Je lui souligne que plusieurs personnes plutôt sensées lui pointent toutes qu'il manque sérieusement de balance dans ses propos histoire qu'il réflechisse un peu et se remette en question.
Je crois qu'il s'égare et dévie du point débattu, à moins que tous ces principes ne soient liés pour lui, auquel cas je ne peux le suivre dans ces idées. Cela étant, l'insulter n'arrangera pas les choses.
Quoi qu'il en soit, le manque de mesure dans ses propos est assez déroutant pour une personne qui a convoqué les philosophes et scientifiques (serait-ce une forme d'autorité dont on ne peut prétendre remettre en cause les thèses ?) et qui émet des jugements pour le moins rapide sur les principes et idéaux de ses interlocuteurs : pour ma part, par exemple, je n'utilise jamais le terme open-source et mon souhait est que tous les logiciels soient libres. Microsoft est-il le Grand Satan ? sur le site du projet GNU.
Comme parmi les philosophes il ne se réfère pour le moment qu'à Michel Foucault, je me permets de préciser que ce dernier à effectuer sa thèse de de doctorat sur l'anthropologie de Kant qu'il traduisit en langue française. L'on peut également noter que la pensée de Foucault se développe dans une période qui succède à la seconde guerre mondiale et les atrocités de l'holocauste. Le cas Eichmann, qui fut responsable logistique de la « solution finale », étant l'archétype de ce que dénonce Foucault sachant que sa défense il plaida n'avoir fait que « suivre les ordres » et, chose la plus choquante pour un kantien, se réclama de Kant pour se justifier.
Mais au fond qu'est donc cette chose que l'on nomme philosophie ?
Assurément on finit toujours pas demander : à quoi sert de philosopher, à quoi sert le but finalement visé : la philosophie elle-même, considérée comme science selon son concept scolastique ?
Dans ce sens scolastique du mot, la philosophie vise seulement à l'habilité; au point de vue de son concept cosmique au contraire à l'utilité. Au premier point de vue, elle est donc une doctrine de l'habileté; au second une doctrine de la sagesse — la législatrice de la raison et dans cette mesure le philosophe n'est pas un artiste de la raison, mais son législateur.
L'artiste de la raison, ou comme Socrate le nomme, le philodoxe, vise simplement la connaissance spéculative sans se demander dans quelle mesure le savoir contribue à la fin dernière de la raison humaine : il donne des règles pour toutes sortes de fins. Le philosophe pratique, la maître de la sagesse par la doctrine et par l'exemple est le vrai philosophe. Car la philosophie est l'idée d'une sagesse parfaite, qui nous désigne les fins dernières de la raison humaine.
Dans la philosophie selon sa notion scolastique, il faut faire deux parties : en premier lieu, une provision suffisante de connaissances rationnelles; d'autre part, une organisation systématique des connaissances, ou leur connexion dans l'idée d'un tout.
Non seulement la philosophie permet une telle organisation strictement systématique, mais elle est la seule science qui possède, au sens le plus propre, une organisation systématique et qui donne à toutes les autres sciences une unité systématique.
Mais s'agissant de la philosophie selon son sens cosmique (in sensus cosmico), on peut aussi l'appeler une science des maximes suprêmes de l'usage de notre raison, si l'on entend par maxime le principe interne du choix entre différentes fins.
Car la philosophie en ce dernier sens est même la science du rapport de toute connaissance et de tout usage de la raison à la fin ultime de la raison humaine, fin à laquelle en tant que suprême, toutes les autres fins sont subordonnées et dans laquelle elles doivent toutes être unfifiées.
Le domaine de la philosophie en ce sens cosmopolite se ramène aux questions suivant :
Que puis-je savoir ?
Que dois-je faire ?
Que m'est-il permis d'espérer ?
Qu'est-ce que l'homme ?
À la première question répond la métaphysique, à la seconde la morale, à la troisième la religion, à la quatrième l'anthropologie. Mais au fond, on pourrait tout ramener à l'anthropologie, puisque les trois premières questions se rapportent à la dernière.
Le philosophe dois donc pouvoir déterminer :
la source du savoir humain,
l'étendue de l'usage possible et utile de tout savoir, et enfin
les limites de la raison.
Cette dernière détermination est la plus indispensable, c'est aussi la plus difficile, mais le philodoxe ne s'en préoccupe pas.
Il y a principalement deux choses qui sont nécessaires au philosophe :
la culture du talent et l'habilité à en user à toutes sortes de fins,
l'adresse à se servir des tous les moyens en vue de toutes fins possibles.
Il faut réunir les deux; car sans connaissance on ne deviendra jamais philosophe, mais jamais non plus les connaissances ne suffiront à faire un philosophe, si ne vient s'y ajouter une harmonisation convenable de tous les savoirs et de toutes les habiletés jointes à l'intelligence de leur accord avec les buts les plus élevés de la raison humaine.
De façon générale, nul ne peut se nommer philosophe s'il ne peut philosopher. Mais on n'apprend à philosopher que par l'exercice et par l'usage qu'on fait soi-même de sa propre raison.
