Comment peut-on lire "attention, ce n'est pas de l'élitisme" et ensuite conclure simplement à de l'élitisme sans se poser de questions sur l'incohérence ?
Dans un monde où on est entouré de gens qui écrivent "je ne veux pas te contredire, mais ...", ou bien "très bon travail, mais ..." ou encore le célèbre "je ne suis pas raciste, mais ...", tu ne peux pas écrire en substance "je ne suis pas élitiste, mais ..." et espérer une lecture littérale de ce que tu écris. Une annonce comme ça n'est pas un argument qui sera pris en compte par le lecteur, c'est au mieux l'annonce d'un thème de ton argumentation que tu développeras par la suite. Si tu ne développes pas, ou si, comme dans le cas présent, tu développes essentiellement un argumentaire qui va dans le sens contraire (5 raisons de ne pas soutenir la mise en libre accès des publications scientifiques), cette remarque ne sera pas prise en compte et c'est normal.
Dernier conseil de communication : quand on n'est pas d'accord avec quelqu'un, on évite d'écrire "Je suis parti du principe que je ne m'adresse pas à des enfants de 10 ans", parce que que le lecteur va comprendre "la personne avec qui je suis en désaccord est comme un enfant de 10 ans". (Dans le même genre, "Tant qu'il y aura des cons pour dire des conneries sur ce qu'est la recherche et les publications, ..." n'était pas très heureux: tu ne me visais sans doute pas personnellement en l'écrivant, mais il est difficile pour un lecteur de ne pas faire le rapprochement.)
Je pense m'arrêter là. Dans mon premier message, j'ai donné des arguments contraires aux tiens, soutenant l'importance d'une diffusion libre des articles scientifiques. (Mon argument d'ensemble était que le "grand public" est vaste et mal défini, et contient de nombreuses personnes qui auraient en fait l'usage de ces articles.) Dans mon second message, j'ai expliqué en quoi ton message, qui ne soutient pas du tout la mise en libre accès des publications et tire la couverture vers un autre problème, est indistinguable d'un message d'une personne dont les intérêts seraient de freiner le libre accès (et les attentes des non-spécialistes à ce sujet). Dans mon troisième message, j'ai essayé de montrer comment cet effet d'ensemble apparaît dans ton message malgré les deux petites phrases contraires que tu y as laissées.
Puisque tu dis que tu te demandes ce que j'aurais écrit moi : j'ai trouvé cette vidéo très bien faite et je pense qu'elle sait admirablement communiquer au grand public les discussions autour de l'Open Access qui ont lieu dans le milieu scientifique (peut-être n'insiste-t-elle pas assez sur la question de la valorisation des publications liée au statut des revues, qui est essentielle pour comprendre l'inertie des chercheurs sur cette question). J'ai surtout retenu des discussions autour de cette vidéo le degré d'ignorance profond qu'a le grand public des mécanismes d'édition scientifique, avec des réponses dans les commentaires Youtube (qui valent la lecture) du niveau de "mais si on rend l'accès libre et gratuit, ça veut dire que les chercheurs ne seront plus payés pour leurs articles ?!", ou la version agressive "tout travail mérite salaire, cette vidéo est de la propagande gauchiste". Je pense que c'est intéressant et que ça veut dire que c'est aussi à nous, les scientifiques, de faire un travail de communication et d'information autour du contenu scientifique de notre travail, mais aussi des moyens de sa production1. Je pense que ton message (et, malheureusement, notre discussion derrière) n'a pas apporté grand chose à ce travail de communication, et c'est dommage.
1: La raison pour laquelle je considère qu'informer le grand public sur notre travail est notre devoir est simple : c'est lui qui le finance. Les milieux de la recherche se plaignent, à juste titre, des politiques de (non) financement de la recherche par les gouvernants, mais leurs choix sont directement liés à la perception qu'ont les citoyens de notre travail, ainsi qu'aux discussions entre les chercheurs et l'administration qui les encadre.
