Réponse un peu longue pour essayer de clarifier les choses.
TLDR: Merci, ça fait plaisir d'avoir un interlocuteur qui n'est pas tout à fait de mauvaise foi ;-)
Non je ne comprends pas trop. Il me semble que les travers que tu reproche ne sont que le reflets de problèmes sociologiques.
Tout à fait ! Historiquement, le contrôle de l'Église catholique sur la langue française à partir du Moyen-Âge.
(pour le détail, ce sont des considérations sociologiques mais des problèmes sociaux, pas l'inverse ;))
Avant d'essayer d'imposer la parité, il faut d'abord se demander si on a bien cette parité dans les amphis de ces formations.
Ça aurait du sens, en effet. Mais du coup, les gens qui cherchent à mettre en place la parité (à part les politicard⋅e⋅s qui récupèrent ça pour leur campagne) s'intéressent moins au chiffre exact de la répartition qu'aux mécaniques sous-jacentes à notre société (institutions, structures) qui y amènent.
Je suis personnellement assez critique de la parité, qui est encore une autre problématique. C'est à mon sens un outil à double-tranchant ; selon comment c'est mis en place, ça peut aussi bien résorber des inégalités rapidement (et ensuite être supprimé parce que y'en a plus besoin), ou alors cristaliser des catégorisations sociales (forcer tout le monde à être traité comme homme ou femme, et plus comme une personne).
Après, il semble par l'expérience que cela ait des résultats positifs. Par exemple dans les nouvelles formes d'organisations sociales qui se mettent en place au Kurdistan (face à l'État Islamique d'une part et à l'État fasciste turc de l'autre). Si t'es curieux sur ce qui se passe par là-bas, Kedistan est une très bonne publication d'analyses (très critiques) et d'actualités Kurdes.
Quand tu parle par exemple des trans et du fait d'être malveillant si on les appelles « il », personnellement je n'en ai jamais rencontré et je serais bien embêter à savoir s'il faut dire « il », « elle » ou une quelconque autre invention.
Ben ça dépend des gens. Personnellement, j'utilise le pronom iel, mais je ne me froisse pas si quelqu'un utilise au premier abord un autre pronom (il ou elle).
Ce n'est ni ridicule ni gênant de demander à quelqu'un les pronoms qu'ille emploie, ni de donner spontanément les siens. Exactement comme pour le nom. Après, si quelqu'un s'habille et se comporte de façon ostentatoirement féminine ou masculine, ça pourrait compréhensiblement la contrarier de lui demander.
Mais il n'y a ni honte ni gêne à demander ou à se laisser corriger si on a mal supposé. En faire tout une affaire à coup d'excuses plates risquerait au contraire de vous mettre toi et ton interlocuteurice mal à l'aise.
Il faut bien garder en tête que ce n'est qu'un pronom, c'est à dire une part minuscule mais non-négligeable de l'identité que tu présentes au monde qui t'entoure. C'est un peu comme ton nom (fut-ce un prénom ou un pseudonyme), c'est une information peu significative par rapport à ce que tu es et ce que tu fais, mais c'est une part intégrante de ta personne et il serait sympa que les autres le respectent en tant que tel.
Du coup, un peu comme quand quelqu'un écorche ton nom, il y a peu de chance que tu te sentes particulièrement agressé. Mais si quelqu'un semble le faire consciemment, tu risques très vite de t'énerver ou d'être mal à l'aise.
Dans mon expérience très personnelle (et très privilégiée, ayant des proches très compréhensif⋅ve⋅s), j'ai à peu près autant de problèmes à expliquer mon pronom (iel) aux gens que mon nom (cmal).
C'est l'évolution de la société qui pourra changer la langue. L'inverse me plaît assez moyennement puisque ça me rappel juste des techniques de novlangue (mais je suis pas linguiste, hein ?).
Le langage influence-t-il la culture ou la culture influence-t-elle le langage ? Probablement un peu des deux. Un article de l'Express vers lequel je linkais tout à l'heure contient des pistes d'analyses sur cette question.
