En réfléchissant à cette réponse de ta part, j'en suis venu à faire une connexion avec le thème du journal et du texte de cette loi. J'en partage ici les fruits. Au fond de toute cette période de ma vie, à la question : à qui je dois de m'en être sorti ? je ne peux que répondre : moi-même. À la manière de Sting accompagné par Clapton :
When the world's gone crazy and it makes no sense
There's only one voice that comes to your defence
The jury's out and your eyes search the room
And one friendly face is all you need to see
If there's one guy, just one guy
Who'd lay down his life for you and die
It's hard to say it
I hate to say it, but it's probably me
Traduction :
Quand le monde deviendra fou et perdra tout sens
Il y aura une seule voix qui viendra prendre ta défense
Le juré délibère et tu scrutes la salle
Pour voir un seul visage amical, c'est tout ce dont tu as besoin
S'il y a un homme, juste un seul
Qui donnerait sa vie pour sauver la tienne
C'est dur à admettre
Je déteste dire ça, mais c'est sûrement moi
Et telle la fameuse réplique de Danny Glover, en parlant des drogues, je peux dire : « je suis trop vieux pour ces conneries ». :-P
Je dois sans doute une fière chandelle à tous mes proches qui m'ont soutenu, ont du subir, non sans mal, ces délires tout en se sentant impuissants, à mon psy qui m'a guidé vers le chemin de la guérison; mais à l'arrivée : mon ennemi était mon propre esprit et moi seul pouvait le vaincre. Mon psy s'est appuyé sur ce qu'il appelait mon cartésianisme, qui est en fait mon rationnalisme, ce à quoi je lui répondais toujours : « je ne suis pas cartésien mais kantien, Descartes est un fou qui était persuadé d'avoir prouvé l'existence de Dieu ». Car à l'époque, il y a une quinzaine d'années, j'étais déjà kantien. Alors d'une certaine façon, à Kant je lui dois aussi une fière chandelle, mais dans ce cas également à tous mes professeurs, toutes les personnes que j'ai pu croiser dans ma vie, toutes celles qui m'ont permis de cultiver ma raison. Cette faculté si précieuse, là seule qui nous permet de penser par nous-même, de nous forger notre avis et qui est le fruit de ce processus que l'on nomme éducation.
Et c'est là que je repense à un écrit kantien : Qu'est-ce que les Lumières dont est extrait ma signature :
Les lumières sont ce qui fait sortir l’homme de la minorité qu’il doit s’imputer à lui-même. La minorité consiste dans l’incapacité où il est de se servir de son intelligence sans être dirigé par autrui. Il doit s’imputer à lui-même cette minorité, quand elle n’a pas pour cause le manque d’intelligence, mais l’absence de la résolution et du courage nécessaires pour user de son esprit sans être guidé par un autre. Sapere aude, aie le courage de te servir de ta propre intelligence ! voilà donc la devise des lumières.
Dans la suite de l'article, il y défend la liberté d'expression et son usage public, où il y invente la notion de crime contre l'humanité, comme l'a souligné Véronique Bonnet dans une conférence à une Ubuntu Party: éthique du libre, une lecture philosophique. Et c'est bien cela qui en choque plus d'un ici, dont moi, avec la quadrature dans ce projet de loi :
Mais que le public s'éclaire lui-même, c'est ce qui est plutôt possible ; cela même est presque inévitable, pourvu qu'on lui laisse la liberté. Car alors il se trouvera toujours quelques libres penseurs, même parmi les tuteurs officiels de la foule, qui, après avoir secoué eux-mêmes le joug de la minorité, répandront autour d'eux cet esprit qui fait estimer au poids de la raison la vocation de chaque homme à penser par lui-même et la valeur personnelle qu'il en retire. [...]
