• [^] # Re: Pas si internationale

    Posté par . En réponse à la dépêche État de l’espéranto sous GNU/Linux. Évalué à 10.

    Je rebondis sur ces 2 arguments très souvent relevés mais dont certains linguistes réfutent comme Claude Piron.

    Extrait de son article Langue occidentale, l'espéranto?:

    La plupart des Occidentaux ne se doutent pas qu’il existe des langues si cohérentes que la notion même de verbe irrégulier, de pluriel exceptionnel, de dérivation aberrante y est tout simplement impensable. Parmi ces langues on compte le chinois, le vietnamien... et l’espéranto. (...) En chinois, ‘mon’, ‘ma’, ‘mes’,‘mien’ etc. se disent tout simplement wode, ce qui est la forme adjective (-de) de wo, ‘je’. L’espéranto dérive ces mots de la même manière, en ajoutant la marque de l’adjectif au mot ‘je’. De ce fait, des réalités parallèles s’expriment dans ces deux langues par des formes parallèles, ce qui ne se retrouve dans aucune langue occidentale. Dans ‘je prends le vôtre, vous prenez le mien’, la réciprocité des gestes se marque dans la forme aussi bien en chinois (wo na nide, ni na wode) qu’en espéranto (mi prenas vian, vi prenas mian). (...)

    Une même similitude de structure se retrouve entre chinois et espéranto dans la formation des mots. En français comme en anglais, il faut apprendre séparément des mots comme compatriote, coreligionnaire, condisciple et il n’est pas question d’exprimer par un seul mot des concepts comme ‘personne de la même race’ ou ‘quelqu’un qui parle la même langue’. En chinois, il suffit de connaître la structure et le mot fondamental. Si l’on sait dire ‘pays’, on sait automatiquement dire ‘compatriote’. Il en est de même en espéranto: pour former samlandano ‘compatriote’, samreligiano ‘coreligionnaire’, samklasano ‘condisciple’, samrasano ‘personne de la même race’, samlingvano, ‘personne qui parle la même langue’, il suffit de connaître la structure sam---ano et d’y insérer la racine correspondante. De même, le Chinois qui apprend le français, l’anglais, ou l’italien doit mémoriser comme une entité totalement nouvelle le mot étranger (foreigner, straniero). S’il apprend l’espéranto, il lui suffit de traduire syllabe par syllabe (monème par monème, dirait un linguiste) les trois éléments constitutifs du mot de sa langue maternelle : waiguoren ‘étranger’, se compose de wai ‘en dehors’ (espéranto ekster), de guo ‘pays’ (espéranto land-) et de ren (être humain, correspondant ici à l’espéranto ano, être humain appartenant à, membre de, venant de...) : ‘étranger’ se dit en espéranto eksterlandano. (...)

    Les personnes qui reprochent à l’espéranto d’être trop occidental négligent deux aspects importants de la question. D’une part, ils jugent de façon purement superficielle, sans entrer dans l’analyse linguistique de la langue, qui seule peut révéler à quel point elle est, en profondeur, différente de ce qu’elle semble être à première vue. D’autre part, ils oublient qu’une langue de communication internationale est de toute façon nécessaire. Sur quelle langue se rabat-on, en pratique, quand on n’a pas de langue commune? Sur l’anglais ! Or, celui-ci est une langue beaucoup plus occidentale que l’espéranto et beaucoup plus difficile à acquérir et à manier pour la grande majorité des habitants de notre planète. Aucune langue ne pourrait mettre tous les peuples à égalité. Mais de toutes celles qui existent et qui sont utilisées en pratique, l’espéranto est celle qui s’approche le plus de cet idéal. Au bout de 2000 heures d’anglais (5 heures par semaine pendant 10 ans), le Japonais et le Chinois moyens sont incapables de s’exprimer de façon réellement opérationnelle dans la langue de Shakespeare ou du Wall Street Journal, ils n’en sont qu’au stade du balbutiement. Après 220 heures d’espéranto, en moyenne, ils peuvent réellement communiquer avec aisance. Cette différence n’a rien d’étonnant pour qui étudie les structures linguistiques des diverses langues.