Euh... Sincèrement faut se détendre. Non utiliser un mot d’il y a 20 ans de manière ironique ne fait pas de toi un défenseur de cette cause.
Je crois pour ma part que l'ironie suppose une distance qui suppose elle-même une connaissance partagée de la chose non ironique, ce qui n'est probablement pas le cas pour tout le monde ici, même si c'est ton cas à toi. Du reste, un petit rappel historique ne fait jamais de mal. Et "sincèrement", même détendu par ton injonction, je continue à penser que les mots sont chargés de connotations dont le sens dans échappe parfois au locuteur. Avant de te détendre toi même complètement, je te conseille la lecture du livre de Viktor Klemperer, "Langue du Troisième Reich : carnet d'un philologue".
Je t’ai déjà dis que nier qu’il existe des bénéfices, ça décrédibilise ?
Où vois-tu que je nie les bénéfices des nouvelles technologies à l'école ? Précisément, quand j'écris que l'informatisation dans l'enseignement n'est un "progrès" qu'en apparence, c'est bien que l'apparence du progrès est là : ce sont lesdits bénéfices. Pour le coup, détends toi, prends le temps de lire, et accorde le bénéfice du doute ("s'il me paraît avoir tort, c'est peut être que j'ai mal compris") à ton interlocuteur, comme on le fait quand on débat de manière civilisée, au lieu de l'accuser de prendre des postures alors que tu l'as toi-même mis dans une catégorie.
Prenons un exemple que je connais bien : l'intégration des braillistes en milieu scolaire. À un moment, les élèves braillistes sont tous regroupés dans des écoles spécialisées. Les enseignants sont eux-mêmes spécialisés, la plupart est brailliste également. Ces écoles coûtent cher et sous beaucoup d'autres aspects, la chose n'est pas non plus idéale.
Ultérieurement, l'état décide l'intégration des élèves braillistes dans les écoles de voyants. Brutalement, le matériel scolaire et l'enseignement, qui n'était pas prévu pour, n'est en grande partie plus accessible à l'élève : manuels scolaires, pages photocopiées, schémas, cartes ; et l'enseignant n'a plus, à l'inverse, accès à la production écrite de l'élève.
À ce moment, soit l'élève est assisté par une personne compétente, ce qui coûte cher, soit il dispose d'un assistant personnel robotisé, moins bon mais moins cher. Bien sûr, l'état retient quand elle le peut la deuxième solution, pour de strictes et compréhensibles raisons budgétaires. Exemple inverse, à l'université, les personnes sourdes peuvent, en théorie du moins, disposer d'un traducteur en langue des signes : c'est que dans ce cas, l’ersatz technologique du traducteur en langue des signes n'existe pas encore.
Si l'on se place maintenant dans la perspective de l'enseignant qui s'est vu confier un élève brailliste, pour tout ce qui est écrit, le progrès est indéniable : en utilisant un ordinateur, il va pouvoir transcrire les exercices en Braille et l'élève pourra détranscrire ses réponses, si bien que la communication sera presque aussi facile qu'avec les élèves voyants.
Cerise sur le gâteau, on peut utiliser un logiciel libre pour le faire : insatisfaits de l'état des logiciels existants (chers, incomplets, souvent liés à un matériel et faisant de nombreuses entorses aux règles du Braille) et devant l'impossibilité de corriger ces logiciels au code fermé, certains ont écrit des logiciels meilleurs et libres.
Si je me mets à ta place, tout est, pour ainsi dire, "pour le mieux dans le meilleur des mondes". D'ailleurs, l'enseignant constate une amélioration (quand ça marche), l'élève constate une amélioration (quand ça marche). Les entreprises privées constatent une amélioration des finances (à coup sûr), et l'état dira le faire aussi (ce qui, simultanément, sera douteux).
Cependant, que s'est-il passé en pratique ? La technologie aura rendu supportable une situation déterminée principalement par des conditions économiques, au prix de l'accroissement de la dépendance vis à vis de la technologie. Ce qui veut dire, en particulier, et très concrètement : dépendance vis à vis de ses fabricants mais aussi de leurs fournisseurs et guerre de ressources pour les minerais rares, exploitation morbide de travailleurs des mines et de l'électronique dans des conditions dégradantes, dégradation des sols, utilisation massive d'eau à toutes les étapes, production accrue de déchets, etc. La fabrication d'un ordinateur n'a rien de réjouissant.