une société de prêtres, telle qu'une assemblée ecclésiastique, ou une classe vénérable (comme elle s'appelle elle-même chez les Hollandais), n'aurait-elle donc pas le droit de s'engager par serment à rester fidèle à un certain symbole immuable, afin d'exercer ainsi sur chacun de ses membres, et, par leur intermédiaire, sur le peuple, une tutelle supérieure qui ne discontinuât point, et qui même fût éternelle ? Je dis que cela est tout à fait impossible. Un pareil contrat, qui aurait pour but d'écarter à jamais de l'espèce humaine toute lumière ultérieure, serait nul et de nul effet, fût-il confirmé par le souverain pouvoir, par les diètes du royaume et par les traités de paix les plus solennels. Un siècle ne peut s'engager, sous la foi du serment, à transmettre au siècle suivant un état de choses qui interdise à celui-ci d'étendre ses connaissances (surtout quand elles sont si pressantes), de se débarrasser de ses erreurs, et en général d'avancer dans la voie des lumières. Ce serait un crime contre la nature humaine, dont la destination originelle consiste précisément dans ce progrès ; et par conséquent les générations suivantes auraient parfaitement le droit de rejeter ces sortes de traités comme arbitraires et impies.
Peu importe qui est à l'origine d'une forme de censure (une société de prêtre ou un État), quel qu'en soit le contenu, quelles qu'en soient les raisons : interdire l'usage public de sa raison, l'expression de ses pensées à une partie du public est un crime contre l'humanité. On peut toujours chercher de bonnes excuses : on protège des personnes dans une situation de faiblesse, les personnes vers lesquelles elles iront leur mentent et ne veulent pas leur bien. Que trouve-t-on sur ces sites : une pensée qui n'est pas la pensée mainstream, qui n'est pas la voix de l'État, une pensée qui n'est certes pas la mienne, une pensée qui pourra sans doute influencer leur décision... mais comment l'État, ou quiconque, peut se placer à un tel niveau pour juger un des point du nouveau délit ?
en diffusant ou en transmettant par tout moyen, notamment par des moyens de communication au public par voie électronique ou de communication au public en ligne, des allégations, indications ou présentations faussées et de nature à induire intentionnellement en erreur, dans un but dissuasif, sur la nature, les caractéristiques ou les conséquences médicales d’une interruption volontaire de grossesse ou à exercer des pressions psychologiques sur les femmes s’informant sur une interruption volontaire de grossesse ou sur l’entourage de ces dernières.
Qu'est-ce donc qu'une « pression psychologique » exercée par des « moyens de communication au public par voie électronique ou de communication au public en ligne » ? Et c'est là le premier point que soulève la quadrature dans son communiqué. Je peux bien à la rigueur comprendre la notion de harcèlement (qui porte atteinte aux droits de la personne harcelée) derrière cette pression, mais il faut alors que la démarche active soit du côté du harceleur : ce qui est le cas lorsque l'entrave est physique, comme dans le texte de loi non amendé. Là, ils mettent en ligne une information, dont on peut penser ce que l'on veut du contenu, et c'est la personne qui décide sciemment de s'y rendre et de poursuive, ou non, le contact. Comment peut-on exercer une pression psychologique par la simple diffusion public d'un contenu ? Pour ce qui est de l'intention délibérée d'induire en erreur, la question se pose tout autant, comme le souligne également la quadrature. Exception faite, peut être, s'il y a tromperie sur le délai légal pour pouvoir avorter.
Cela donne cette impression étrange d'un État qui dirait : je sais quelle est la voie droite, le chemin à suivre; mais certaines personnes mal intentionnées veulent égarer mon troupeau, il me faut agir et les empêcher de nuire, afin que celui-ci reste sur le bon chemin. Il se place alors en position de tuteur vis-à-vis de ces citoyens, ce qui leur fait perdre toute dignité humaine, et l'on comprend aisément le message de Jean Parpaillon :
La situation de détresse, c'est ce qui permet à l'état de penser à ta place ? Un peu comme l'état d'urgence pour la société ?
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.
[^] # Re: Merci la quadrature
Posté par kantien . En réponse au journal Désolé, la Quadrature, mais tu fais fausse route. Évalué à 6.
