• [^] # Re: Bein ouais ... c'est bien connu !

    Posté par . En réponse au journal Tout le monde déteste les flics !. Évalué à -10.

    en quoi le fait de voler le supermarché améliore la condition des employés ?

    Ça n'améliore pas du tout les conditions de travail des employé⋅e⋅s, par contre cela permet un processus de redistribution des richesses. Quand tu voles un supermarché (pas un petit commerce hein), les producteurices sont payé⋅e⋅s quand même ; en revanche, les marges (et donc les profits des actionnaires) baissent.

    On peut remarquer par ailleurs que typiquement, les gens qui volent au supermarché ne font pas que ça pour faire émerger un autre modèle de société :

    • passent par des coopératives à circuit court, par exemple des AMAP
    • font la récup' dans les poubelles des supermarchés et les fins de marché pour bouffer ce que la société capitaliste jette pour maximiser ses profits

    Ce n'est donc pas une solution en soi (ni un mode de vie pérenne), mais une technique pratique de redistribution des richesses permettant de les réinvestir dans des circuits éthiques.

    Notez-bien que conséquemment, je ne défends pas l'idée de voler du Coca-Cola ou des produits animaux au supermarché, étant donné que les sous finissent effectivement dans la poche de l'entreprise productrice. En revanche, voler des produits issus commerce équitable au supermarché est aujourd'hui le meilleur moyen de financer un autre mode de production en attaquant les profits de la grande distribution.

    N'est pas révolutionnaire tout voleur de pommes !

    Voler les supermarchés n'est donc pas une solution (il faut des coopératives pour lutter contre le business), ni un mode de vie pérenne. Ce n'est rien d'autre qu'une attaque frontale (et risquée) contre un système d'exploitation basé sur l'exploitation intensive des gens et des ressources naturelles.

    De plus il y a des outils législatifs pour éviter qu'un supermarché extorque ses producteurs et exploite ses employés : ils sont mis en œuvre par l'autorité de la concurrence pour le premier et l'inspection du travail/les tribunaux prud'hommaux dans le second.

    Et ils font quoi ces outils législatifs ?

    Ça fait des siècles que nous vivons l'esclavage salarial, après des siècles de servage. Comme quelqu'un l'a exposé ailleurs dans la discussion, il n'y a que peu de différences pratiques aujourd'hui entre un⋅e salarié⋅e moyen⋅ne et un⋅e esclave d'alors : les deux sont obligé⋅e⋅s de travailler dur toute la journée pour pouvoir simplement subvenir à leurs besoins.

    La problématique est : ces problèmes ne sont que peu visibles dans le monde de l'IT qui est un milieu extrêmement privilégié. Dans les NTIC, chacun⋅e est au moins payé⋅e au SMIC (contrairement à d'autres secteurs où les contrats précaires sont la norme), et le travail, bien que demandant, n'est pas épuisant.

    Dans l'IT, la principale maladie du travail est le stress (et les burnouts et suicides qui en découlent), alors que dans d'autres branches bien plus précarisées, à cela s'ajoute l'épuisement physique, les accidents du travail (parfois mortels). Tout ça souvent, plus de 10 heures par jour, pour un salaire ne permettant pas de faire vivre sa famille (à moins de pouvoir se passer de louer un appartement).

    Il y a presque 10 millions, TEN FUCKING MILLION, de gens vivant sous le seuil de pauvreté en France (source). Les outils législatifs et/ou légaux dont tu parles sont donc incapables de résoudre le problème.

    Si tu as encore le moindre doute concernant la capacité (la volonté ?) des autorités à mettre un peu de justice dans notre société, va regarder quelques Cash Investigation. C'est une émission certes pas très intelligente (ni très militante), mais qui a le mérite de bien montrer à quel point nous nous faisons enfler.

    Post Scriptum :

    deux injustices ne font pas justice

    Effectivement. Notre analyse diffère en cela que je considère que, voler courageusement quiconque vole armé de la loi (et de la police) est une justice, pas une injustice (Robin des Bois, Arsène Lupin, Action Directe).

    Concernant l'expropriation en tant que mécanique de redistribution des richesses, voir aussi ce documentaire sur Charlie Bauer.
    On peut ou non être d'accord avec, mais le fait est que prendre aux riches pour donner aux pauvres a une longue histoire politique et philosophique.