Les langues évoluent qu'on le veuille ou non, même celles qui ont été perçues par leur contemporain⋅e⋅s comme parfaites voire naturelles, comme il y a quelques milliers d'années le sanskrit, le latin et le grec, ou plus récemment l'anglais et le français à l'heure du colonialisme.
Du coup, la question n'est pas tant de savoir si on est en train de modifier la langue (et de si ça peut avoir un impact sur la société), mais plutôt : quel impact sur notre société peut avoir tel ou tel changement dans notre langue ?
À ce propos, je suis très inquiet de l'usage fait de mots tels que "vidéoprotection", "vigipirate" (traduction française de « Big Brother is watching you »), ou encore "terrorisme" (qui change de définition et de visage à peu près tous les 20 ans depuis le 19ème siècle).
Quand je réfléchis, en revanche, aux possibilités (en terme de contrôle social) apportées par l'usage de formulations neutres, par contre, je suis vraiment en rade ;-)
Mais ton inquiétude est saine : il faut rester vigilant par rapport à ce qu'on essaye de nous faire gober. Typiquement, les politiques d'inclusion libérale (que je suis loin de défendre) peuvent servir de prétexte à une légitimation de certaines mécaniques d'oppression.
Par exemple, aux USA, le cas de Chelsea Manning qui a été instrumentalisé (notamment par Hillary Clinton) pour redorer le blason de l'armée auprès des communautés queer/LGBT.
En France, où nos journaux sont capables de pondre des pages sur le racisme et la violence systémique (mais pas forcément systématique) de la police aux États-Unis, on nous dit qu'ici c'est différent et que les accidents et suicides sont fréquents par chez nous (par hasard, pile le jour où les caméras du comissariat marchent pas). Et encore, ça c'est quand on ne s'amuse pas à inventer aux victimes des explosifs et des comportements violents.
Aujourd'hui, l'étiquette "féministe" est revendiquée et instrumentalisée par notre gouvernement qui se prétend socialiste. Mais toute analyse sociologique un tant soit peu conséquente saura faire la critique, non du féminisme en tant que champs d'analyse, mais des différents courants politiques qui le traversent, et notamment aujourd'hui du féminisme libéral (typiquement blanc) dont les seules préoccupations sont les salaires et le harcèlement de rue, qui sont avec un peu de recul des problèmes de riches, considérant les conditions des femmes prolétaires (en France et ailleurs).
[^] # Re: Powershell et cURL - mauvaise volonté
Posté par cmal . En réponse au journal PowerShell sur Linux. Évalué à -3.
Réponse un peu longue pour essayer de clarifier les choses.
TLDR: Merci, ça fait plaisir d'avoir un interlocuteur qui n'est pas tout à fait de mauvaise foi ;-)
Tout à fait ! Historiquement, le contrôle de l'Église catholique sur la langue française à partir du Moyen-Âge.
(pour le détail, ce sont des considérations sociologiques mais des problèmes sociaux, pas l'inverse ;))
Ça aurait du sens, en effet. Mais du coup, les gens qui cherchent à mettre en place la parité (à part les politicard⋅e⋅s qui récupèrent ça pour leur campagne) s'intéressent moins au chiffre exact de la répartition qu'aux mécaniques sous-jacentes à notre société (institutions, structures) qui y amènent.
Je suis personnellement assez critique de la parité, qui est encore une autre problématique. C'est à mon sens un outil à double-tranchant ; selon comment c'est mis en place, ça peut aussi bien résorber des inégalités rapidement (et ensuite être supprimé parce que y'en a plus besoin), ou alors cristaliser des catégorisations sociales (forcer tout le monde à être traité comme homme ou femme, et plus comme une personne).
Après, il semble par l'expérience que cela ait des résultats positifs. Par exemple dans les nouvelles formes d'organisations sociales qui se mettent en place au Kurdistan (face à l'État Islamique d'une part et à l'État fasciste turc de l'autre). Si t'es curieux sur ce qui se passe par là-bas, Kedistan est une très bonne publication d'analyses (très critiques) et d'actualités Kurdes.
Ben ça dépend des gens. Personnellement, j'utilise le pronom iel, mais je ne me froisse pas si quelqu'un utilise au premier abord un autre pronom (il ou elle).
