• [^] # Re: Pas vraiment pour rien

    Posté par . En réponse au journal [Bookmark] 8 ans de procédure pour... rien. Évalué à 10.

    Certes, mais c'est un problème politique, pas juridique. Espérer qu'une cour de justice prenne de telles décisions politiques est assez naïf.

    Le "logiciel" européen est très fortement basé sur l'idée de concurrence libre et non faussée. L'idéologie qu'il y a derrière, c'est que la loi doit garantir l'information transparente et objective du consommateur, et que dans ces conditions, le consommateur va faire jouer la concurrence, ce qui va privilégier les fournisseurs capables de lui proposer les conditions qu'il souhaite. Par exemple, si Renault ne propose plus que des voitures avec assurance, les consommateurs qui ne sont pas intéressés iront acheter une Peugeot, ce qui désavantagera le concurrent.

    Évidemment, la faille est assez grossière : quand une entreprise est capable d'analyser précisément ses besoins et de mettre les ressources nécessaires à la comparaison détaillée des offres, voire à la négociation, le particulier est beaucoup plus manipulable et influençable. Au final, les consommateurs rationnels sont très minoritaires, et sont très largement noyés parmi une "masse" qui prend potentiellement des décisions irrationnelles économiquement, soit par ignorance, soit par choix (c'est comme quand on prend un paquet en tête de gondole parce qu'on est pressés : on sait qu'on n'a pas comparé les prix correctement, mais on fait le choix de payer 10 centimes de plus pour ne pas passer 30 minutes à comparer 57 références et d'évaluer combien on est prêt à payer en plus pour des pâtes au blé complet bio).

    Du coup, le consommateur individuel se retrouve bien dépourvu face aux gros industriels, qui ont vite fait de faire la balance entre perdre les quelques % du marché qui lisent les conditions de vente à la loupe (et qui de toutes manières seront plutôt des mauvais clients, difficiles à fidéliser, procéduriers,etc), et gagner de l'argent en vendant des trucs inutiles dans des offres qui ne sont pas intéressantes.

    Le niveau d'action est donc celui du débat politique européen : les consommateurs doivent être mieux protégés que les entreprises parce qu'en grande majorité ils n'ont pas les ressources pour défendre leurs propres intérêts. Passer cette idée au niveau européen ne va pas être facile, car la pensée libérale, en général, ne crache pas sur la possibilité de s'enrichir sur la connerie et l'ignorance. Ça me semble très Français, cette idée de défendre le faible, y compris contre sa volonté. Si les gens sont contents d'acheter des PC pleins de merdes inutiles et hors de prix, tant pis pour eux : ils acceptent de signer un contrat de vente dont les termes leurs sont plutôt défavorables, mais il n'est pas illégal de signer des contrats défavorables ; il n'est pas illégal de vendre sa maison sous le prix du marché, d'acheter une voiture d'occasion deux fois son prix sur le-bon-coin, de prendre un amant qui prétendra pendant 20 ans qu'il va quitter sa femme, ni de bosser pour un patron qui fera miroiter la possibilité d'une promotion sans jamais y accéder. Sans déconner, aller discuter de ça avec des européens qui n'ont pas la même culture que nous sur ces points là, ça va être stressant.