Comment la philosophie se pourrait-elle, même à proprement parler, apprendre ? En philosophie, chaque penseur bâtit son œuvre pour ainsi dire sur les ruines d'un autre; mais jamais aucune n'est parvenue à devenir inébranlable en toutes ses parties. De là vient qu'on ne peut apprendre à fond la philosophie, puisqu'elle n'existe pas encore. Mais à supposer même qu'il en existât une effectivement, nul de ceux qui l'apprendraient, ne pourrait se dire philosophe, car la connaissance qu'il en aurait demeurerait subjectivement historique.
Il en va autrement en mathématiques. Cette science eput dans une certaine mesure être apprise; car ici, les preuves sont tellement évidentes, que chacun peut en être convaincu; et en outre, en raison de son évidence, elle peut être retenue comme une doctrine certaine et stable.
Celui qui veut apprendre à philosopher doit, au contraire, considérer tous les systèmes de philosophie uniquement comme une histoire de l'usage de la raison et comme des sujets d'exercice de son talent philosophique.
Le vrai philosophe doit donc faire, en pensant par lui-même, un usage libre et personnel de sa raison et non imiter servilement. Mais il doit se garder également d'en faire un usage dialectique, c'est-à-dire un usage qui n'a d'autre fin que de donner à sa connaissance une apparence de vérité et de sagesse. C'est là procédé de simple sophiste, mais tout à fait incompatible avec la dignité de la philosophie qui connaît et enseigne la sagesse.
Car la science n'a de réelle valeur intrinsèque que comme instrument de sagesse. Mais à ce titre, elle lui est à ce point indispensable qu'on pourrait dire que la sagesse sans la science n'est que l'esquisse d'une perfection à laquelle nous n'atteindrons jamais.
Celui qui hait la science mais qui aime d'autant plus la sagesse s'appelle un misologue. La misologie naît ordinairement d'un manque de connaissance scientifique à laquelle se mêle une certaine sorte de vanité. Il arrive cependant parfois que certains tombent dans l'erreur de la misologie, qui ont commencé par pratiquer la science avec beaucoup d'ardeur et de succès mais qui non finalement trouvé dans leur savoir aucun contentement.
La philosophie est l'unique science qui sache nous procurer cette satisfaction intime, car elle referme, pour ainsi dire, le cercle scientifique et procure enfin aux sciences ordre et organisation.
En vue de nous exercer à penser par nous-mêmes et à philosopher, il nous faudra avoir égard davantage à la méthode mise en œuvre dans l'usage de notre raison qu'aux thèses elles-mêmes qu'elle nous aura permis d'établir.
Pour ne pas confondre, comme il peut arriver, cette longue citation avec le recours à l'argument d'autorité (dont la forme générale correspond à cette thèse est vraie car un tel l'a dit), il peut être utile de montrer le caractère propre qui est aux principes de ce dernier. À cette fin, je citerai un passage du même ouvrage (pourquoi réinventer la roue ?) extrait du chapitre sur les préjugés et leurs sources :
Préjugés de l'autorité — Parmi ceux-ci, il faut compter :
a) le préjugé de l'autorité de la personne. — Lorsque, dans les matières qui se fondent sur l'expérience et le témoignage, nous bâtissons notre connaissance sur l'autorité d'autrui, nous ne nous rendons ainsi coupables d'aucun préjugé; car dans ce genre de choses puisque nous ne pouvons faire nous-mêmes l'expérience de tout ni le comprendre par notre propre intelligence, il faut bien que l'autorité de la personne soit le fondement de nos jugements. Mais lorsque nous faisons de l'autotité d'autrui le fondement de notre assentiment à l'égard de connaissances rationnelles, alors nous admettons ces connaissances comme simple préjugé. Car c'est de façon anonyme que valent les vérités rationnelles; il ne s'agit pas alors de demander : qui a dit cela ? mais bien qu' a-t-il dit ? Peu importe si une connaissance a une noble origine; le penchant à suivre l'autorité des grands hommes n'en est pas moins très répandu tant à cause de la faiblesse des lumières personnelles que par désire d'imiter ce qui nous est présenté comme grand. A quoi s'ajoute que l'autorité personnelle sert, indirectement, à flatter notre vanité. Ainsi les sujets d'un puissant despote s'enorgueillissent de ce qu'il les traite tous en même façon, du fait que l'inférieur peut s'imaginer égal au supérieur, dans la mesure où, face à la puissance illimitée de leur souverain, l'un et l'autre ne sont rien; de la même façon les admirateurs d'un grand homme s'estiment égaux dans la mesure où les avantages que l'un peut avoir sur l'autre doivent être tenus pour insignifiants au regard des mérites du grand homme. Aussi les grands hommes admirés ne favorisent pas peu, pour plus d'une raison, le penchant au préjugé de l'autorité de la personne.
Le graissage dans la citation qui précède est de moi, et outre le fait qu'il souligne le principe qui est au rejet de l'argument d'autorité de la personne, il expose une des raisons pour laquelle je suis libriste et correspond en partie à l'injection bien connue : « show me the code ! ».
