Une bonne partie de l'argent récolté sert en effet à financer des brevets sur les médicaments
C'est le genre d'affirmations qui me semblent plus de douteuses, sans contexte. Ça m'étonnerait que beaucoup d'associations refilent de l'argent à Servier directement, c'est en général de l'argent qui va financer la recherche publique. Or, la recherche publique dans le domaine biomédical est en permanence en train de cirer les pompes du privé, mais de là à dire que l'argent public sert à financer des brevets, c'est un peu n'importe quoi.
Ce qui se passe souvent, c'est plutôt que les organismes de recherche se comportent comme les privés, et qu'ils essayent de monnayer (on dit «valoriser» quand on veut faire croire que c'est éthique) les découvertes faites avec de l'argent public. Ça permet de faire payer plusieurs fois la recherche (une fois par les impôts, une deuxième fois par les brevets). Mais je pense qu'il est tout à fait possible pour les associations qui financent la recherche d'interdire un certain nombre de choses, c'est à eux de voir avec leurs juristes les conditions de partage de la propriété intellectuelle.
Si on souhaite retirer aux entreprises pharmaceutiques la possibilité d'exploiter en exclusivité les médocs qu'elles sont mis au point (la plupart du temps, ça n'est pas de la découverte, c'est plus un boulot technique (mais coûteux) de mise en place des autorisations de mise sur le marché et la publicité pour que les médecins les prescrivent), alors il faut trouver un mode de rémunération alternatif du développement des médocs. Soit le confier à un organisme public, soit trouver un moyen de payer le développement autrement que par les marges sur les ventes (par exemple en «achetant» des licences d'exploitation et en les mettant à disposition de la concurrence). C'est évidemment possible de légiférer contre les brevets sur les médocs, mais il ne faudra pas s'étonner qu'il n'y ait plus de nouveaux médicaments. C'est déja plus ou moins le cas, diraient certains, mais c'est paradoxal avec l'affirmation que les nouveaux médocs sont hors de prix.
De toutes manières, il est totalement impensable de légiférer tout seul dans son coin ; on est liés par les traités européens et par les traités de l'OMS, qu'on ne peut pas dénoncer unilatéralement parce que c'est eux qui nous permettent d'écouler notre pinard et nos bagnoles hors de nos frontières. On pourrait évidemment souhaiter que les boîtes pharma imposent des tarifs raisonnables, mais c'est déja ce qu'ils prétendent faire, sans qu'on n'ait vraiment d'arguments à leur opposer (quelque part, il ne faut pas oublier les coûts qu'on leur impose par la constitution de dossiers gigantesques pour avoir le droit de vendre un médoc dans chaque pays...). Demander à des boîtes privées monopolistiques d'être raisonnables sur les marges, c'est d'ailleurs profondément absurde, et c'est même ça qui est à la base du «dogme» de la concurrence libre en Europe (qui est une disposition qu'on considère souvent comme caricaturalement "ultra-capitaliste", alors qu'elle existe à la base pour éviter une dérive du capitalisme...).
# Pas très précis
Posté par arnaudus . En réponse au journal Brevets et argent public. Évalué à 2. Dernière modification le 01 mai 2017 à 14:02.
C'est le genre d'affirmations qui me semblent plus de douteuses, sans contexte. Ça m'étonnerait que beaucoup d'associations refilent de l'argent à Servier directement, c'est en général de l'argent qui va financer la recherche publique. Or, la recherche publique dans le domaine biomédical est en permanence en train de cirer les pompes du privé, mais de là à dire que l'argent public sert à financer des brevets, c'est un peu n'importe quoi.
Ce qui se passe souvent, c'est plutôt que les organismes de recherche se comportent comme les privés, et qu'ils essayent de monnayer (on dit «valoriser» quand on veut faire croire que c'est éthique) les découvertes faites avec de l'argent public. Ça permet de faire payer plusieurs fois la recherche (une fois par les impôts, une deuxième fois par les brevets). Mais je pense qu'il est tout à fait possible pour les associations qui financent la recherche d'interdire un certain nombre de choses, c'est à eux de voir avec leurs juristes les conditions de partage de la propriété intellectuelle.
Si on souhaite retirer aux entreprises pharmaceutiques la possibilité d'exploiter en exclusivité les médocs qu'elles sont mis au point (la plupart du temps, ça n'est pas de la découverte, c'est plus un boulot technique (mais coûteux) de mise en place des autorisations de mise sur le marché et la publicité pour que les médecins les prescrivent), alors il faut trouver un mode de rémunération alternatif du développement des médocs. Soit le confier à un organisme public, soit trouver un moyen de payer le développement autrement que par les marges sur les ventes (par exemple en «achetant» des licences d'exploitation et en les mettant à disposition de la concurrence). C'est évidemment possible de légiférer contre les brevets sur les médocs, mais il ne faudra pas s'étonner qu'il n'y ait plus de nouveaux médicaments. C'est déja plus ou moins le cas, diraient certains, mais c'est paradoxal avec l'affirmation que les nouveaux médocs sont hors de prix.
De toutes manières, il est totalement impensable de légiférer tout seul dans son coin ; on est liés par les traités européens et par les traités de l'OMS, qu'on ne peut pas dénoncer unilatéralement parce que c'est eux qui nous permettent d'écouler notre pinard et nos bagnoles hors de nos frontières. On pourrait évidemment souhaiter que les boîtes pharma imposent des tarifs raisonnables, mais c'est déja ce qu'ils prétendent faire, sans qu'on n'ait vraiment d'arguments à leur opposer (quelque part, il ne faut pas oublier les coûts qu'on leur impose par la constitution de dossiers gigantesques pour avoir le droit de vendre un médoc dans chaque pays...). Demander à des boîtes privées monopolistiques d'être raisonnables sur les marges, c'est d'ailleurs profondément absurde, et c'est même ça qui est à la base du «dogme» de la concurrence libre en Europe (qui est une disposition qu'on considère souvent comme caricaturalement "ultra-capitaliste", alors qu'elle existe à la base pour éviter une dérive du capitalisme...).