Cela ne me parait avoir aucun sens quand on aurait pu aussi bien, comme je le disais, augmenter le nombre d'enseignants. Le lien que je donnais mentionnait le fait que certaines écoles des hauts gradés de l'armée technologique de la silicon valley, qu'on peut difficilement juger conservatistes ou anti-libéraux, avaient tout bonnement supprimé les ordinateurs des écoles de leurs enfants.
Partir sur des postures dès qu'un enseignant fais quelque chose d'un peu différent de ce que le ministère lui demande, ne me paraît pas vraiment une piste de réflexion intéressante.
Comme, je pense tu l'as maintenant compris, ce ne sont "des postures" et ça n'est pas non plus "dès que" (tu n'as qu'un exemple) et cela n'a rien à voir avec ce que demande ou non le ministère.
Une génération d'Obélix est née dans la potion magique ; la technologie "a pu élever une génération pliée à ses lois". De part l'attraît de fétiche qu'elle suscite et son rôle économique d'accroissement de la productivité, elle se voit apporter à la fois les faveurs du public émerveillé et celle des puissants. Conquis à la fois intérieurement et structurellement par la technologie et son renouvellement permanent, il nous est parfois difficile de prendre de la distance. Il est très malvenu que lorsqu'on y arrive, ce soit pour se retrouver souvent devant le même mur que les antinucléaires avant les catastrophes ukrainienne et japonaise, avec des "à bas les 'c'était mieux avant'" en guise de "nucléaire ou la bougie".
L'auteur du journal, qui reconnaissait lui-même avoir un peu "la tête dans le guidon", a pourtant su faire preuve de plus d'ouverture d'esprit que toi ! Je lui recommande chaudement la lecture de Charbonneau, Ellul ou de leurs amis critiques du "progrès". Et à propos du travail salarié et de technologie, le courant de la "critique de la valeur", notamment Anselme Jappe, a produit des choses en rapport avec l'automatisation qui pourraient vous intéresser.
[^] # Re: Bonjour,
Posté par nizan666 . En réponse au journal MoodleBox : un petit projet pour du BYOD en classe. Évalué à 2. Dernière modification le 31 mai 2016 à 21:28.
Je crois pour ma part que l'ironie suppose une distance qui suppose elle-même une connaissance partagée de la chose non ironique, ce qui n'est probablement pas le cas pour tout le monde ici, même si c'est ton cas à toi. Du reste, un petit rappel historique ne fait jamais de mal. Et "sincèrement", même détendu par ton injonction, je continue à penser que les mots sont chargés de connotations dont le sens dans échappe parfois au locuteur. Avant de te détendre toi même complètement, je te conseille la lecture du livre de Viktor Klemperer, "Langue du Troisième Reich : carnet d'un philologue".
Où vois-tu que je nie les bénéfices des nouvelles technologies à l'école ? Précisément, quand j'écris que l'informatisation dans l'enseignement n'est un "progrès" qu'en apparence, c'est bien que l'apparence du progrès est là : ce sont lesdits bénéfices. Pour le coup, détends toi, prends le temps de lire, et accorde le bénéfice du doute ("s'il me paraît avoir tort, c'est peut être que j'ai mal compris") à ton interlocuteur, comme on le fait quand on débat de manière civilisée, au lieu de l'accuser de prendre des postures alors que tu l'as toi-même mis dans une catégorie.
Prenons un exemple que je connais bien : l'intégration des braillistes en milieu scolaire. À un moment, les élèves braillistes sont tous regroupés dans des écoles spécialisées. Les enseignants sont eux-mêmes spécialisés, la plupart est brailliste également. Ces écoles coûtent cher et sous beaucoup d'autres aspects, la chose n'est pas non plus idéale.
Ultérieurement, l'état décide l'intégration des élèves braillistes dans les écoles de voyants. Brutalement, le matériel scolaire et l'enseignement, qui n'était pas prévu pour, n'est en grande partie plus accessible à l'élève : manuels scolaires, pages photocopiées, schémas, cartes ; et l'enseignant n'a plus, à l'inverse, accès à la production écrite de l'élève.
