et/ou des groupes affinitaires qui établissent des objectifs et des moyens communs pour y parvenir, le plus souvent sur la base du consensus. Le vote est souvent considéré en milieu anarchiste comme un outil de division qui entérine un désaccord alors que dans 90% des cas il suffit de chaque côté de mettre son égo de côté pour trouver une solution qui convient à tou-te-s.

    beaucoup de français (pas tous) sont dégoûtés par les méthodes de la CGT ou assimilés. À force d'utiliser la grève pour tout et n'importe quoi

    C'est surtout que nombre de syndicats dont la CGT, conçus initialement pour organiser les travailleureuses contre le patronat et pour la redistribution équitable des richesses (de chacun-e selon ses moyens, à chacun-e selon ses besoins), sont devenus (au moins au niveau fédéral) des institutions de contrôle social qui organisent des parades dans les rues pour célébrer leur message politique, sans plus porter ni d'idées ni d'actions qui poussent les choses à changer de fait.

    C'est pourquoi nombre de militant-e-s s'organisent hors de ces structures rigides avec une hiérarchie stricte, beaucoup de privilèges, et peu de remise en question. Il existe même des syndicats autogérés (organisation horizontale), comme la Confédération Nationale du Travail (CNT) par exemple, qui n'a pas de permanent-e-s (fonctionnement bénévole) ni de dirigeant-e-s.

    Et pourtant, même à la CGT, certaines cellules continuent (il faut le dire, avec le mépris des instances nationales) à mener des actions exemplaires, comme encore récemment à Rungis où une grève a permis d'obtenir la régularisation de plus d'une centaine de travailleurs.

    On vit pourtant dans un pays où tout citoyen peut bénéficier d'argents et de moyen pour se loger et se nourrir. C'est quand même un peu fort le café de prétendre qu'ils n'ont que la rue et le fait de mendier pour subvenir à ces besoins élémentaires.

    C'est beaucoup plus compliqué en pratique. Il est possible de se retrouver à la rue très vite (impayés de loyer, conflit familial, expulsion illégale) et une fois à la rue il est très compliqué de parvenir aux aides sociales, ne serait-ce que parce qu'il faut une domiciliation où récupérer (régulièrement) du courrier. Dans les grandes villes, des associations organisent des maraudes et distributions, mais ce n'est pas le cas partout, et il faut un certain temps d'adaptation pour s'en sortir dans ce mode de vie et ses contraintes.

    Et puis le RSA par exemple n'existe qu'à partir de 25 ans. Pour le RSA jeunes, il faut avoir pu travailler 1 an d'affilée de façon déclarée, ce qui est quasi-impossible pour quelqu'un se retrouvant à la rue avant ses 20 ans, et pas du tout gagné au-delà (par exemple, pour les personnes menant des études).

    Quant au droit au logement, c'est une belle blague. Une demande de droit au logement met plusieurs années/décennies à aboutir, et les recours légaux devant les tribunaux demandent d'avoir déjà patienté plusieurs années (5 ans dans mon département) pour ne serait-ce que demander une réponse. De plus en plus de logements sont détruits pour construire des immeubles de bureau et des résidences Kaufman Broad / Nexity (gentrification), de plus en plus de fonds publics sont affectés au logement, et pourtant de plus en plus de gens finissent à la rue.

    On vit tout de même dans un pays où des gens meurent à la rue alors que des centaines de milliers de logements et des milliers d'immeubles sont vides (je ne parle pas d'une utilisation partielle type résidence secondaire), et où des gens meurent de faim alors que la nourriture déborde des poubelles de tous les supermarchés.

    Loin de moi l'idée de dire que la France est le pire endroit sur terre ou quoi que ce soit du genre, mais il faut faire la part des choses. La France est-elle réellement la république et la démocratie exemplaires, la terre des droits de l'Homme, qu'elle prétend être ? Certainement pas, sans pourtant être la pire des tyrannies.

    Comme disait Coluche à propos de la démocratie représentative :
    « La dictature, c'est "ferme ta gueule". La démocratie, c'est "Cause toujours" »