J'avais bien noté, au fil de tes différentes interventions, les trois points que tu cites. Je n'ai pas le temps, ni peut être dans le fond l'envie, de développer en détails mon approche sur les problématiques que tu soulèves, alors je vais faire court :
Effectivement je peux m'y faire dans le sens que cela ne perturbe pas trop mon déchiffrement du texte. Lorsque j'arrive sur un mot comme lecteur-ice-s, j'adapte mon « algorithme de parsing » comme suit : je garde lecteur (que j'identifie d'un coup d'œil), puis voyant le tiret (je suis sur mes gardes) je comprends que tout ce qui suit jusqu'au mot suivant n'est que du bruit rajouté par l'émetteur, qui n'ajoute rien à la sémantique usuelle de langue française, et qui révèle surtout l'ignorance crasse de l'auteur au sujet de la grammaire de la langue qu'il entend réformer.
Cette position victimaire qui relève pertinemment du stratagème XII cité dans un de mes précédents messages, puisque le qualificatif inclusif semble bien être celui que les partisans de cette graphie semble s'être donnés d'après le titre de ce commentaire de ariasuni ainsi que celui-ci d'un des membres de l'équipe de modération, a le don de m'énerver. Je te parlerais donc d'une de mes sœurs qui, lorsqu'elle s'est mariée, a tenu à garder son nom de jeune fille sur son état civil en plus de l'ajout de celui de son conjoint (et il me semble qu'il en est de même pour leurs enfants). Néanmoins elle trouve cette écriture profondément inepte, bien qu'elle doive parfois en faire usage suite à des directives hiérarchiques lorsqu'elle publie des offres d'emploi. Voilà ce que Michaël voulait désigner par « féminime de salon ». Elle connaît parfaitement sa grammaire, sait bien faire la distinction entre genre grammaticale et genre naturel, connaît le statut du genre non-marqué; mais lorsque qu'un principe similaire se situe sur le plan du droit, c'est à dire dans l'ordre du juridique et non du grammaticale, son action change du tout au tout.
je ne peux qu'abonder dans ton sens sur celui-ci.
D'une manière générale, je n'apprécie que moyennement que l'on galvaude les problèmes d'égalité de droit et que l'on fasse des analogies douteuses sur le sujet.
Une connaissance de cette espèce, c'est la connaissance par analogie, mot qui ne veut pas dire, comme on l'entend communément, une ressemblance imparfaite entre deux choses, mais bien la ressemblance parfaite de deux rapports entre des choses tout à fait dissemblables.
Ainsi il y a une analogie entre le rapport juridique d'actions humaines et le rapport mécanique de forces motrices : je ne puis jamais rien faire contre autrui sans lui donner le droit d'en faire autant contre moi dans les mêmes conditions, exactement comme aucun corps ne peut agir sur un autre avec sa force motrice sans être par la même cause que cet autre corps réagisse d'autant contre lui. Dans cette exemple, droit et force motrice sont des choses tout à fait dissemblables, mais dans leur rapport il y a cependant une ressemblance complète.
Kant, prolégomènes à toute métaphysique future qui pourra se présenter comme science.
Dans la doctrine kantienne, ce qui fonde cette ressemblance complète entre le principe d'action-réaction de la dynamique et l'égalité juridique des hommes c'est la forme des jugements disjonctifs : les kantiens n'ont pas attendu Curry-Howard pour se servir de la forme logique des jugements comme principe de typage. ;-)
Autre exemple issu de la Doctrine du droit :
Tout État contient en soi trois pouvoirs, c'est-à-dire la volonté universellement unifiée en une triple personne (trias poiltica) : le pouvoir souverain (souveraineté) en la personne du législateur, le pouvoir exécutif en la personne du gouvernement (en conformité avec la loi) et le pouvoir judiciaire (en tant que capacité d'attribuer à chacun ce qui est sien d'après la loi) en la personne du juge (potestas legislatoria, rectoria et judiciaria) — semblable en cela aux trois propositions d'un syllogisme de la raison pratique : à la majeure, qui contient la loi de la volonté, à la mineure, qui contient le commandement de se conduire selon la loi, c'est à dire le principe de subsomption sous la majeure, et à la conclusion, qui contient l'arrêt de justice (la sentence), à savoir ce qui est de droit dans le cas concerné.
Kant, doctrine du droit.
Et de même que dans la pensée il ne faut jamais confondre le rôle de la raison et celui de l'entendement (statut de la majeur et de la mineur), dans le champ du politique il faut veiller à séparer les pouvoirs législatif et exécutif dans la constitution républicaine à la forme si sublime (sic) :
1er article définitif en vue de la paix perpétuelle.
La constitution civique de chaque État doit être républicaine.
La constitution instituée premièrement d'après les principes de liberté des membres d'une société (comme hommes), deuxièmement d'après les principes de dépendance de tous envers une unique législation commune (comme sujets) et troisièmement d'après la loi de leur égalité (comme citoyens) — seule constitution qui provient de l'idée de contrat originaire sur laquelle doit être fondée toute législation de droit d'un peuple — est la constitution républicaine* . Par conséquent, en ce qui concerne le droit, elle est en elle-même celle qui est au fondement originaire de toutes les sortes de constitution civique et il ne reste plus maintenant que la question de savoir si elle est aussi la seule qui puisse conduire à la paix perpétuelle.
