• [^] # Re: Défaut majeur

    Posté par . En réponse à la dépêche Appel de wallabag aux fabricants de liseuse. Évalué à 5. Dernière modification le 26 août 2016 à 10:01.

    En même temps, le commun des mortels perd une bonne quantité de livres papier aussi (jetés, recyclés, endommagés par des liquides/enfants/animaux/feu, dégradation naturelle des livres poche, etc.). Sur une ou deux générations, on arrive à garder des bouquins (les grands parents ont encore la bibliothèque rose/verte pour les petits enfants par exemple), mais je doute que beaucoup de familles aient des livres sur quatre ou cinq générations. À long terme, on perdra la plupart des livres papier et électroniques, sauf ceux pour lesquels des gens auront vraiment faits des efforts pour les préserver (comme pour les livres papier anciens de valeur).

    Ce n'est pas tant le fait de perdre (aussi) des livres qui a de l'importance mais "pourquoi". Autrefois les livres se transmettaient et se conservaient, c'est indéniable. On ne le fait peut-être plus aujourd'hui (ou moins) mais il faut chercher la réponse dans le caractère éphémère quasi absolu de ce que nous "consommons". Les données sont surabondantes et l'information de qualité se perd dans le brouhaha et la confusion totale. On jette bien plus qu'avant, vu qu'on consomme de manière effrénée et non réfléchie. Tout est devenu périssable dans nos sociétés dites "modernes".

    Je me poserais plutôt la question: que restera-t-il de notre civilisation dans 1000 ans? Une espèce de charabia incompréhensible car les mystérieux formats de stockage sont aussi divers qu'incompatibles entre eux? Quelques versions papier des relations extra-conjugales de ces anciens "Dieux" qu'on appelait "People"? Des morceaux de métal apparemment précieux, visiblement magnétique mais vierge de toute information — les radiations sans doute? Des bouts de sable fondu enrobé dans du plastique dont on se demande bien ce qu'il pouvait contenir? Des encyclopédies, rongées par les moisissures, qu'on ne peut toucher tant elles sont devenues fragiles — pour autant qu'on en retrouve...

    Je finis par me demander si nous ne serions pas les Étrusques des temps modernes: une civilisation technologiquement avancée mais dont la langue est toujours empreinte de mystère.