Ce n'est ni ridicule ni gênant de demander à quelqu'un les pronoms qu'ille emploie, ni de donner spontanément les siens. Exactement comme pour le nom. Après, si quelqu'un s'habille et se comporte de façon ostentatoirement féminine ou masculine, ça pourrait compréhensiblement la contrarier de lui demander.
Mais il n'y a ni honte ni gêne à demander ou à se laisser corriger si on a mal supposé. En faire tout une affaire à coup d'excuses plates risquerait au contraire de vous mettre toi et ton interlocuteurice mal à l'aise.
Il faut bien garder en tête que ce n'est qu'un pronom, c'est à dire une part minuscule mais non-négligeable de l'identité que tu présentes au monde qui t'entoure. C'est un peu comme ton nom (fut-ce un prénom ou un pseudonyme), c'est une information peu significative par rapport à ce que tu es et ce que tu fais, mais c'est une part intégrante de ta personne et il serait sympa que les autres le respectent en tant que tel.
Du coup, un peu comme quand quelqu'un écorche ton nom, il y a peu de chance que tu te sentes particulièrement agressé. Mais si quelqu'un semble le faire consciemment, tu risques très vite de t'énerver ou d'être mal à l'aise.
Dans mon expérience très personnelle (et très privilégiée, ayant des proches très compréhensif⋅ve⋅s), j'ai à peu près autant de problèmes à expliquer mon pronom (iel) aux gens que mon nom (cmal).
Le langage influence-t-il la culture ou la culture influence-t-elle le langage ? Probablement un peu des deux. Un article de l'Express vers lequel je linkais tout à l'heure contient des pistes d'analyses sur cette question.
Les langues évoluent qu'on le veuille ou non, même celles qui ont été perçues par leur contemporain⋅e⋅s comme parfaites voire naturelles, comme il y a quelques milliers d'années le sanskrit, le latin et le grec, ou plus récemment l'anglais et le français à l'heure du colonialisme.
Du coup, la question n'est pas tant de savoir si on est en train de modifier la langue (et de si ça peut avoir un impact sur la société), mais plutôt : quel impact sur notre société peut avoir tel ou tel changement dans notre langue ?
À ce propos, je suis très inquiet de l'usage fait de mots tels que "vidéoprotection", "vigipirate" (traduction française de « Big Brother is watching you »), ou encore "terrorisme" (qui change de définition et de visage à peu près tous les 20 ans depuis le 19ème siècle).
Quand je réfléchis, en revanche, aux possibilités (en terme de contrôle social) apportées par l'usage de formulations neutres, par contre, je suis vraiment en rade ;-)
Mais ton inquiétude est saine : il faut rester vigilant par rapport à ce qu'on essaye de nous faire gober. Typiquement, les politiques d'inclusion libérale (que je suis loin de défendre) peuvent servir de prétexte à une légitimation de certaines mécaniques d'oppression.
Par exemple, aux USA, le cas de Chelsea Manning qui a été instrumentalisé (notamment par Hillary Clinton) pour redorer le blason de l'armée auprès des communautés queer/LGBT.
En France, où nos journaux sont capables de pondre des pages sur le racisme et la violence systémique (mais pas forcément systématique) de la police aux États-Unis, on nous dit qu'ici c'est différent et que les accidents et suicides sont fréquents par chez nous (par hasard, pile le jour où les caméras du comissariat marchent pas). Et encore, ça c'est quand on ne s'amuse pas à inventer aux victimes des explosifs et des comportements violents.
Aujourd'hui, l'étiquette "féministe" est revendiquée et instrumentalisée par notre gouvernement qui se prétend socialiste. Mais toute analyse sociologique un tant soit peu conséquente saura faire la critique, non du féminisme en tant que champs d'analyse, mais des différents courants politiques qui le traversent, et notamment aujourd'hui du féminisme libéral (typiquement blanc) dont les seules préoccupations sont les salaires et le harcèlement de rue, qui sont avec un peu de recul des problèmes de riches, considérant les conditions des femmes prolétaires (en France et ailleurs).
Pour le coup, j'ai été plus clair ?