• # Expérience qui diffère : on peut vivre du libre à 100% !

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal Pourquoi une petite société a intérêt à contribuer et produire du libre... mais pas que. Évalué à 5.

    Salut,

    Je ne sais pas bien dans quel contexte tu travailles, mais je n'ai pas la même avis. Il est tout à fait possible de vivre (très) correctement en ne faisant que du développement OpenSource.

    Produire du libre, contribuer est un moyen de gagner de l'argent, mais c'est un moyen indirect. Ce qu'on vend, ce sont
    des services et des développements propriétaires. Rarement des développements libres. Ca arrive, mais ça ne suffit pas
    pour vivre.
    Sur Tracim, par exemple, on va gagner de l'argent en proposant des développements sur mesure, des co-développements,
    des prestations d'hébergement et de service.
    Sur les développements spécifiques ou sur mesure, on va gagner de l'argent en vendant des jours/homme de
    développement. Le code produit sera en règle général propriétaire et deviendra la propriété de nos clients.

    Mon expérience, que je retrouve dans pas mal d'autres structures similaires, diffère complètement.

    Ces structures sont largement sollicitées pour développer du code source dans le cœur de logiciels. Que ce soit pour des organismes publics ou pour des organismes privés. Et parfois on a même dans les contrats ( écrits par le client) une prime si c'est bien reversé upstream, pour garantir la pérennité et la qualité des dévs.

    Dans ce contexte, la contractualisation suit le droit des contrats, c'est à dire que le développeur garde le droit d'auteur et le donneur d'ordre ( et financeur ) bénéficie des droits patrimoniaux sur le code développé. Par contre on y ajoute une clause pour que tout le code source produit soit sous licence libre.
    Pour une commande donnée, on va essayer de séparer ce qui est générique du spécifique. Pour le code générique, on commite directement sur les composants upstream ( ou on crée un produit libre). Pour le spécifique, on garde la clause de licence opensource, par contre le résultat n'est pas forcément toujours distribué. Mais on peut s'en resservir si on veut, au moins en interne, et dès lors qu'on s'en ressert on améliore la généricité et on va vers la publication.

    Quand un client demande fermement un outil propriétaire, le crédo est souvent de refuser tout simplement, ou alors accepter à des tarifs qui sont complètement prohibitifs ( qui en gros permettraient de redévelopper le tout en opensource dans un second temps...).

    Ensuite ces structures vendent du service, et la marge permet de faire du financement de R&D sur des aspects plus prospectifs.

    Globalement le marché français sur l'OpenSource est assez mature, et les clients comprennent bien les enjeux socio-économiques liés au libre, et savent que c'est dans leur intérêt de reverser.

    Et en ce moment, il y a plutôt un déficit de développeurs OpenSource compétents qu'une crise économique dans l'écosystème que je peux cotoyer. Rappelons que le marché Français IT a toujours eu au moins 10% de croissance au plus fort de la crise, que le marché OpenSource c'est entre 10 et 30% et que certains domaines ( SIG pour ne pas les citer) sont également dans le haut de ces chiffres.

    D'autres part, on voit apparaître de nouveaux acteurs, qui sont plutot orientés SaaS et éditeurs, et qui font de très fortes contributions libres. Leur plateforme ne l'est souvent pas ( scripts d'intégration, archi..), mais toutes les composants ou presque le sont. On peut citer CartoDB ou MapBox dans le domaine carto. Ils démontrent qu'on peut tout à fait faire de grosses contributions en libre tout en étant dans un modèle économique de startup champignon ( cf les séries de levées de fond des pré-cités).

    Donc l'obligation de faire du logiciel propriétaire, je ne suis pas d'accord. C'est une question de positionnement principalement. Ça ne me dérange d'ailleurs pas outre mesure si c'est un choix, mais je trouve dommage que ce soit une position subie.