ou en tout cas disons qu'il y a des causes trop diverses pour que ça prouve quoi que ce soit. [...]
C'est bien le problème dans cette histoire: il est difficile de prouver quoique ce soit, et comme je l'ai écrit il y a quelques temps si on prenait pour argent comptant les quelques études, trop peu nombreuses, qui prétendent démontrer l'influence du langage sur les représentations sociales, on accepterait aussi sans broncher de construire des centrales nucléaires dans son jardin, on trouverait que fumer n'est pas si mauvais, etc.
À ce propos je lis le livre d'Annie Le Brun "Du trop de réalité" dont je veux citer une phrase – écrite dans un contexte très différent, je ne fais qu'un rapprochement par analogie:
Alors au lieu d'aider la pensée à devenir, la langue la freine, jusqu'à l'empêcher d'être, en l'asphyxiant lentement sous le poids des mots amorphes dont elles se laissent de plus en plus encombrer.
Qu'est-ce que nous souhaitons? Que chacun embaume ses écrits dans des bandes de "-e-es" et peu importe la réalité? Voilà, on préconise une hygiène de rédaction qui cache le problème qu'elle prétend régler. Ou bien souhaitons nous une langue agile et libre qui puisse exprimer des idées audacieuses, émancipatrices et créatrices? Je fais le deuxième choix et je n'ai pas l'intention de me taire à ce sujet, et je suis par ailleurs tout à fait libre de penser que les tenants de "l'écriture inclusive" sont les partisans d'un soi-disant féminisme mondain et inutile qui n'a que peu à voir avec le fond du problème, à savoir d'une part le manque de visibilité d'exemples inspirant qui montrent non seulement une possibilité mais aussi les moyens d'approcher cette possibilité, et d'autre part l'identification et le combat sur le terrain des formes de sexisme qui s'y rencontrent. Je vois aussi dans le support de l'"écriture inclusive" la résurgence de l'idée fausse et qu'il faut combattre car elle est à l'origine de bien des malheurs, selon laquelle on changerait la société par décret: infléchir la culture d'une société demande plus de temps qu'une session parlementaire.
Pour ceux qui ne connaissent malheureusement pas Annie Le Brun, voici un document INA qui est sûrement une excellente présentation: http://www.ina.fr/video/CPB88012391
(Par ailleurs le problème de genre dans la langue existe aussi en anglais, puisqu'il n'y a pas de pronom neutre pour désigner une personne, ce qui conduit les gens à utiliser un "they" singulier que certains rejettent avec des argumentaires semblables à ceux d'ici.)
En réalité, cet emploi du "they" est une forme ancienne (cf. l'allemand "Sie"). Il y a aussi une forme de prénom neutre "one" qu'on emploie parfois comme dans "To solve this problem one could use...".
[^] # Re: L’écriture inclusive
Posté par Michaël (site web personnel) . En réponse à la dépêche Unixcorn, trois mois plus tard : évolutions, remises en questions et stabilisation. Évalué à 9.
C'est bien le problème dans cette histoire: il est difficile de prouver quoique ce soit, et comme je l'ai écrit il y a quelques temps si on prenait pour argent comptant les quelques études, trop peu nombreuses, qui prétendent démontrer l'influence du langage sur les représentations sociales, on accepterait aussi sans broncher de construire des centrales nucléaires dans son jardin, on trouverait que fumer n'est pas si mauvais, etc.
À ce propos je lis le livre d'Annie Le Brun "Du trop de réalité" dont je veux citer une phrase – écrite dans un contexte très différent, je ne fais qu'un rapprochement par analogie:
Qu'est-ce que nous souhaitons? Que chacun embaume ses écrits dans des bandes de "-e-es" et peu importe la réalité? Voilà, on préconise une hygiène de rédaction qui cache le problème qu'elle prétend régler. Ou bien souhaitons nous une langue agile et libre qui puisse exprimer des idées audacieuses, émancipatrices et créatrices? Je fais le deuxième choix et je n'ai pas l'intention de me taire à ce sujet, et je suis par ailleurs tout à fait libre de penser que les tenants de "l'écriture inclusive" sont les partisans d'un soi-disant féminisme mondain et inutile qui n'a que peu à voir avec le fond du problème, à savoir d'une part le manque de visibilité d'exemples inspirant qui montrent non seulement une possibilité mais aussi les moyens d'approcher cette possibilité, et d'autre part l'identification et le combat sur le terrain des formes de sexisme qui s'y rencontrent. Je vois aussi dans le support de l'"écriture inclusive" la résurgence de l'idée fausse et qu'il faut combattre car elle est à l'origine de bien des malheurs, selon laquelle on changerait la société par décret: infléchir la culture d'une société demande plus de temps qu'une session parlementaire.
Pour ceux qui ne connaissent malheureusement pas Annie Le Brun, voici un document INA qui est sûrement une excellente présentation: http://www.ina.fr/video/CPB88012391
En réalité, cet emploi du "they" est une forme ancienne (cf. l'allemand "Sie"). Il y a aussi une forme de prénom neutre "one" qu'on emploie parfois comme dans "To solve this problem one could use...".