• # Peut être pas la bonne approche ?

    Posté par (site web personnel) . En réponse à la dépêche surveillance:// Entretien avec son auteur Tristan Nitot et 10 livres à gagner. Évalué à 10.

    Je n'ai pas lu le bouquin en dehors des extraits du Standblog, si cela se trouve je vais dire une grosse connerie.

    Mais je ne suis pas convaincu que la méthode de tout chiffrer et d'essayer d'être moins facilement surveillé soit la plus efficace.
    Je suis d'accord que cela reste quelque chose de nécessaire, à un certain degré, mais être sur la défensif sur le sujet permet au mieux de reculer l'inévitable de la surveillance généralisée si rien n'est fait en amont. Car je suis convaincu que ce problème ne peut être résolu que de manière politique et non techniquement. C'est pas terrible de vivre dans un monde où tu dois avoir peur de ton gouvernement ou d'une entreprise privée. De la même façon que ce n'est pas terrible à devoir sortir dehors armé pour se sentir en sécurité.

    La solution ultime est de faire en sorte que les communications en clair ne soient pas considérées comme lues par défaut. Il faut donc redonner à la justice sa capacité de contrôle indépendante du bien fondé des collectes divers et variés. Il faut également soutenir les lois qui permettent de limiter les capacités des entreprises à traiter les données personnelles n'importe comment. Soutenir également toute mesure en faveur de la neutralité du Net ou pouvant permettre l'émergence de services nationaux ou continentaux de qualité pour diluer la concentration des informations personnelles.

    En faisant cela politiquement, on revient à une situation qu'on pourrait juger de normal : on vit sans protections particulières car il n'y en aurait pas besoin. Un monde qui serait ainsi plus stable car non basé sur la méfiance.

    Nitot a sans doute exprimé des éléments politiques, ou pouvant aboutir à des résultats politiques au niveau de la population. Mais de la communication qui en a été faite, c'est très / trop axé sur la protection que sur le changement qui rendrait ces protections caduques, au moins partiellement. Pour aller plus loin, il faut aussi expliquer que les mesures participant à cette surveillance sont inutiles. En effet, beaucoup de gens sont prêts à sacrifier de la vie privée pour éviter des attentats et autres et du coup ils acceptent ces mesures liberticides sans broncher ou en se contentant à côté d'une légère protection.

    Il faut mettre en avant que ces mesures sont en plus d'être nuisibles, elles sont inefficaces. Le risque zéro n'existe pas, et n'existera hélas jamais. Et ce n'est pas en votant des mesures d'exceptions plus nombreuses que les gens auront ce qu'ils veulent. Il faut casser cette dynamique, expliquer à ces gens que ce qu'ils souhaitent est inatteignable et que ces mesures sont bien plus nuisibles envers des personnes lambdas qu'envers des gens qui menacent réellement la société (car ces gens là savent contourner la surveillance suffisamment longtemps).

    Après, chaque chose en son temps, il faudra des dizaines d'années pour inverser la tendance durablement je pense, car cela nécessite un long apprentissage sur la nécessité de la vie privée d'une part, mais aussi de l'inefficacité de ces mesures d'autres part. Pour qu'ensuite, enfin, la population rejette ces mesures et réclame même une suppression de nombre d'entre elles. Et cette éducation demande du temps, on a pu le voir avec Snowden qui malgré ses révélations fracassantes et bien relayées, la population ne s'est toujours pas emparée du sujet. Au contraire même.