* La liberté de droit (par suite extérieure) ne peut pas être définie, comme on a coutume de le faire, par l'autorisation de faire tout ce qu'on veut pourvu qu'on ne fasse pas de tort à autrui. Car que signifie autorisation ? La possibilité d'agir dans la mesure où l'on ne fait de tort à personne. Ainsi l'explication serait celle-ci : la liberté est la possibilité de l'action qui ne fait pas de tort à autrui. On ne fait de tort à personne (quoi qu'on fasse d'ailleurs) à condition de ne faire de tort à personne. Par suite c'est une tautologie vide. — Il faut au contraire définir ma liberté extérieure (de droit) ainsi : elle est l'autorisation de n'obéir à aucune loi extérieure que celles auxquelles j'ai pu donner mon assentiment. — De même l'égalité extérieure (de droit) dans un État est le rapport des citoyens selon lequel personne ne peut obliger l'autre, de droit, sans que, en même temps, il ne se soumette à la loi qui peut l'obliger réciproquement et de la meilleur manière. (Le principe de la dépendance de droit qui se trouve déjà dans le concept d'une constitution d'État en général n'a pas besoin d'explications.)
Kant, Vers la paix perpétuelle.
Bon finalement j'ai fait plus long que prévu. :-P Mais cela m'a permis d'illustrer, ce qu'en comparaison de cette écriture soi-disant inclusive, je considère comme sérieux sur le plan doctrinal dans le champ de la philosophie politique. ;-)
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.
[^] # Re: Si, il y a un remplaçant... malheureusement
Posté par kantien . En réponse à la dépêche Unixcorn, trois mois plus tard : évolutions, remises en questions et stabilisation. Évalué à 4.
J'avais bien noté, au fil de tes différentes interventions, les trois points que tu cites. Je n'ai pas le temps, ni peut être dans le fond l'envie, de développer en détails mon approche sur les problématiques que tu soulèves, alors je vais faire court :
Effectivement je peux m'y faire dans le sens que cela ne perturbe pas trop mon déchiffrement du texte. Lorsque j'arrive sur un mot comme lecteur-ice-s, j'adapte mon « algorithme de parsing » comme suit : je garde lecteur (que j'identifie d'un coup d'œil), puis voyant le tiret (je suis sur mes gardes) je comprends que tout ce qui suit jusqu'au mot suivant n'est que du bruit rajouté par l'émetteur, qui n'ajoute rien à la sémantique usuelle de langue française, et qui révèle surtout l'ignorance crasse de l'auteur au sujet de la grammaire de la langue qu'il entend réformer.
Cette position victimaire qui relève pertinemment du stratagème XII cité dans un de mes précédents messages, puisque le qualificatif inclusif semble bien être celui que les partisans de cette graphie semble s'être donnés d'après le titre de ce commentaire de ariasuni ainsi que celui-ci d'un des membres de l'équipe de modération, a le don de m'énerver. Je te parlerais donc d'une de mes sœurs qui, lorsqu'elle s'est mariée, a tenu à garder son nom de jeune fille sur son état civil en plus de l'ajout de celui de son conjoint (et il me semble qu'il en est de même pour leurs enfants). Néanmoins elle trouve cette écriture profondément inepte, bien qu'elle doive parfois en faire usage suite à des directives hiérarchiques lorsqu'elle publie des offres d'emploi. Voilà ce que Michaël voulait désigner par « féminime de salon ». Elle connaît parfaitement sa grammaire, sait bien faire la distinction entre genre grammaticale et genre naturel, connaît le statut du genre non-marqué; mais lorsque qu'un principe similaire se situe sur le plan du droit, c'est à dire dans l'ordre du juridique et non du grammaticale, son action change du tout au tout.
je ne peux qu'abonder dans ton sens sur celui-ci.
D'une manière générale, je n'apprécie que moyennement que l'on galvaude les problèmes d'égalité de droit et que l'on fasse des analogies douteuses sur le sujet.
Dans la doctrine kantienne, ce qui fonde cette ressemblance complète entre le principe d'action-réaction de la dynamique et l'égalité juridique des hommes c'est la forme des jugements disjonctifs : les kantiens n'ont pas attendu Curry-Howard pour se servir de la forme logique des jugements comme principe de typage. ;-)
Autre exemple issu de la Doctrine du droit :
Et de même que dans la pensée il ne faut jamais confondre le rôle de la raison et celui de l'entendement (statut de la majeur et de la mineur), dans le champ du politique il faut veiller à séparer les pouvoirs législatif et exécutif dans la constitution républicaine à la forme si sublime (sic) :
Bon finalement j'ai fait plus long que prévu. :-P Mais cela m'a permis d'illustrer, ce qu'en comparaison de cette écriture soi-disant inclusive, je considère comme sérieux sur le plan doctrinal dans le champ de la philosophie politique. ;-)
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.