• [^] # Re: Tiptop le sexisme

    Posté par . En réponse à la dépêche Ouverture du site Libre Games Initiatives. Évalué à 8. Dernière modification le 10 août 2016 à 18:31.

    C'est vrai, mais c'est aussi inapplicable en pratique. Pour reprendre ton exemple des gros, si tu es un chef d'entreprise pragmatique, tu vas vouloir éviter d'embaucher des gros, ou alors tu voudras moins les payer. Bien sûr, il peut exister tout un arsenal juridique pour essayer de t'empêcher de discriminer les gros, mais n'empêche : tu passeras ton temps à essayer de trouver une combine pour optimiser tes revenus, et tu auras toujours un coup d'avance sur l'arsenal législatif.

    L'économie de marché a quand même un avantage, c'est qu'elle a un côté rationnel. Si la productivité d'un gros (je n'ai rien contre les gros, remplacez par "roux", "noir", "femme", "syndicaliste", ou n'importe quel terme qui n'est pas politiquement correct, le raisonnement est toujours le même) est de 90% par rapport à un non-gros, la seule manière de s'assurer que les gros aient du boulot, c'est de compenser cette perte. Soit tu acceptes qu'ils soient payés 10% de moins, soit tu acceptes qu'ils doivent travailler 10% de plus, soit l'État verse une subvention équivalente aux entreprises, soit tu fais payer une taxe équivalente aux entreprises qui n'ont pas leur quota de gros. Mais si tu ne fais rien de particulier, alors le déséquilibre va toujours exister.

    Bref, on s'en contre-fout de l'optimisation de l'entreprise de l'employeur

    C'est ce qu'aimerait la CGT, mais c'est faux. Ça pourrait être vrai dans une économie planifiée et/ou dans les situations de monopole. Mais dans les situations concurrentielles, ça ne fonctionne pas, parce qu'il y aura un avantage aux entreprises qui ne jouent pas le jeu, et que les entreprises qui jouent le jeu vont couler, laissant le marché aux boîtes non-humanistes. D'ailleurs, c'est probablement exactement ce qui s'est passé au cours du XXe siècle, les entreprises brutales et inhumaines actuelles ne sont pour la plupart pas des entreprises humanistes qui se sont transformées, ce sont des entreprises nouvelles dont les méthodes de gestion des RH "optimisées" ont rayé de la carte les entreprises traditionnelles. Bon, dans les faits, les pires boîtes sont celles qui veulent violemment changer de modèle et singer les méthodes agressives mais qui savent tellement peu le faire qu'elles se détruisent elles-mêmes (EDF, la Poste, Orange, etc).

    Personnellement, je considère que le capitalisme, c'est comme la gravité ou la sélection naturelle : c'est une forme de loi de la nature. Les pommes tombent, les inadaptés ne se reproduisent pas, le pognon va au pognon avec sa logique propre. Il est bien sûr possible de faire voler des avions, de traiter les malades pour qu'ils survivent, ou de réguler l'économie de marché, mais ça demande en permanence de l'énergie, ça a un coût humain et matériel, et si on arrête de fournir cet effort, ça revient automatiquement dans l'état où ça aurait été si on n'avait pas activement contré le mécanisme.

    Du coup, il vaut mieux comprendre et accompagner le phénomène, éventuellement même en tirer parti qaund c'est possible, plutôt que de s'acharner à lutter contre lui sur tous les fronts. Dire que " cette entreprise doit avant tout s'inscrire dans les objectifs de l'humanité ", c'est comme dire que les objets ne devraient pas tomber. Je trouve aussi que le capitalisme, c'est nul ; mais je trouve également par exemple que la mort, c'est nul aussi, peut-être même pire que le capitalisme. Mais je peux m'énerver autant que je veux, brasser du vent, faire des lois qui interdisent de mourir, ça ne va pas changer grand chose. Par contre, si tu peux faire en sorte que l'accomplissement des objectifs d'une entreprise coïncident dans une certaine mesure avec les objetifs de l'humanité, alors tout devient possible. Ça revient à utiliser la logique et le moteur du capitalisme, mais en l'orientant dans la direction souhaitée.