En réfléchissant à cette réponse de ta part, j'en suis venu à faire une connexion avec le thème du journal et du texte de cette loi. J'en partage ici les fruits. Au fond de toute cette période de ma vie, à la question : à qui je dois de m'en être sorti ? je ne peux que répondre : moi-même. À la manière de Sting accompagné par Clapton :
Traduction :
Et telle la fameuse réplique de Danny Glover, en parlant des drogues, je peux dire : « je suis trop vieux pour ces conneries ». :-P
Je dois sans doute une fière chandelle à tous mes proches qui m'ont soutenu, ont du subir, non sans mal, ces délires tout en se sentant impuissants, à mon psy qui m'a guidé vers le chemin de la guérison; mais à l'arrivée : mon ennemi était mon propre esprit et moi seul pouvait le vaincre. Mon psy s'est appuyé sur ce qu'il appelait mon cartésianisme, qui est en fait mon rationnalisme, ce à quoi je lui répondais toujours : « je ne suis pas cartésien mais kantien, Descartes est un fou qui était persuadé d'avoir prouvé l'existence de Dieu ». Car à l'époque, il y a une quinzaine d'années, j'étais déjà kantien. Alors d'une certaine façon, à Kant je lui dois aussi une fière chandelle, mais dans ce cas également à tous mes professeurs, toutes les personnes que j'ai pu croiser dans ma vie, toutes celles qui m'ont permis de cultiver ma raison. Cette faculté si précieuse, là seule qui nous permet de penser par nous-même, de nous forger notre avis et qui est le fruit de ce processus que l'on nomme éducation.
Et c'est là que je repense à un écrit kantien : Qu'est-ce que les Lumières dont est extrait ma signature :
Dans la suite de l'article, il y défend la liberté d'expression et son usage public, où il y invente la notion de crime contre l'humanité, comme l'a souligné Véronique Bonnet dans une conférence à une Ubuntu Party: éthique du libre, une lecture philosophique. Et c'est bien cela qui en choque plus d'un ici, dont moi, avec la quadrature dans ce projet de loi :
Peu importe qui est à l'origine d'une forme de censure (une société de prêtre ou un État), quel qu'en soit le contenu, quelles qu'en soient les raisons : interdire l'usage public de sa raison, l'expression de ses pensées à une partie du public est un crime contre l'humanité. On peut toujours chercher de bonnes excuses : on protège des personnes dans une situation de faiblesse, les personnes vers lesquelles elles iront leur mentent et ne veulent pas leur bien. Que trouve-t-on sur ces sites : une pensée qui n'est pas la pensée mainstream, qui n'est pas la voix de l'État, une pensée qui n'est certes pas la mienne, une pensée qui pourra sans doute influencer leur décision... mais comment l'État, ou quiconque, peut se placer à un tel niveau pour juger un des point du nouveau délit ?
Qu'est-ce donc qu'une « pression psychologique » exercée par des « moyens de communication au public par voie électronique ou de communication au public en ligne » ? Et c'est là le premier point que soulève la quadrature dans son communiqué. Je peux bien à la rigueur comprendre la notion de harcèlement (qui porte atteinte aux droits de la personne harcelée) derrière cette pression, mais il faut alors que la démarche active soit du côté du harceleur : ce qui est le cas lorsque l'entrave est physique, comme dans le texte de loi non amendé. Là, ils mettent en ligne une information, dont on peut penser ce que l'on veut du contenu, et c'est la personne qui décide sciemment de s'y rendre et de poursuive, ou non, le contact. Comment peut-on exercer une pression psychologique par la simple diffusion public d'un contenu ? Pour ce qui est de l'intention délibérée d'induire en erreur, la question se pose tout autant, comme le souligne également la quadrature. Exception faite, peut être, s'il y a tromperie sur le délai légal pour pouvoir avorter.
Cela donne cette impression étrange d'un État qui dirait : je sais quelle est la voie droite, le chemin à suivre; mais certaines personnes mal intentionnées veulent égarer mon troupeau, il me faut agir et les empêcher de nuire, afin que celui-ci reste sur le bon chemin. Il se place alors en position de tuteur vis-à-vis de ces citoyens, ce qui leur fait perdre toute dignité humaine, et l'on comprend aisément le message de Jean Parpaillon :
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.