• # Une nuance sur les termes employés

    Posté par . En réponse au journal Pourquoi l'art libre est aussi important que le logiciel libre. Évalué à 2.

    Je pense qu’au fonds, cet article oublie un détail : l’art est entièrement subjectif. Si je te dis « l’art c’est de l’art », tu auras bien du mal à savoir qu’est-ce que art signifie pour moi, en revanche si je te dis un logiciel c’est un logiciel », nous savons tous deux ce qu’est un logiciel, il n'y a rien de subjectif là-dedans n'est-ce pas ?
    En quoi est-ce important ? C’est ce qui va te permettre de dire et d’argumenter que si quelqu’un se dit libriste dans le cas d’un logiciel, il doit l’être dans le cas de l’art. C’est également ce qui me permet et ce uniquement pour mon propre point de vue, d’avoir une vision différente de la tienne et de l'argumenter.

    Je considère l'art sous toutes ses formes comme une expression personnelle ou collective d'une ou plusieurs émotions, d'une vision ou d’autre chose encore. Je parle ici de la volonté, du mouvement, de l'élan que je différencie du médium : expression musicale, graphique, etc. J'insiste, c'est mon point de vue, tout ce qu'il y a de plus subjectif que l'art et personne ne peut m'en imposer un autre comme vérité générale et inaliénable. C'est pour ça que je ne m'attacherais pas à te convaincre ou te faire changer d'avis si tu souhaitais exposer ta propre définition car cela ne regarde que toi et ne me concerne pas.

    Pour le logiciel, je cite ici l'article Wikipedia consacré : « un logiciel est un ensemble de séquences d’instructions interprétables par une machine et d’un jeu de données nécessaires à ces opérations. Le logiciel détermine donc les tâches qui peuvent être effectuées par la machine, ordonne son fonctionnement et lui procure ainsi son utilité fonctionnelle. ». Ainsi, le logiciel ne s'inscrit pas dans une volonté quelconque d'expression du fait que ce soit un logiciel, c'est son utilisation qui importe.

    Je différencie ici deux choses : le logiciel comme utilitaire et le logiciel dans l'art (le jeu vidéo par exemple). Le logiciel comme utilitaire répond a un ou des besoins précis, il apporte des fonctionnalités qui sont duplicables, il n'y a pas de volonté artistique quelconque, cette différence me semble primordiale, je m'explique.

    Je suis libriste convaincu pour le logiciel pour ces deux usages.

    Je souhaite pour des raisons éthiques utiliser des logiciels qui respectent ma vie privée, seul le logiciel libre me permet cette sécurité et cela vaut autant pour un logiciel utilitaire ou un logiciel à but artistique car le danger est strictement le même.

    Ex : Une lectrice de PDF

    Logiciel permettant de lire le format PDF et peut-être quelques fonctionnalités pratiques (zoom, surlignage, etc.), il s’agit d’utilitaire, une autre lectrice peut fournir exactement les mêmes fonctionnalités. Un logiciel propriétaire ne m'assure pas que les données traitées avec la lectrice soient utilisées telles que je le souhaite en revanche une lectrice de pdf libre m'assure grâce à son code source et sa communauté qu'elle ne nuit pas à ma vie privée (et si je suis très méfiant je peux recompiler moi-même et comparer, haha.). Même réflexion pour un jeu vidéo.

    Ce n’est pas du tout la même logique pour l'art à moins que l'on me prouve en quoi en écoutant tel musicien je mets en danger ma vie privée de façon intrinsèquement lié à la musique elle-même (en comparaison au binaire pour le logiciel quoi), j'aurais du mal à avoir un avis différent.

    Pas d’équivalence utilitaire en musique pour l’art par exemple, Led Zeppelin fait une musique, personne d’autre ne fait Led Zeppelin, la musique dépend directement de Led Zeppelin, sans Led Zeppelin pas de Led Zeppelin.

    Je ne traite pas ici de l'avantage d'une licence libre tout domaine confondu (détection efficace des failles de sécurité plus rapide dans le domaine logiciel ou liberté de création accrue côté artistique), je traite d'un point précis qui selon mon point de vue change radicalement la donne sur le choix d'une licence libre ou non et invalide le postulat qu'un libriste logiciel devrait l'être pour l'art s'il était honnête (à moins que tu considères bien sûr que la sécurité est sans intérêt pour un libriste logiciel, cela dit il me semble bien qu’à la base c’est l’une des principale préoccupation et également un des principaux avantage).
    Je n'ai ainsi pas de position fixe pour l'art car une licence libre n'est absolument pas nécessaire pour ce point, libre choix à l'artiste pour sélectionner sa ou ses licences à appliquer ensuite.

    Je rejoins ainsi Stallman sur « Selon moi, les licences non libres qui permettent le partage sont légitimes pour des œuvres artistiques ou de divertissement. Elle le sont également pour des œuvres qui expriment un point de vue (comme cet article lui-même). » car en effet, c'est sur l'élan, la démarche artistique et sur la motivation entre autre que se basera le choix de la licence.
    Bien entendu, loin de là l'idée d'exclure les principes du libre du domaine de l'art et bien loin de moi l'idée de prononcer haut et fort qu'une licence libre devrait absolument être utilisée dans le domaine de l'art à l'exclusion de tout autre licence au même titre que le logiciel, tout simplement car ce n'est pas pour les mêmes raisons au moins en partie.

