Tu soulèves des points intéressants, mais je n'ai pas le temps de développer une réponse adaptée alors je me limiterai à souligner deux points.
Michael et kantien pensent le coût élevé (changement d'une règle établie, validée par une instance de normalisation, l'académie française)
Je me contrefous des avis de l'Académie française, ce qui m'importe ce sont les usages admis par les locuteurs de la langue. Si je peux partager certaines de ses positions, je ne lui reconnaît aucune autorité normative sur la langue.
Nos actions (ici agir = changer notre manière d'écrire) ne dépendent pas seulement de la probabilité qu'on nos actions d'être bénéfiques, mais aussi de l'ampleur (ampleur au sens magnitude) supposée du bénéfice et du cout.
Pour un kantien, raisonner en terme de bénéfice-coût lorsqu'il s'agit de droit et de devoir (et je maintiens que c'est sur ce plan que les partisans de cette réforme amènent le fond du débat) c'est déjà porter dans son cœur le principe même de l'injustice. Et je ne parles pas de la justice rendue dans les tribunaux d'après les lois contenues dans les codes. Les kantiens distinguent trois niveaux du droit :
le droit à l'état de nature, celui fictionnel que l'on obtient dans la pensée en faisant abstraction de l'existence de l'état civil ;
le droit statutaire, celui que l'on trouve dans chaque État constitué tel qu'inscrit dans leurs codes ;
le droit naturel, point de vue métapositif fondé sur des principes de la raison pure (le qualificatif étant employé dans le même sens que dans l'expression mathématique pure) qui permet de juger le droit statutaire.
Il me semble que c'est à ce troisième point de vue que cherche à se placer j-c_32 quand il parle de « société injuste ». Et pour un kantien abordé ce point de vue en fonction des conséquences de nos actes, et dans des termes de coût-bénéfice c'est avoir une approche technico-pratique, voire technocratique, du droit et cela revient à ruiner le concept dans ses fondements mêmes.
Comme sur un autre fil, on m'a invoqué Foucault pour justifier la maxime « all cops are bastards », je me permets de mettre en lien cette conférence de Véronique Bonnet (professeur de philosophie et administratrice de l'April) en hommage à Foucault dont j'extrairai ce passage :
Michel Foucault, donc, fut non seulement lanceur d'alerte, mais aussi un artificier.
Dans l'offensive, et sur le pont. Le lexique guerrier est chez lui assez récurrent. Faire
le siège, sans attentisme. Dynamiter des citadelles, des remparts symboliques. Passer.
Faire bouger les lignes. Sans pour autant céder à la tentation d'un activisme
irresponsable, qui ferait le jeu du pouvoir.
Outils forgés, certes, par une lecture de Nietzsche, de qui il reprend les notions de
généalogie, et d'archéologie. Mais aussi par une fréquentation des Lumières,
notamment de Kant, dont il a traduit et commenté l'Anthropologie d'un point de vue
pragmatique, pour sa thèse complémentaire. Même si dans la suite, il s'est détaché de
la notion d'anthropologie, faisant de l'anthropologisme un discours relâché et abusif,
le « visage de sable » de l'être humain se trouvant en sursis.
Kant, dans Qu'est-ce que les Lumières ? montre l'inconsistance d'une révolution qui
inverserait seulement la place des dominés et des dominants en maintenant intacte la
structure. Il s'agit plutôt de déjouer les subordinations par des outils appropriés. Ainsi, chez Kant, on trouve la préconisation « Raisonnez, mais obéissez ! » , et la
dissociation entre usage privé et usage public de sa raison. Dans le même sens,
Michel Foucault fait la différence entre « se défendre » et « se faire justice soi-
même ». Cette dernière expression reviendrait en effet à s'enfermer dans des
contradictions.
Ainsi, dans un paragraphe écrit dans le cadre de sa participation au GIP, groupe
d'information sur les prisons, il insiste sur la forme réfléchie et actuelle de la défense
de soi par le droit, sur le ici et maintenant de l'inacceptable.
« Dans l’expression « Se défendre », le pronom réfléchi est capital. Il s’agit en effet
d’inscrire la vie, l’existence, la subjectivité et la réalité même de l’individu dans la
pratique du droit. Se défendre ne veut pas dire s’auto-défendre. L’auto-défense, c’est
vouloir se faire justice soi-même, c’est-à-dire s’identifier à une instance de pouvoir et
prolonger de son propre chef leurs actions. »
Dès lors, une définition très précautionneuse et en même temps très offensive, corrige
ce qui pourrait faire contresens :
« Se défendre, au contraire, c’est refuser de jouer le jeu des instances de pouvoir et
se servir du droit pour limiter leurs actions. Ainsi entendue, la défense a valeur
absolue. Elle ne saurait être limitée ou désarmée par le fait que la situation était pire
autrefois ou pourrait être meilleure plus tard. On ne se défend qu’au présent :
l’inacceptable n’est pas relatif. »
Les graissages de la citation sont de moi.
Ton commentaire mériterait sans doute de plus amples développements en réponse. Mais le temps me manque, et pour des raisons privées (enterrement d'une proche), je ne pourrais pas avant ce week-end ou plutôt début de la semaine prochaine. Si l'envie m'en dit encore, à moins que je ne préfère arrêter là le débat en vertu du principe voltairien : « la paix vaut encore mieux que la vérité ».
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.
[^] # Re: Tiptop le sexisme
Posté par kantien . En réponse à la dépêche Ouverture du site Libre Games Initiatives. Évalué à 4.
Tu soulèves des points intéressants, mais je n'ai pas le temps de développer une réponse adaptée alors je me limiterai à souligner deux points.
Je me contrefous des avis de l'Académie française, ce qui m'importe ce sont les usages admis par les locuteurs de la langue. Si je peux partager certaines de ses positions, je ne lui reconnaît aucune autorité normative sur la langue.
Pour un kantien, raisonner en terme de bénéfice-coût lorsqu'il s'agit de droit et de devoir (et je maintiens que c'est sur ce plan que les partisans de cette réforme amènent le fond du débat) c'est déjà porter dans son cœur le principe même de l'injustice. Et je ne parles pas de la justice rendue dans les tribunaux d'après les lois contenues dans les codes. Les kantiens distinguent trois niveaux du droit :
Il me semble que c'est à ce troisième point de vue que cherche à se placer j-c_32 quand il parle de « société injuste ». Et pour un kantien abordé ce point de vue en fonction des conséquences de nos actes, et dans des termes de coût-bénéfice c'est avoir une approche technico-pratique, voire technocratique, du droit et cela revient à ruiner le concept dans ses fondements mêmes.
Comme sur un autre fil, on m'a invoqué Foucault pour justifier la maxime « all cops are bastards », je me permets de mettre en lien cette conférence de Véronique Bonnet (professeur de philosophie et administratrice de l'April) en hommage à Foucault dont j'extrairai ce passage :
Les graissages de la citation sont de moi.
Ton commentaire mériterait sans doute de plus amples développements en réponse. Mais le temps me manque, et pour des raisons privées (enterrement d'une proche), je ne pourrais pas avant ce week-end ou plutôt début de la semaine prochaine. Si l'envie m'en dit encore, à moins que je ne préfère arrêter là le débat en vertu du principe voltairien : « la paix vaut encore mieux que la vérité ».
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.