• [^] # Re: Uber, Lebonrecel, Airbnb : pas de le l'économie collaborative

    Posté par . En réponse au journal Le Bon Coin, Airbnb, Uber : Les prochaines poules aux œufs d'or. Évalué à 4.

    Un peu comme les médecins qui restreignent fortement le numerus clausus et se plaignent d'avoir trop de travail à faire (milieu hospitalier ou en campagne)...

    Il se trouve que je suis médecin, enfin interne en médecine. Et que je suis donc bien placé pour savoir que le numerus clausus a augmenté, et pas qu'un peu. On peut difficilement parler de stagnation.

    Maintenant, j'ai aussi eu des stages. C'est une bonne idée de voir des patients, quand on est étudiant en médecine. Problème : L'immense majorité des patients sont peu intéressants en termes de pédagogie. Parce qu'ils ont tous les mêmes pathologies, et que quand on en a vu un, on les a tous vus. Donc on est obligé de concentrer les étudiants sur un petit nombre de sites. Et c'est là que ça coince. J'ai été dans un stage où on était 27 étudiants pour une vingtaine de lits d'hospitalisation. On n'avait même pas un patient par étudiant à suivre au jour le jour.

    Oh, bien sûr, on pourrait dispatcher les étudiants sur plus de sites. Problème : en dehors des gros centres hospitaliers universitaires, où on voit (et on apprend) des pathologies variées, dans les petits hôpitaux, les pathologies moins fréquentes sont plus rares et donc moins bien enseignées. S'ajoute un problème pratique : quand on a stage le matin et cours l'après-midi, il est impératif d'être sur place ou d'avoir un moyen de transport rapide, or un étudiant en médecine est rémunéré royalement : 400€ par mois en 6ème année.

    Il y a un autre problème lié à l'augmentation du numerus clausus : l'effet d'aspiration. Actuellement, le taux de réussite en première année de médecine tourne autour de 15%. En comptant les 2 essais (on a le droit de passer le concours deux fois), on monte à 30%. Problème : pour chaque place ajoutée au numerus clausus, ce sont 10 nouveaux étudiants qui s'inscrivent en première année de médecine. L'augmentation du numerus clausus fait donc augmenter le taux d'échec en première année de médecine. Problème : les étudiants qui échouent en médecine ne se réorientent pas vers d'autres domaines scientifiques. Ils vont prendre des places en école d'infirmière, en sage-femme, en kiné, rendant l'accès à ces filières plus difficiles pour des étudiants un peu moins bons, et ils n'utilisent pas leur potentiel dans des études plus exigeantes.

    En définitive, je te rassure : aucun médecin ne s'oppose plus à l'augmentation du numerus clausus, et ceux qui s'opposaient sont maintenant à la retraite (ou pas loin, et ils ont changé d'avis de toute façon). Le problème ne vient pas des médecins mais des capacités de formation : les facs de médecine sont saturées. Le manque actuel de médecins cause aussi un manque de formateurs, et l'augmentation du numerus clausus révèle les limites d'un système qui a été dimensionné pour un numerus clausus deux fois inférieur.

    Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.