Ton argument d'ensemble c'est "de toute façon le grand public ne peut pas comprendre ces travaux et, pire, ils peuvent s'en servir pour faire n'importe quoi (du climato-scepticisme par exemple).". Je ne suis pas du tout d'accord.
D'une part je trouve ça incroyablement élitiste de dire à des gens qui nous financent avec leurs impôts : "vous êtes trop con-ne-s pour comprendre". Par ailleurs l'idée que les gens pourraient se servir de la connaissance scientifique pour faire des bêtises est complètement antidémocratique et pourrait justifier des atteintes incroyables aux libertés individuelle; on n'interdit pas aux gens de lire les journaux par crainte qu'ils interprètent les informations de travers.
Ensuite, en plus d'être très douteux sur un plan idéologique, c'est aussi complètement faux en pratique. Il suffit qu'une petite partie de la population soit intéressée (et informée) pour que ça puisse avoir un impact positif. Il y a dans l'histoire des cas (peu nombreux, mais présents tout de même) de hobbyistes qui ont apporté des idées importants à la science; ils ne pourraient pas faire ça si toutes les connaissances scientifiques avaient été mises sous clé.
Plus près de nous, l'exemple le plus typique est celui des étudiants. Le fait d'avoir accès à des publications scientifiques est une chance incroyable pour les gens qui commencent à s'intéresser à un domaine (et non, elles ne sont pas toutes totalement incompréhensibles; ça dépend du style d'écriture, du domaine, etc.), peut créer des vocations pour la recherche. Je fais de la recherche en informatique, et j'ai fait toutes mes études post-bac dans un établissement qui n'était pas inscrit à la bibliothèque digitale de l'ACM; autant dire que si le seul accès aux articles était par ces bibliothèques à l'abonnement payant, je serais parti avec un handicap considérable par rapport à d'autres personnes qui s'intéressent au domaine.
Enfin, il y a plein d'exemples de gens qui ont des connaissances techniques avancées et qui se servent de la littérature scientifique sur un sujet (qu'ils ne connaissent pas forcément très bien) pour faire des choses utiles pour la société. Un exemple typique est la médecine : il y a des gens qui se passionnent pour un problème de santé qui les touche directement ou par un proche, et qui sont demandeurs d'accès à la littérature en recherche médicale sur le sujet. Il y a des gens qui vont lire les articles de travers et casser les pieds à leur médecins de façon peu productive (mais pour ça pas besoin d'avoir accès à des articles scientifiques), mais il y a aussi des gens qui peuvent avoir la combinaison de connaissances et de motivation pour faire progresser le domaine, cf. par exemple ce cas du père d'un enfant handicapé, pas du tout biologiste de formation (c'est un informaticien) qui a fait énormément progresser la recherche sur la maladie génétique rare qui touchait son fils.
[^] # Re: Pour ceux qui ne connaîtrait pas ...
Posté par gasche . En réponse au journal Création d'une revue scientifique libre et sceptique. Évalué à 4.
Ton argument d'ensemble c'est "de toute façon le grand public ne peut pas comprendre ces travaux et, pire, ils peuvent s'en servir pour faire n'importe quoi (du climato-scepticisme par exemple).". Je ne suis pas du tout d'accord.
D'une part je trouve ça incroyablement élitiste de dire à des gens qui nous financent avec leurs impôts : "vous êtes trop con-ne-s pour comprendre". Par ailleurs l'idée que les gens pourraient se servir de la connaissance scientifique pour faire des bêtises est complètement antidémocratique et pourrait justifier des atteintes incroyables aux libertés individuelle; on n'interdit pas aux gens de lire les journaux par crainte qu'ils interprètent les informations de travers.
Ensuite, en plus d'être très douteux sur un plan idéologique, c'est aussi complètement faux en pratique. Il suffit qu'une petite partie de la population soit intéressée (et informée) pour que ça puisse avoir un impact positif. Il y a dans l'histoire des cas (peu nombreux, mais présents tout de même) de hobbyistes qui ont apporté des idées importants à la science; ils ne pourraient pas faire ça si toutes les connaissances scientifiques avaient été mises sous clé.
Plus près de nous, l'exemple le plus typique est celui des étudiants. Le fait d'avoir accès à des publications scientifiques est une chance incroyable pour les gens qui commencent à s'intéresser à un domaine (et non, elles ne sont pas toutes totalement incompréhensibles; ça dépend du style d'écriture, du domaine, etc.), peut créer des vocations pour la recherche. Je fais de la recherche en informatique, et j'ai fait toutes mes études post-bac dans un établissement qui n'était pas inscrit à la bibliothèque digitale de l'ACM; autant dire que si le seul accès aux articles était par ces bibliothèques à l'abonnement payant, je serais parti avec un handicap considérable par rapport à d'autres personnes qui s'intéressent au domaine.
Enfin, il y a plein d'exemples de gens qui ont des connaissances techniques avancées et qui se servent de la littérature scientifique sur un sujet (qu'ils ne connaissent pas forcément très bien) pour faire des choses utiles pour la société. Un exemple typique est la médecine : il y a des gens qui se passionnent pour un problème de santé qui les touche directement ou par un proche, et qui sont demandeurs d'accès à la littérature en recherche médicale sur le sujet. Il y a des gens qui vont lire les articles de travers et casser les pieds à leur médecins de façon peu productive (mais pour ça pas besoin d'avoir accès à des articles scientifiques), mais il y a aussi des gens qui peuvent avoir la combinaison de connaissances et de motivation pour faire progresser le domaine, cf. par exemple ce cas du père d'un enfant handicapé, pas du tout biologiste de formation (c'est un informaticien) qui a fait énormément progresser la recherche sur la maladie génétique rare qui touchait son fils.