    Se pose une autre question alors puisque l'on parle de musique (cette question vaut pour tout autre moyen utilisé pour l’art) : la musique peut-elle remplir le rôle d’utilitaire ? Pourquoi pas : bruitage, musique d’ambiance, etc. l’art libre a tout son intérêt ici. D’ailleurs c’est sur l’utilitaire que les compositeurs gagnent le plus leur vie apparemment (cf. commentaires plus haut, témoignages et liens vers différents articles plutôt pertinents sur le sujet).

    Effectivement là se pose la même question que pour le logiciel libre : quels modèles économiques possibles ?

    Logiciel libre utilitaire: on vend du service autour du logiciel libre et non réellement le logiciel (implémentation, maintenance, ajouts de nouvelles fonctionnalités, etc.), dons, mécénat. Le marché existe (cf. écrit et expériences existantes, CNLL, PLOSS, SYSTEMATIC, Education, Job & FLOSS, FNILL, etc.) bien que difficile et le critère sécurité est l’un des principaux avantages d’ailleurs mis en avant avec l’accélération du développement des technologies et la continuité de service possible du fait de la licence.
    Logiciel libre pour l’art : aucune idée, si quelqu’un en a.. ?

    Musique pour l’art ? Je ne parle pas de faire autre chose (mariage, contrat pour la télé, etc.) pour subvenir à ses besoins, je parle de rémunérer le travail et le matériel fournis pour l'œuvre par l’œuvre.
    - Dons, mécénat, dans un autre domaine ça marche pour le streamer gaming (hors du domaine du libre) mais ça ne marche qu’avec une production conséquente de contenu, le musicien selon le genre, condition ne produit pas du contenu tous les jours. A noter que le streamer gaming est plus du domaine du divertissement que de l’art, une nuance qui fait peut-être sens.
    - Concert (vendre le service autour de l’œuvre donc) ? Si l’auteur est compositeur non interprète, l’interprétation n’est donc pas un revenu direct possible pour l’auteur (S’ajoute la possibilité physique de faire les concerts, selon l’âge, la santé, tout le monde ne le peut pas, à titre d’exemple, les problèmes pulmonaires de Pete Sinfield ne lui permettait pas toujours de monter sur scène).
    - Autre idée ?
    Et puis au fond, on répond pas à un besoin fonctionnel spécifique avec l’art, on n’aime ou on n’aime pas, en toute subjectivité. Bref, le modèle économique est difficile et bien moins tangible que pour le logiciel libre, je ne dis pas inexistant.

    Du reste, se pose la question du coût de production d'un album, si l’on souhaite un enregistrement de qualité professionnel, un matériel d’enregistrement de qualité professionnel a un coût qu’il faut absorber et vouloir cette qualité est plutôt légitime. De même, sans cette qualité professionnelle dans l’enregistrement et la production sonore, la diffusion peut être problématique sur des médias classiques et être libriste ne dit pas se fermer aux médias classiques pour autant que je sache. Même question sur comment absorber les coûts de promotion s’il l’on souhaite se promouvoir.

    Un dernier point évoqué par Jehan est assez intéressant bien que hautement subjectif (il le précise lui-même), la technologie (logiciel inclus) est art. Pourquoi pas au fond et pourquoi pas aller plus loin, il y a du design partout, le design est de l’art, tout est l’art (sophisme assez moyen, gardez juste l’idée pour l’exemple). Au final il y a trois cas, prenons un exemple simple : on souhaite acquérir une chaise, on achète ici le produit, le besoin rempli par sa ou ses fonctionnalités à savoir s’asseoir, on achète le design, besoin décoratif pour ne pas dépareiller la pièce à laquelle elle est destinée que ce soit pour s’asseoir ou non et pourquoi pas besoin artistique (très subjectif, j’insiste), ou bien les deux/trois à la fois.
    Ici la limite entre utilitaire et art est plutôt marquée mais qu’en est-il par exemple de lutherie ? Où s’arrête la fabrication utilitaire d’une guitare et se situe le passage à l’artistique par ce que le luthier apporte à la table d’harmonie de l’instrument ? Cela me semble bien compliqué et pour ma part je m’abstiendrais d’assimiler les deux et basculer tout utilitaire dans l’art dès que ce dernier semble subjectivement montrer le bout de son nez qu’il a joli.

    Et pour répondre à un point souvent évoqué, je suis pour "libérer" une production à la mort de son auteur : faillite d'entreprise d'un logiciel propriétaire libérant le code sous licence libre (à sa mort donc), mort de l'auteur libérant le code ou l’œuvre dans son testament.

    Pour résumer, si la problématique de la sécurité se posait pas pour le logiciel et si la logique utilitaire/art se différenciait pas, je serais pour du tout libre pour l'art également tel que je le suis pour le logiciel, comme ces questions se posent, je préfère du chacun son choix concernant l’art (je me suis sévèrement posé la question pour le jeux vidéo mais l’assurance de la sécurité l’emporte pour moi, cela dit, plusieurs licences sont utilisables).

    Pour rester cohérent, j'utilise licence libre et non libre pour mes contributions artistiques selon mon choix et libre tout court pour le logiciel utilitaire et autre production par des « moyen artistiques » (désolé, j’ai pas d’autre mot, après lecture on doit penser à la même chose) utilitaires, pour les production oscillant entre artistique et utilitaire, c’est au cas par cas en toute subjectivité.

    Alcyone