• [^] # Re: Menottes numériques

    Posté par (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal #WhatWouldTimblDo : nouvelle campagne de la FSF contre les DRM sur le Web. Évalué à 10.

    Je vis au Canada où il n'y a pas de vrai équivalent à la SACEM. Ici, c'est chacun pour soi et Dieu pour tous. [...] Ça veut dire que les futures étoiles doivent faire leur trou elles-mêmes en attendant d'être peut-être repérés.

    Ce que je dis est justement que même avec un organisme de répartition (et même l'un des meilleurs au monde, car la SACEM est effectivement très efficace car ils ont un pouvoir assez important en France avec une implantation historique et un monopole de fait reconnu par des tribunaux; historiquement c'est d'ailleurs l'une des plus anciennes sociétés de répartition de droits), c'est pareil.
    Ces organismes de répartition de droits n'ont pour vrais bénéficiaires que quelques stars et tous les gens qui travaillent dans cet organisme. Mais sûrement pas les artistes dans leur ensemble. Et c'est vrai partout dans le monde, mes exemples ne sont sûrement pas faits pour parler d'un seul cas national.

    [...] les futures étoiles [...]

    Au passage, je note ton utilisation du terme "futur étoile". Cela est très symptomatique du problème du droit d'auteur et pourquoi les artistes n'osent pas se mettre contre le système et essayer de le faire sauter, alors même qu'ils vivent quotidiennement le fait que c'est une arnaque. Le problème est que l'on fait miroiter des gros sous aux gens justement au cas où ils deviennent des étoiles. Je le disais: les seuls qui ont des droits d'auteurs un peu intéressants sont ceux qui sont dans le hit parade (et ont donc déjà des revenus divers importants pour concerts, avances, etc. suffisamment conséquents pour vivre bien). On fait donc espérer aux gens que si un jour ils sont riches et célèbres, ben grâce aux droits d'auteur, ils seront encore plus riches. Or pour cela, ils doivent donc absolument protéger le système, dès maintenant quand ils ne sont pas encore riches.
    La logique ne tient pas du fait que par définition, pour être intéressant, il ne peut y avoir qu'une infime portion de riches artistes (1 %? 2 %?). S'il y en avait plus, ben soudainement les richesses seraient bien mieux réparties et par conséquent le haut du panier ne toucherait plus une part totalement disproportionnée. Et bien sûr, ça veut dire que la plupart des gens ne seront jamais dans ce haut du panier. C'est juste totalement absurde de vouloir défendre ce système absolument contre-productif.
    En un sens, les petits artistes acceptent donc de toucher des clopinettes maintenant et de se faire écraser car ils se disent que dans le futur, ce sera peut-être eux en haut qui pourra écraser les nouveaux petits artistes.

    Ainsi, oui, tu as tout à fait raison: ce système de droits d'auteurs — tel qu'il est actuellement — est fait entièrement pour les étoiles actuelles et les futures étoiles. Absolument pas pour la grosse majorité des artistes. C'est donc un choix de mot très intéressant que tu as fait et qui démontre tout le problème d'un système fait par et pour des "étoiles".
    Perso ce n'est pas ma vision de ce que devrait être un bon système de droits d'auteur. L'intérêt des arts ne réside absolument pas dans ce hit parade.

    Donc défendre le droit d'auteur, fût-il périmé, revient de plus en plus à défendre les auteurs et de moins en moins les majors

    Mais puisqu'on dit que les auteurs touchent quasi rien du système de droit d'auteur actuel! Les majors, comme l'ensemble des intermédiaires sont ceux qui touchent beaucoup. Tu défends le système = tu défends les majors et le droit de te faire rançonner dans les grandes largeurs. Rien d'autre.

    couper les intermédiaires entre les artistes et le public, notamment grâce aux plateformes d'autopublication (Lulu et Blurb pour le livre, SoundCloud et Bandcamp pour la musique, Youtube et Viméo pour un peu tout le monde, Patreon pour le mécénat, les stocks et micro stocks pour la photo, etc.).

