J'ai déjà vu ça chez des boîtes de biotech que j'ai eu à connaître. Une demi-douzaine de jeunes docteurs en biologie développent une bonne idée qui a germé chez un ou plusieurs d'entre eux et fédéré les autres et créent une SA. Le développement en bio ça coûte cher, et pour continuer l'aventure, plusieurs tours de table (entendre augmentation de capital) se succèdent. (Petit aparté : chaque nouveau tour de table met de mauvaise humeur ceux qui ont participé au précédent, car ils ont le choix entre voir diluer leur participation et remettre la main à la poche.)
Le développement, c'est bon pour avoir un produit vendable, mais ce n'est pas ça qui le fait vendre. La boîte s'enrichit de nouveaux acteurs, salariés la plupart du temps, comme des commerciaux, des administratifs, des comptables, rien que de très normal quand on veut faire tourner une boîte. Vient un jour où, même si l'idée de départ devenue le produit se vend bien, il faut diversifier l'offre, faire des choix stratégiques, et ça s'accorde mal avec une direction dans les faits multicéphale. N'oublions pas qu'il y a désormais des personnes qui ont mis des billes dans la boîte sans avoir partagé le romantisme des débuts et qui attendent des résultats.
Un jour apparaît un nouvel acteur : le tueur. C'est quelqu'un qui est là pour éliminer les fondateurs surnuméraires, qui en tant que fondateurs disposent d'une forme de pouvoir qui est devenu nocive à la gestion efficace de la boîte. Au bout d'un certain temps souvent, il ne reste personne des acteurs du commencement. Si l'on veut parler du cas spécifique du tueur, pour ce que j'ai eu à en connaître, ce ne sont pas vraiment des personnes qui suscitent spontanément la sympathie.
D'après ce que je peux lire entre les lignes, ce qui s'est passé chez Cozy cloud est très nettement moins brutal que ce que je viens de décrire, mais a une même cause, la difficulté de gérer une entreprise quand le pouvoir est partagé entre des personnes qui ne sont pas d'accord sur la route à suivre. Cozy cloud a une structure de boîte privée, ce n'est pas une SCOP, et même si c'en était une ça ne constituerait pas une structure anarcho-syndicaliste dont toute les décisions se prennent en assemblée générale.
Pour ma part je trouve leur but fort louable, nous réapproprier nos données, et la manière de faire saine, en produisant du logiciel libre. J'attends un peu plus qu'un tweet pour me faire une opinion sur le reste.
# Vu ailleurs
Posté par Philip Marlowe . En réponse au journal Cozy cloud, maif et licenciement du CTO???. Évalué à 10. Dernière modification le 20 juillet 2016 à 00:22.
J'ai déjà vu ça chez des boîtes de biotech que j'ai eu à connaître. Une demi-douzaine de jeunes docteurs en biologie développent une bonne idée qui a germé chez un ou plusieurs d'entre eux et fédéré les autres et créent une SA. Le développement en bio ça coûte cher, et pour continuer l'aventure, plusieurs tours de table (entendre augmentation de capital) se succèdent. (Petit aparté : chaque nouveau tour de table met de mauvaise humeur ceux qui ont participé au précédent, car ils ont le choix entre voir diluer leur participation et remettre la main à la poche.)
Le développement, c'est bon pour avoir un produit vendable, mais ce n'est pas ça qui le fait vendre. La boîte s'enrichit de nouveaux acteurs, salariés la plupart du temps, comme des commerciaux, des administratifs, des comptables, rien que de très normal quand on veut faire tourner une boîte. Vient un jour où, même si l'idée de départ devenue le produit se vend bien, il faut diversifier l'offre, faire des choix stratégiques, et ça s'accorde mal avec une direction dans les faits multicéphale. N'oublions pas qu'il y a désormais des personnes qui ont mis des billes dans la boîte sans avoir partagé le romantisme des débuts et qui attendent des résultats.
Un jour apparaît un nouvel acteur : le tueur. C'est quelqu'un qui est là pour éliminer les fondateurs surnuméraires, qui en tant que fondateurs disposent d'une forme de pouvoir qui est devenu nocive à la gestion efficace de la boîte. Au bout d'un certain temps souvent, il ne reste personne des acteurs du commencement. Si l'on veut parler du cas spécifique du tueur, pour ce que j'ai eu à en connaître, ce ne sont pas vraiment des personnes qui suscitent spontanément la sympathie.
D'après ce que je peux lire entre les lignes, ce qui s'est passé chez Cozy cloud est très nettement moins brutal que ce que je viens de décrire, mais a une même cause, la difficulté de gérer une entreprise quand le pouvoir est partagé entre des personnes qui ne sont pas d'accord sur la route à suivre. Cozy cloud a une structure de boîte privée, ce n'est pas une SCOP, et même si c'en était une ça ne constituerait pas une structure anarcho-syndicaliste dont toute les décisions se prennent en assemblée générale.
Pour ma part je trouve leur but fort louable, nous réapproprier nos données, et la manière de faire saine, en produisant du logiciel libre. J'attends un peu plus qu'un tweet pour me faire une opinion sur le reste.
PS : je sais, le mot multicéphale n'existe pas.