• # Quelques précisions

    Posté par . En réponse au journal j'ai testé... devenir radioactif. Évalué à 10.

    Plop,

    Ayant eu l'occasion d'étudier le sujet comme tout médecin, je pense être en mesure d'apporter quelques explications. Comme d'habitude, tu sembles avoir eu les explications minimalistes, assénées à l'impératif, qui suffisent pour un patient pas très malin qui obéit sans poser de questions. Et, comme d'habitude, tu es plus malin que ce que pense le personnel médical et paramédical, ce qui n'est vraiment pas dur.

    Le produit utilisé est du 18-fluorodéoxyglucose (18-FDG). C'est donc une molécule de glucose à laquelle on a retiré un atome d'oxygène (déoxy-) qu'on a remplacé par un atome de Fluor 18 (18-fluoro-). C'est un analogue partiel du glucose : il est capable de rentrer dans une cellule, mais pas d'être consommé (l'oxydation du glucose commence par l'atome d'oxygène qui a été remplacé par un fluor, ce qui bloque les enzymes chargées de cette étape). Résultat, le fluor radioactif reste gentiment dans les cellules où il est entré. Il va s'y désintégrer en oxygène en émettant un positon. Le positon est une particule d'antimatière qui va aller taper dans l'électron le plus proche, s'annihilant et émettant deux photons d'énergie connue. Ces photons sont extrêmement énergétiques, ce qui leur permet de sortir de ton corps.

    Une gamma-caméra extérieure va capter ce photon, ainsi que tous ses petits copains, et va en déduire les zones les plus radioactives. À l'issue d'une TEP, on a donc une carte des zones radioactives et c'est tout. On couple donc cette carte à un scanner plus classique pour en tirer une carte des activités métaboliques par organe. En effet, comme on a vu, le 18-FDG entre dans les cellules comme s'il était du glucose. On déduit donc quelles zones consomment beaucoup de glucose, et donc beaucoup d'énergie.

    Quels sont les risques ?
    L'irradiation est faible. Il y a, dans les premières heures qui suivent une TEP-FDG, une excrétion faible mais non nulle de 18-fluor. De plus, durant la décroissance radioactive du 18-fluor, tu es émetteur de radioactivité. La demi-vie du 18-fluor est d'une heure et 50 minutes, et on peut considérer que tu n'es plus radioactif du tout au bout de 10 demi-vies (division par 1024 de la radioactivité). Cette émission, là encore, est faible mais non nulle (et maximale dans les deux heures qui suivent l'injection). Trois paramètres peuvent protéger l'entourage : le temps (radioactivité divisée par deux toutes les 1h50), la distance (la radioactivité reçue décroit avec le carré de la distance à la source) et les écrans (une feuille de métal sufffit, plus c'est dense mieux c'est mais avec un millimètre de métal quelconque tu quasi-supprimes déjà l'irradiation).

    Cette irradiation faible est largement en deçà de toutes les doses pour lesquelles on a pu mettre en évidence des effets des irradiations. Cependant, par précaution, on préfère te demander d'uriner dans des toilettes spéciales juste après l'injection, afin de stocker ces urines pour ne pas les relâcher dans la nature. De plus, comme les cellules sont particulièrement sensibles à l'irradiation au moment des mitoses et que la sensibilité d'une population cellulaire dépend de son besoin de multiplication immédiat et à l'avenir, on préfère t'éloigner des deux populations considérées comme à risque : les enfants et les fœtus. Note bien qu'on n'a jamais mis en évidence d'effets radio-induits par simple contiguïté : c'est uniquement de la précaution.

    Comme tu le fais remarquer, le personnel se protège des radiations. La raison en est simple : si, pour toi, faire un unique examen n'expose pas à un risque mesurable, eux, ils font 10 examens par jour pendant 20 ans. C'est pour ça qu'il y a des petits logos "radioactivité" un peu partout dans les services d'imagerie. Note aussi que la présence d'un logo n'indique pas que la pièce est radioactive. Un scanner, par exemple, n'est irradiant que pendant une fraction de seconde toutes les X minutes, X étant le temps de mise en place du patient pour l'examen. L'immense majorité du temps, la pièce n'est pas radioactive. Cependant, un manipulateur radio qui s'amuserait à lire le journal dans la pièce pendant que les patients passent l'examen finirait par être assez irradié (un scanner, seul, ça prend 20 minutes, alors 35h/semaine sans protection, ça fait 175 scanners par semaine, ça finit par chiffrer). C'est pour ceci qu'on signale les zones où la vigilance est requise.

    Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.