• [^] # Re: L’écriture inclusive

    Posté par (site web personnel) . En réponse à la dépêche Unixcorn, trois mois plus tard : évolutions, remises en questions et stabilisation. Évalué à 10.

    Je trouve que quand on a un groupe qui réfléchit à comment réduire des inégalités dont il est victime et qui propose quelque chose de différent, ça peut valoir le coup d'essayer si ça ne coûte pas grand chose.

    Quand on voit la solution proposée, on peut se poser la question de si cela a été vraiment réfléchi.

    Déjà, par exemple lecteur-ice-s n'a aucun sens. Les mots étant lecteur et lectrice, pourquoi cela la partie féminine n'a pas de r ? Car la fin de la partie masculine en a un qui est terminal ?
    Comment tu prononces ça ? C'est normé ? Soit on se base sur la version écrite et dans ce cas c'est moche et compliqué, ou alors tu utilises l'usage général à l'oral et dans ce cas tu n'as résolu le problème qu'à l'écrit...

    Concernant ce point, on oublie que la langue est déjà complexe pour les locuteurs natifs et étrangers, ajouter de la complexité encore ne me semble pas quelque chose de louable qu'elle qu'en soit la raison. On râle du niveau scolaire de nos progénitures vis à vis de notre langue, ce n'est pas une bonne idée non plus de complexifier cette tâche

    On met également souvent en avant que la règle a été décidée par l'Académie Française pour des raisons sexiste dans un passé lointain. Déjà, je ne pense pas que la raison de la règle soit un argument recevable. Ce n'est pas parce qu'une règle a été crée pour de mauvaises raisons qu'elle est intrinsèquement mauvaise et à bannir. Une langue a un passé, beaucoup de règles ou d'usages sont issus de cet héritage alors qu'ils ne font plus sens aujourd'hui. Tu vas moderniser tous les proverbes ou mots de notre langue pour coller avec la réalité d'aujourd'hui ?

    On oublie également que la langue française n'est pas du ressort unique de l'Académie française, qui reste une langue qui évolue par son usage propre mais aussi parce que l'avis de l'Académie française n'est officiellement reconnue que par la France, d'autres pays comme le Canada ont leur propre Académie sur la question. Il faut inclure dans la réponse le fait que la position de notre académie n'a d'usage et de valeur qu'en France.

    Sans compter que pour qu'un changement de langue se fasse, il faut déjà qu'elle soit acceptée par la population pratiquante et que du coup il s'harmonise correctement avec le reste de la langue (ce qui n'est pas le cas ici).

    Je ne suis pas, comme beaucoup de monde, à des changements sur la question de la place du féminin dans la langue, mais je suis contre cette proposition pour ces raisons précédentes alors qu'il est clair que la règle de proximité ou de l'instauration d'un neutre identifiable serait préférable, car simplifiant la langue mais aussi parce que cela s’intègrerait mieux.

    Après on peut aussi admettre que le masculin est un neutre de facto, ce qui peut être vérifié par l'usage de la phrase il pleut qui équivaut au it anglais par exemple et donc que l'argumentation de départ est de fait à côté de la plaque.

    En parlant de la langue anglaise, l'énigme qui est souvent mise en avant pour montrer le soucis de la place de la femme fonctionne en français comme en anglais qui n'a pourtant pas le soucis dont on cherche à trouver une réponse dans notre langue. Preuve que le soucis semble plus culturel et sociétal que d'un soucis de langue. Preuve également que ceux qui proposent cette solution n'ont pas forcément réfléchis tant que cela sur le problème.

    au moins faire un effort pour jouer le jeu en lisant les textes féminisés sans en faire un drame.

    Quand tu t'exprimes publiquement, tu sais que le moindre choix peut donner lieu à des commentaires, critiques et autres phénomènes en guise de réponses. Si les personnes ne sont pas d'accord avec l'usage qui en est fait, elles ont le droit de répondre à cela.

    D'où le fait que ce choix reste discutable pour communiquer sur un tel projet car cela reste une forme de provocation ou de faute tant qu'un éventuel usage n'est pas généralisé.

    Je ne me sentirais pas très légitime pour dire ce qui est "secondaire" à des gens qui ont plus réfléchi que moi à un problème qui les touche directement et dont il est raisonnable de supposer qu'ils ou elles en ont une meilleure compréhension.

    Je pense que c'est une grande erreur de considérer que le sexisme n'est qu'une question concernant les femmes d'une part, et qu'elles seule aient la réponse à cela. Et c'est le cas pour toute forme de discrimination par ailleurs.

    Déjà parce que c'est un problème de société dans son ensemble, tu ne peux pas résoudre un problème de société en ne te préoccupant et écoutant que les victimes.

    D'autre part, la femme a une place dans la société actuelle uniquement parce que l'homme a aussi sa place dans celle-ci. Bouger la place de la femme pour améliorer sa condition imposera de faire bouger la place de l'homme afin que l'équilibre prenne place. Typiquement, si on souhaite que la femme puisse faire plus de travail à temps plein, il faut que pour l'homme s'occuper des enfants et des tâches ménagères ne soient pas considérées comme anormale.

    Tu serais étonné dans le milieu de l'éducation (prof, parents d'autres élèves) ont des préjugés quand des hommes s'occupent des gamins et réalisent difficilement qu'un père peut être l'interlocuteur privilégié.
    Pourtant, ces comportements, dont de femmes par ailleurs, n'aident pas à ce que les pères puissent prendre le rôle de parent à part entière. De fait, la femme sera cantonnée dans la société à un rôle de femme de ménage et de nounou tant que ce genre de mentalités contre les hommes n'évolueront pas.

    Ensuite, les soucis de sociétés ne sont je pense pas mieux cernées, comprises et résolu parce que tu en es partie prenante ou pas. Je ne pense pas que les français aient forcément les meilleures idées sur la résolution des problèmes de la France et donc que les femmes sont forcément en meilleure position de résoudre ce problème de sexisme. Beaucoup d'hommes ont un avis pertinent, je pense même que tout homme est capable de cela. Ne pas écouter les hommes dans ce débat est je pense donc un des grands problème du féminisme en général.

    On peut en discuter; il y a pas mal de différence entre les rapports hommes-femmes en France et aux États-Unis, en particulier dans le milieu professionnel, mais c'est sans doute plus lié à des questions culturelles et d'héritage religieux qu'à la langue—ou en tout cas disons qu'il y a des causes trop diverses pour que ça prouve quoi que ce soit.

    Cela prouve que le problème de langue n'en est pas vraiment un car sa non-existence en anglais n'a pas empêché et n'empêche toujours pas le sexisme dans les pays ayant l'anglais pour langue maternelle.

    La solution est ailleurs.