• [^] # Re: Il y a un mais !

    Posté par . En réponse à la dépêche Grammalecte, correcteur grammatical [2]. Évalué à 5.

    Fil intéressant sur la classification des verbes, en particulier celle du verbe « aller ». Le sujet dont on parle dans ce journal étant la grammaire, j'ai choisi de répondre à ce commentaire en particulier car j'y ai détecté une erreur fréquente qui passe inaperçue auprès de grammalecte. Je commencerai donc ma réponse par une petite digression, bien que je te rejoigne entièrement sur la classification de « aller » dans le troisième groupe (ainsi que sur celle de « envoyer » dans le troisième également).

    Voici la faute :

    N'oublie pas que le français reste une langue avec un historique important dont pour uniformiser les usages on a conçu l'Académie Française pour rationaliser cet historique.

    un mauvais usage du pronom relatif « dont », pourtant bien utilisé dans la phrase qui suit :

    ce qui peut faire rire étant donné la quantité d'exceptions dont bénéficient notre langue

    même si ici le verbe est mal conjugué, son sujet étant « notre langue » qui est singulier. ;-)

    Le pronom relatif « dont » introduit un groupe nominal objet, normalement introduit par la préposition « de », lorsque celui est placé avant le groupe verbal. La deuxième utilisation (celle qui est correcte) correspondant à : « notre langue bénéficie de quantité d'exceptions ». Une telle construction est souvent utilisée pour élaborer un groupe nominal sujet afin d'éviter l'usage d'une subordonnée relative (introduite par « qui »). Exemples :

    • notre langue bénéficie de quantité d'exceptions qui peuvent faire rire.
    • la quantité d'exceptions dont bénéficie notre langue peuvent faire rire.

    Revenons maintenant à la classification du verbe « aller ». Olivier a écrit dans un de ces commentaires :

    Pour ma part, je juge discutable la classification, et quand ça sort de nulle part sans explication crédible, je me demande qui, quoi, pourquoi, s’il y a une meilleure explication que « c’est comme ça ».

    et pourtant tu lui as donné le principe déterminant la classification dans le premier groupe : verbe dont l'infinitif est en « er » dont (:-P1 ) le radical ne subit pas d'altération lors de sa conjugaison. On peut toujours vouloir choisir un autre principe de classification (chacun est libre de choisir les principes qu'il veut après tout), mais qualifier celui-ci d'explication qui sort de nulle part est un peu fort de café, me semble-t-il.

    En ce qui concerne le verbe « aller », son radical subit une transformation dans plusieurs temps ce qui le disqualifie (selon ce principe) pour appartenir au premier groupe. Exemples : je vais, tu vas, il va, ils vont, j'irai, tu iras, il ira, nous irons, vous irez, ils iront...

    Les soient disantes irrégularités du premier groupe ne concernent jamais une altération du radical, mais des adaptations de la terminaison pour des raisons de sonorité comme le « e » dans « nous mangeons » ou le « ç » dans « nous lançons ».

    Pour ce qui est du verbe « renvoyer », la stricte parenté de conjugaison avec le verbe « voir » (en dehors du participe passé dérivé en conformité avec sa terminaison en « er ») me semble être un bon principe pour le classifier dans le troisième groupe. Prendre, par exemple, son comportement au futur (où le radical est altéré) :

    • j’enverrai
    • tu enverras
    • il enverra
    • nous enverrons
    • vous enverrez
    • ils enverront

    et le comparer à celui d'un verbe du premier groupe avec la même terminaison comme « louvoyer » :

    • je louvoierai
    • tu louvoieras
    • il louvoiera
    • nous louvoierons
    • vous louvoierez
    • ils louvoieront

    Pour répondre au principe d'Olivier qui invoquait le nombre de règles dont se sert grammalecte entre le premier et le troisième groupe. D'une manière générale, comme je l'avais déjà dit dans ton autre dépêche, je considère que les problèmes algorithmiques liés à la correction grammaticale sont analogues à ceux que l'on rencontre dans la vérification et l'inférence de types dans l'écriture de compilateur de langages de programmation. Je salue la performance de ton logiciel ainsi que ton travail mais, si les expressions régulières sont fort utiles pour de l'analyse lexicale, le choix de construire un moteur entier d'analyse grammaticale autour des expressions régulières est déjà, en soi, une option discutable2 . Mais si, de plus, tu te fondes sur un tel choix pour justifier ta classification des verbes alors là je ne peux absolument plus te suivre; et il y a peu de chance que tu arrives à faire des émules chez les grammairiens (ce que je ne suis pas, mais je n'en ai jamais lu un qui classifiait « aller » dans le premier groupe).


    1. il s'agit ici d'un autre usage du pronom « dont » qui introduit un sous-ensemble d'un groupe nominal.

    2. Voir, par exemple, l'approche des grammaires catégoriques et la façon dont leur algorithme vérifie la bonne formation de la phrase en anglais : « the bad boy made that mess ».

    Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.