Parmi les autres sources de préjugés, on en trouve une qui illustre à merveille les échanges présents :
Préjugés d'amour-propre ou égoïsme logique, qui font qu'on tient l'accord de son propre jugement avec les jugements d'autrui pour un critère superflu de la vérité. Ils sont le contraire des préjugés d'autorité puisqu'ils se manifestent dans une certaine prédilection pour ce qui est un produit de notre propre entendement, par exemple de notre propre système.
Est-il bon ou opportun de permmettre aux préjugés de se maintenir ou même de les favoriser ? Il est surprenant qu'à notre époque on puisse encore poser de telles questions, en particulier celle de savoir s'il faut favoriser les préjugés. Favoriser les préjugés de quelqu'un cela revient tout juste à le tromper dans une bonne intention. Laisser intacts des préjugés, passe encore; car qui peut faire son affaire de découvrir les préjugés de chacun et l'en défaire ? Mais qu'il ne doive pas être opportun de travailler de toutes ses forces à les extirper, c'est une toute autre question. Des préjugés anciens et fortement enracinés sont à coup sûr malaisés à combattre, car ils répondent d'eux-mêmes et sont pour ainsi dire leur propre juge. On cherche aussi à s'excuser de laisser les préjugés en place en prétendant qu'il n'est pas sans inconvénients de les extirper. Mais admettons toujours ces inconvénients, ils n'en amèneront que plus de bien dans la suite.
Pour conclure en musique, et comme cmal semble apprécier Brassens, je proposerais Mourir pour des idées.
Jugeant qu'il n'y a pas péril en la demeure
Allons vers l'autre monde en flânant en chemin
Car, à forcer l'allure, il arrive qu'on meure
Pour des idées n'ayant plus cours le lendemain
Or, s'il est une chose amère, désolante
En rendant l'âme à Dieu c'est bien de constater
Qu'on a fait fausse route, qu'on s'est trompé d'idée
Mourons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente
[...]
Des idées réclamant le fameux sacrifice
Les sectes de tout poil en offrent des séquelles
Et la question se pose aux victimes novices
Mourir pour des idées, c'est bien beau mais lesquelles ?
Et comme toutes sont entre elles ressemblantes
Quand il les voit venir, avec leur gros drapeau
Le sage, en hésitant, tourne autour du tombeau
Mourons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.
[^] # Re: Powershell et cURL - mauvaise volonté
Posté par kantien . En réponse au journal PowerShell sur Linux. Évalué à 2.
Je crois qu'il s'égare et dévie du point débattu, à moins que tous ces principes ne soient liés pour lui, auquel cas je ne peux le suivre dans ces idées. Cela étant, l'insulter n'arrangera pas les choses.
Quoi qu'il en soit, le manque de mesure dans ses propos est assez déroutant pour une personne qui a convoqué les philosophes et scientifiques (serait-ce une forme d'autorité dont on ne peut prétendre remettre en cause les thèses ?) et qui émet des jugements pour le moins rapide sur les principes et idéaux de ses interlocuteurs : pour ma part, par exemple, je n'utilise jamais le terme open-source et mon souhait est que tous les logiciels soient libres. Microsoft est-il le Grand Satan ? sur le site du projet GNU.
Comme parmi les philosophes il ne se réfère pour le moment qu'à Michel Foucault, je me permets de préciser que ce dernier à effectuer sa thèse de de doctorat sur l'anthropologie de Kant qu'il traduisit en langue française. L'on peut également noter que la pensée de Foucault se développe dans une période qui succède à la seconde guerre mondiale et les atrocités de l'holocauste. Le cas Eichmann, qui fut responsable logistique de la « solution finale », étant l'archétype de ce que dénonce Foucault sachant que sa défense il plaida n'avoir fait que « suivre les ordres » et, chose la plus choquante pour un kantien, se réclama de Kant pour se justifier.
Mais au fond qu'est donc cette chose que l'on nomme philosophie ?
Pour ne pas confondre, comme il peut arriver, cette longue citation avec le recours à l'argument d'autorité (dont la forme générale correspond à cette thèse est vraie car un tel l'a dit), il peut être utile de montrer le caractère propre qui est aux principes de ce dernier. À cette fin, je citerai un passage du même ouvrage (pourquoi réinventer la roue ?) extrait du chapitre sur les préjugés et leurs sources :
Le graissage dans la citation qui précède est de moi, et outre le fait qu'il souligne le principe qui est au rejet de l'argument d'autorité de la personne, il expose une des raisons pour laquelle je suis libriste et correspond en partie à l'injection bien connue : « show me the code ! ».
Parmi les autres sources de préjugés, on en trouve une qui illustre à merveille les échanges présents :
Il n'est bien sûr pas question de rester passif et insensible devant les préjugés sexistes de la société contemporaine, ou de les laisser intacts en espérant que les mœurs changent d'elles-mêmes, mais de signaler que la réforme graphique proposée risque d'aller à l'encontre de son propre dessein; et de remarquer que les conseils prodigués par l'office québécois de la langue française sur la féniminisation des textes et la rédaction épicène semblent plus réfléchis et mesurés.
Pour conclure en musique, et comme cmal semble apprécier Brassens, je proposerais Mourir pour des idées.
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.