À ce moment, soit l'élève est assisté par une personne compétente, ce qui coûte cher, soit il dispose d'un assistant personnel robotisé, moins bon mais moins cher. Bien sûr, l'état retient quand elle le peut la deuxième solution, pour de strictes et compréhensibles raisons budgétaires. Exemple inverse, à l'université, les personnes sourdes peuvent, en théorie du moins, disposer d'un traducteur en langue des signes : c'est que dans ce cas, l’ersatz technologique du traducteur en langue des signes n'existe pas encore.
Si l'on se place maintenant dans la perspective de l'enseignant qui s'est vu confier un élève brailliste, pour tout ce qui est écrit, le progrès est indéniable : en utilisant un ordinateur, il va pouvoir transcrire les exercices en Braille et l'élève pourra détranscrire ses réponses, si bien que la communication sera presque aussi facile qu'avec les élèves voyants.
Cerise sur le gâteau, on peut utiliser un logiciel libre pour le faire : insatisfaits de l'état des logiciels existants (chers, incomplets, souvent liés à un matériel et faisant de nombreuses entorses aux règles du Braille) et devant l'impossibilité de corriger ces logiciels au code fermé, certains ont écrit des logiciels meilleurs et libres.
Si je me mets à ta place, tout est, pour ainsi dire, "pour le mieux dans le meilleur des mondes". D'ailleurs, l'enseignant constate une amélioration (quand ça marche), l'élève constate une amélioration (quand ça marche). Les entreprises privées constatent une amélioration des finances (à coup sûr), et l'état dira le faire aussi (ce qui, simultanément, sera douteux).
Cependant, que s'est-il passé en pratique ? La technologie aura rendu supportable une situation déterminée principalement par des conditions économiques, au prix de l'accroissement de la dépendance vis à vis de la technologie. Ce qui veut dire, en particulier, et très concrètement : dépendance vis à vis de ses fabricants mais aussi de leurs fournisseurs et guerre de ressources pour les minerais rares, exploitation morbide de travailleurs des mines et de l'électronique dans des conditions dégradantes, dégradation des sols, utilisation massive d'eau à toutes les étapes, production accrue de déchets, etc. La fabrication d'un ordinateur n'a rien de réjouissant.
Cela ne me parait avoir aucun sens quand on aurait pu aussi bien, comme je le disais, augmenter le nombre d'enseignants. Le lien que je donnais mentionnait le fait que certaines écoles des hauts gradés de l'armée technologique de la silicon valley, qu'on peut difficilement juger conservatistes ou anti-libéraux, avaient tout bonnement supprimé les ordinateurs des écoles de leurs enfants.
Comme, je pense tu l'as maintenant compris, ce ne sont "des postures" et ça n'est pas non plus "dès que" (tu n'as qu'un exemple) et cela n'a rien à voir avec ce que demande ou non le ministère.
Une génération d'Obélix est née dans la potion magique ; la technologie "a pu élever une génération pliée à ses lois". De part l'attraît de fétiche qu'elle suscite et son rôle économique d'accroissement de la productivité, elle se voit apporter à la fois les faveurs du public émerveillé et celle des puissants. Conquis à la fois intérieurement et structurellement par la technologie et son renouvellement permanent, il nous est parfois difficile de prendre de la distance. Il est très malvenu que lorsqu'on y arrive, ce soit pour se retrouver souvent devant le même mur que les antinucléaires avant les catastrophes ukrainienne et japonaise, avec des "à bas les 'c'était mieux avant'" en guise de "nucléaire ou la bougie".
L'auteur du journal, qui reconnaissait lui-même avoir un peu "la tête dans le guidon", a pourtant su faire preuve de plus d'ouverture d'esprit que toi ! Je lui recommande chaudement la lecture de Charbonneau, Ellul ou de leurs amis critiques du "progrès". Et à propos du travail salarié et de technologie, le courant de la "critique de la valeur", notamment Anselme Jappe, a produit des choses en rapport avec l'automatisation qui pourraient vous intéresser.