    Ce sont aussi des intermédiaires. Certes de nouveaux intermédiaires, et on va donc avoir tendance à les mettre en opposition aux intermédiaires plus historiques (les sociétés de redistribution de droits, ainsi que les majors...) mais au final ils font la même chose. Simplement ils utilisent des moyens modernes alors que les majors traditionnels sont souvent des vieux dinosaures qui comprennent rien à la technologie et n'arrivent donc pas à la suivre. Mais en un sens, on peut dire que ce sont les majors du futur (voire du présent. Je pense que des boîtes comme Google — c'est à dire Youtube — sont déjà bien parties pour être considérées des majors de l'industrie de la vidéo et même audiovisuelle en général; Youtube se met même à produire et a dorénavant une plateforme payant à-la-Netflix).
    Franchement tous ces systèmes à abonnement, c'est simplement un nouveau type de redevance (privée cette fois). Ils sont un peu plus efficaces que les SACEMs et co. car ils arrivent effectivement plus facilement à voir les vraies répartitions (plus facile avec des vues informatiques). Mais au final, c'est pareil, seuls les gros touchent. Les estimations Youtube, c'est genre 1$ pour 1000 vues. C'est pas avec ça que tu vas devenir riche. Le truc, encore une fois, c'est qu'il y a une ou 2 exceptions de personnes qui ont vraiment vraiment beaucoup de vues. Or encore une fois, ces quelques cas font rêver les millions de "youtubeurs" qui s'imaginent tous à leur place. Ça rappelle quelque chose? Ah oui, c'est pareil que la SACEM qui fait miroiter les quelques artistes en tẽte... la seule différence est que c'est basé sur la pub (et c'est pas un bon point, mais alors pas du tout!).

    Note que j'utilise certains de ces services (mais aucun dans un but de rémunération. Je n'active pas ces trucs sur Youtube par exemple, et refuse de soumettre les gens à de la publicité s'ils regardent une vidéo que j'ai faite), parfois par paresse, car ils sont effectivement efficaces en tant que plateforme (pas en tant que société de redistribution de droits par contre, je le répète), et malheureusement malgré tous leurs problèmes, ils ont mieux pigé certains détails importants que les vieux majors et donnent plus de libertés (c'est triste de dire ça, mais bon... les contrats SACEM par exemple, c'est un peu vendre son âme au diable). Mais ils n'en reste pas moins que ce sont des intermédiaires aussi, majors en devenir, et qu'il faut y faire tout aussi attention.

    Ces gens là doivent être musicien-ingé son-organisateur de concert-community managers, acteur-agent-présentateur-monteur-community manager, photographe-retoucheur-commercial-imprimeur-community manager etc. En un mot, des professions autrefois séparées dans des boîtes plus ou moins grosses sont exercées aujourd'hui par une même personne à son compte.

    Tu vois, tu donnes toi-même des exemples du fait que personne ne vit du droit d'auteur à l'heure actuelle. Ce système est un leurre, un mensonge... Le défendre, c'est juste perpétuer le mensonge.

    Le don volontaire n'est envisageable qu'à partir d'une masse critique importante d'abonnés, ce qui suppose de faire quelque chose d'assez grand public et pas trop underground.

    J'ai tendance à penser comme Octabrain plus bas. Les trucs underground arrivent souvent à mieux marcher dans un style indépendant. Justement quand on arrête de chercher à être une "étoile", et qu'on se dit juste qu'on veut vivre de sa musique et donc qu'on fait son truc dans son milieu de prédilection. Dans ces cas là, certains arrivent alors à s'en sortir pas trop mal. Encore une fois, pas grâce aux droits d'auteurs hein. Mais en faisant beaucoup de concerts, en vendant des CDs (en direct, donc pas avec les droits d'auteurs là non plus), aussi souvent en donnant des cours (je connais beaucoup de musiciens très populaires dans leur milieu qui donnent des cours de leur instrument et leur popularité leur permet d'avoir beaucoup d'élèves et des tarifs corrects pour en vivre), etc.

    C'est sincèrement ce que tu penses, en tant qu'artiste sur ton audience?

    Quand tu fais du nu et que tu dois dealer avec 80 % de pervers qui viennent juste se rincer l'œil d'une seule main, ça rend pas optimiste.

    Ben en même temps, tu donnes le bâton pour te faire battre. Si tu veux pas dealer avec ces "pervers", t'es pas obligé de le faire. Si t'es si peu heureux de ton business, pourquoi tu t'obstines? Si c'est pour ensuite cracher sur ton audience, y a un problème plus profond.

    Film d'animation libre en CC by-sa/Art Libre, fait avec GIMP et autre logiciels libres: ZeMarmot [ http://film.zemarmot.net ]