[^] # Re: Pour ceux qui ne connaîtrait pas ...
Posté par gasche . En réponse au journal Création d'une revue scientifique libre et sceptique. Évalué à 2.
Dans un monde où on est entouré de gens qui écrivent "je ne veux pas te contredire, mais ...", ou bien "très bon travail, mais ..." ou encore le célèbre "je ne suis pas raciste, mais ...", tu ne peux pas écrire en substance "je ne suis pas élitiste, mais ..." et espérer une lecture littérale de ce que tu écris. Une annonce comme ça n'est pas un argument qui sera pris en compte par le lecteur, c'est au mieux l'annonce d'un thème de ton argumentation que tu développeras par la suite. Si tu ne développes pas, ou si, comme dans le cas présent, tu développes essentiellement un argumentaire qui va dans le sens contraire (5 raisons de ne pas soutenir la mise en libre accès des publications scientifiques), cette remarque ne sera pas prise en compte et c'est normal.
Dernier conseil de communication : quand on n'est pas d'accord avec quelqu'un, on évite d'écrire "Je suis parti du principe que je ne m'adresse pas à des enfants de 10 ans", parce que que le lecteur va comprendre "la personne avec qui je suis en désaccord est comme un enfant de 10 ans". (Dans le même genre, "Tant qu'il y aura des cons pour dire des conneries sur ce qu'est la recherche et les publications, ..." n'était pas très heureux: tu ne me visais sans doute pas personnellement en l'écrivant, mais il est difficile pour un lecteur de ne pas faire le rapprochement.)
Je pense m'arrêter là. Dans mon premier message, j'ai donné des arguments contraires aux tiens, soutenant l'importance d'une diffusion libre des articles scientifiques. (Mon argument d'ensemble était que le "grand public" est vaste et mal défini, et contient de nombreuses personnes qui auraient en fait l'usage de ces articles.) Dans mon second message, j'ai expliqué en quoi ton message, qui ne soutient pas du tout la mise en libre accès des publications et tire la couverture vers un autre problème, est indistinguable d'un message d'une personne dont les intérêts seraient de freiner le libre accès (et les attentes des non-spécialistes à ce sujet). Dans mon troisième message, j'ai essayé de montrer comment cet effet d'ensemble apparaît dans ton message malgré les deux petites phrases contraires que tu y as laissées.
Puisque tu dis que tu te demandes ce que j'aurais écrit moi : j'ai trouvé cette vidéo très bien faite et je pense qu'elle sait admirablement communiquer au grand public les discussions autour de l'Open Access qui ont lieu dans le milieu scientifique (peut-être n'insiste-t-elle pas assez sur la question de la valorisation des publications liée au statut des revues, qui est essentielle pour comprendre l'inertie des chercheurs sur cette question). J'ai surtout retenu des discussions autour de cette vidéo le degré d'ignorance profond qu'a le grand public des mécanismes d'édition scientifique, avec des réponses dans les commentaires Youtube (qui valent la lecture) du niveau de "mais si on rend l'accès libre et gratuit, ça veut dire que les chercheurs ne seront plus payés pour leurs articles ?!", ou la version agressive "tout travail mérite salaire, cette vidéo est de la propagande gauchiste". Je pense que c'est intéressant et que ça veut dire que c'est aussi à nous, les scientifiques, de faire un travail de communication et d'information autour du contenu scientifique de notre travail, mais aussi des moyens de sa production1. Je pense que ton message (et, malheureusement, notre discussion derrière) n'a pas apporté grand chose à ce travail de communication, et c'est dommage.
1: La raison pour laquelle je considère qu'informer le grand public sur notre travail est notre devoir est simple : c'est lui qui le finance. Les milieux de la recherche se plaignent, à juste titre, des politiques de (non) financement de la recherche par les gouvernants, mais leurs choix sont directement liés à la perception qu'ont les citoyens de notre travail, ainsi qu'aux discussions entre les chercheurs et l'administration qui les encadre.